10/04/2012 02:56:09
Cameroun. La négation de la démocratie
On n’a pas fini d’épiloguer sur le projet de code électoral en examen à l’Assemblée nationale. Après la société civile, le tour est venu aux leaders de la classe politique, singulièrement, celle de l’opposition d’entonner le concerto du rejet d’un projet de code électoral, taxé anticonstitutionnel par des députés, mitraillé par des politologues et autres acteurs majeurs du landernau sociopolitique du Cameroun...
Le Messager
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Paul Biya

On n’a pas fini d’épiloguer sur le projet de code électoral en examen à l’Assemblée nationale. Après la société civile, le tour est venu aux leaders de la classe politique, singulièrement, celle de l’opposition d’entonner le concerto du rejet d’un projet de code électoral, taxé anticonstitutionnel par des députés (lire Le Messager numéro 3569 du lundi 9 avril 2012), mitraillé par des politologues et autres acteurs majeurs du landernau sociopolitique du Cameroun.

Ceux-ci ont qualifié la démarche du gouvernement de Philémon Yang de cavalière, d’illégale. Pour enfoncer le clou, le groupe des sept partis politiques  à savoir, le Sdf de John Fru Ndi, l’Udc d’Adamou Ndam Njoya, la Dynamique d’Albert Dzongang, l’Afp de Ben Muna, le Cpp d’Edith Kabbang Walla (Kah Walla), le Paddec de Me Momo Jean Dedieu et le Pap de l’honorable Ayah Paul, est rentré en scène. Dimanche 8 avril 2012, en plein Pâques, le groupe des 7 (G7) a été en conclave, histoire de se prononcer sur le fameux projet de Code électoral qui fait jaser. 

Sans ambages il crie sa colère en ces termes : «Nous sommes au regret de constater que le projet de loi portant code électoral déposé à l’Assemblée nationale est en déphasage total avec les normes modernes en la matière. Il est la preuve manifeste de la mauvaise foi du régime qui est resté sourd aux revendications du peuple camerounais, revendications portées plus de 20 ans durant par les partis politiques, les organisations de la société civile, les autorités religieuses, la communauté internationale, etc.». En lieu et place d’une critique stérile, peu constructive, le G7  réitère  des revendications restées lettres mortes depuis plus de 20 ans. En gros, il exige la limitation du mandat du président de la République à 5 ans, renouvelable une seule fois; le scrutin présidentiel à deux tours; le scrutin uninominal pour les législatives; le bulletin unique; la majorité électorale à 18 ans; le redécoupage électoral; l’utilisation de la technologie biométrique avec délivrance immédiate de la carte électorale; la définition légale du calendrier électoral.

Last but not least, la dissolution d’Elecam suivie de la création d’un organe véritablement indépendant. Dans l’optique d’éclairer la lanterne des Camerounais et de son lectorat, Le Messager a recueilli les réactions de John Fru Ndi, Chairman du Sdf et d’Alice Sadio, la secrétaire générale de l’Alliance des forces progressistes (Afp) au sortir des travaux de Bamenda dimanche dernier. Comme il fallait s’y attendre, les deux leaders ne font pas de cadeaux au régime de Biya et invitent par ailleurs, le peuple camerounais représenté au sein de l’hémicycle de Ngoa ékellé de s’abstenir de se prêter à cette négation de la démocratie dans notre pays.

Dans la même veine, sous la forme d’un véritable pavé dans la mer, le coordonnateur du Mouvement progressiste (M.P.), l’honorable Jean-Jacques Ekindi passe au crible de l’analyse et ce en 10 points, le projet de code électoral. D’un autre point de vue, Abanda Kpama président du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance (Manidem), estime que ce code est ni plus ni moins qu’une « déclaration de guerre au peuple camerounais ». Voici le caléidoscope des réactions de ces leaders politiques.

Alain NJIPOU

John Fru Ndi. «Ce projet de loi est une moquerie faite au peuple camerounais»

Chairman, il y a actuellement un projet de loi sur le code électoral unique soumis par le gouvernement à l’attention de l’Assemblée nationale. Que vous inspire ce texte ?

Les partis politiques se sont mis ensemble pour condamner ce projet de loi dans sa globalité. Ce projet de loi est une moquerie faite au peuple camerounais. Les Camerounais ont simplifié pour longtemps les choses et M. Biya pense qu’il peut toujours les dribler. Nous avions commencé avec l’administration territoriale et de la décentralisation, puis l’Onel 1et 2 que nous avons emprunté du Sénégal. Nous sommes revenu à Elecam, on nous dit qu’il était indépendant, libre, que ceux nommés au sein de cette structure sont neutres.

Les Camerounais sont témoins de ce qui s’est passé. On a vu des personnes avec quinze cartes d’électeur. M. Biya est en train de ramener cela au lieu de l’éponger et donner une véritable biométrie. On n’est pas toujours claire à propos de la biométrie, non moins du mandat présidentiel, du découpage des circonscriptions et bien de choses. Je me demande si M. Biya a hypnotisé les Camerounais. Mais il doit savoir que parfois l’effet d’hypnotisation arrive à expiration.

Faut-il rejeter en bloc ce projet de loi?

Nous disons que ce projet de loi doit être rejeté. Que Elecam actuel soit dissout et de nouvelles personnes désignées. Il faut refaire une feuille de route. Nos parlementaires ont fait leur proposition en tenant compte des onze points du Sdf. Ce sont des choses dont le Sdf en parle depuis 1990. C’est sur un point de vue légaliste que nous parlons, nous voulions des lois qui vont gouverner les élections, on nous a dit non, allons aux élections.

Nous avons boycotté l’élection en 1992, tout le monde a semblé blâmer le Sdf. Aujourd’hui, le Sdf est vindicatif. M. Biya a fait ses consultations mais nous avons notre manière. Bien sûr, le Rdpc a tout fait pour frauder les élections passées pour avoir assez de députés qui vont voter les lois odieuses. L’observation que nous faisons c’est que nous appelons tous les Camerounais de bonne volonté, qui ont à cœur l’intérêt de ce pays et qui sont au parlement de rejeter ce projet de loi.

Si les députés majoritairement issus du Rdpc, votent cette loi malgré vos reproches qu’allez-vous faire ?

Les Camerounais doivent sortir comme un seul homme et lutter pour leurs droits. Regardez les pays en Afrique du Nord, au Mali ; dans certains endroits la population a commencé le combat. C’est par la suite que les leaders les ont rejoints. Mais au Cameroun on dit Fru Ndi prend la tête on manifeste dans la rue. Maintenant, nous sommes au dessus des manifestations.

Et les Camerounais, quelques soient leurs sphères ou leurs statuts doivent lutter pour leurs droits. Le pays nous appartient tous ; il n’est pas seulement pour Fru Ndi, Dzongang, Ndam Njoya ou les leaders de tel ou tel parti. Je crois que le jour s’est levé. Les Camerounais ont vu ce qui s’est passé ailleurs, qu’ils se lèvent et agissent.

Quelles étaient vos attentes de ce projet de texte de code électoral unique ?

Vous dites à quelqu’un qui lutte depuis 23 ans. En ces 23 ans M. Biya n’a rien fait pour le peuple, c’est pourquoi j’en appelle aux Camerounais de se lever comme un seul homme et de prendre en main leur responsabilité parce que je n’attend rien de ce régime. Vous vous souvenez quand Fonkam Azu’u avait dit que nous allons utiliser la biométrie, les gens ont jubilé et sont venus me voir, je vous ai dit que je me réserve parce que ces gens du régime sont de mauvaise foi. Vous l’avez constaté dans ce projet de loi de code électoral unique, la biométrie y est floue.

Quand on a ajouté les autorités religieuses à Elacam , vous journalistes êtes venus me voir je vous ai dit que je me réserve et que le temps nous en en dira. Les évêques et autres qu’on a mis à Elecam, qu’ont-ils fait ? Mais quand j’ai critiqué, les journalistes ont dit que Fru Ndi attend les anges du ciel pour venir s’occuper du problème camerounais. J’ai à faire à des personnes que je connais, ils ne feront rien de bon. Ils sont forts et parfaits en corruption, de telle sorte qu’il y a une rumeur selon laquelle le président d’Elecam s’est targué qu’ils ont appliqué la fraude scientifique. Si c’est ce qu’ils ont fait qu’est ce qui peut encore les dépasser ?

Propos recueillis par Donat SUFFO

 

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