03/04/2012 02:45:12
Pourquoi la méritante Ngozi Okonjo ne sera pas présidente de la Banque mondiale
La nigériane Ngozi Okonjo-Iweala a beau avoir le meilleur profil et le bagage professionnel qu’il faut pour prétendre à la succession de Robert Zoellick à la tête de la Banque mondiale, tout indique que l’américain  Jim Yong Kim va l’emporter. Le mérite n’y est pour rien. Le rapport de forces y est pour beaucoup. Pour tout.
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Ngozi Okonjo Iweala

La nigériane Ngozi Okonjo-Iweala a beau avoir le meilleur profil et le bagage professionnel qu’il faut pour prétendre à la succession de Robert Zoellick à la tête de la Banque mondiale, tout indique que l’américain  Jim Yong Kim va l’emporter. Le mérite n’y est pour rien. Le rapport de forces y est pour beaucoup. Pour tout.

Depuis leur création en 1944, les deux institutions nées des accords de Bretton-Woods, le FMI et la Banque Mondiale sont dirigées le premier par un européen et la seconde par un citoyen des Etats-Unis. Cette répartition, résultat d’une entente tacite entre occidentaux, était d’autant plus facile à mettre en œuvre que les pays développés détenaient la majorité des voix aux assemblées générales de ces deux piliers du système financier international.

Or au fil des crises et de l’apparition de nouveaux acteurs sur la scène mondiale, les occidentaux ont dû concéder des modifications dans la répartition du capital des institutions multilatérales et donc reconnaitre le poids croissant des pays émergents. Il n‘en demeure pas moins que le comité exécutif a rendu public le 23 mars dernier les noms des trois candidats à la succession du très libéral Robert Zoellick en poste depuis 2007.

Les trois candidats sont l'Américain d’origine coréenne Jim Yong Kim, le Colombien José Antonio Ocampo et la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, a indiqué la Banque dans un communiqué publié après la clôture du dépôt des candidatures. La candidature Jim Yong Kim a surpris les observateurs, il était en effet question que  Washington présente Lawrence Summers, ancien secrétaire au Trésor et ancien  conseiller économique de Barack Obama Mais visiblement la Maison-Blanche a tenu compte des réticences de certains pays du G7, le Japon notamment, et de d’Afrique.

Les qualités reconnues de Ngozi Okonjo-Iweala

Cette candidature annoncée par Barack Obama a suivi celle de Madame Ngozi Okonjo-Iweala, ancienne directrice générale de la Banque et ancienne ministre des finances du Nigéria. Le troisième candidat, José Antonio Ocampo, ancien ministre des Finances colombien pourrait se retirer pour conforter Madame Ngozi Okonjo-Iweala et présenter un front uni des émergents.  La comparaison des profils des deux principaux candidats est très nettement à l’avantage de la nigériane.

Ngozi Okonjo-Iweala, 57 ans, dont le nom avait déjà été évoqué en 2007 pour remplacer Paul Wolfowitz, est une économiste reconnue et très respectée formée à Harvard et titulaire d’un PHD du Massachusetts Institute of Technology. Elle connait parfaitement la Banque Mondiale ou après une longue carrière elle a été nommée Directrice-Générale. Madame Okonjo-Iwaela a assumé les fonctions de ministre des finances, et brièvement de ministre des affaires étrangères du Nigéria. L’ONG Oxfam International s'est félicité « de voir un vrai débat sur la façon d'obtenir une direction crédible et légitime à la Banque mondiale », l'Afrique a « mis en avant une candidate éminemment qualifiée ».

Un postulant américain au profil atypique

Jim Yong KimLe profil du postulant américain est atypique, les présidents successifs de la Banque Mondiale presque tous issus du monde politique ou de la haute finance. Jim Yong Kim (Photo) est un médecin américain d'origine coréenne né à Séoul le 8 décembre 1958. Il est le 17ème président du prestigieux Dartmouth College.  Jim Kim a émigré en Amérique avec ses parents à l'âge de cinq ans, selon sa biographie officielle. 

M. Kim a été directeur chargé du dossier du sida à l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Ses origines devraient être un atout à l'heure où les pays émergents remettent en cause l'hégémonie occidentale sur les institutions de Bretton-Woods. Le Japon et la Corée du Sud ont décidé de soutenir le candidat de Barack Obama… Selon le calendrier annoncé, la personnalité qui succédera à Robert Zoellick doit être désignée avant la réunion de printemps de la Banque, le 20 avril 2012. Et ce sera, à moins d’un improbable coup de théâtre le candidat américain qui sera élu.

Les Brics irrités

C’est dans ce contexte que le quatrième sommet des BRICS - forum des économies émergentes rassemblant le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud - s'est tenu, jeudi 29mars, à New Delhi. Sans se mettre d’accord sur un candidat commun, les BRICS réclament un processus de sélection « ouvert » et « basé sur le mérite », réitérant ainsi leurs critique de l’usage qui veut qu’Américains et Européens monopolisent les directions de la Banque mondiale et du FMI. Les BRICS ne se sont pas privés d’exprimer une certaine irritation devant la permanence de la mainmise occidentale sur les principaux instruments de gouvernance mondiale.

Il ne s’agit pas seulement de la nationalité de ceux qui les dirigent mais bien de l’orientation et du rôle des institutions multilatérales en matière de développement. Ainsi, la décision la plus significative de la réunion de New-Dehli est le lancement d’un projet de banque de développement, désignée de manière informelle "banque BRICS" ou "banque Sud-Sud". Selon la « Déclaration de Dehli », la mission de cette banque sera de « mobiliser des ressources pour des projets d'infrastructures et de développement durable» à la fois dans les BRICS, dans les autres économies émergentes et pays en développement. Les  ministres des finances des cinq pays membres des BRICS sont chargés « d’examiner la faisabilité et la viabilité » du projet.

Rapport de forces

De fait, les BRICS prennent acte que dans l’état du rapport de forces au sein de l’institution il est vain d’engager une bataille perdue d’avance pour l’élection d’un président plus proche des réalités des pays ou la Banque Mondiale exerce son influence. D’autant que l’idéologie ultra-libérale dominante au sein de la Banque empêche tout aggiornamento à court terme. Le bilan de la Banque Mondiale en Afrique et en Amérique du Sud est éloquent et il n’est pas sûr qu’un président africain puisse réorienter l’action de cette institution.

Les pays de l’Alliance Bolivarienne (ALBA) autour du Venezuela ont déjà constitué un groupe de travail pour une banque alternative au FMI et à la Banque Mondiale. Il serait peut être utile de rapprocher l’initiative des BRICS de celle de l’ALBA pour parvenir à la création d’une alternative financière, hors du Consensus de Washington et des intérêts des multinationales, pour une stratégie de développement centrée sur les besoins des populations et les conditions réelles des pays du sud.

Saïd Mekki

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