10/04/2012 14:54:10
10 avril 1948-10 avril 2012, UPC 64 ans de galère
64 ans après sa création le 10 avril 1948, l’UPC présente aujourd’hui le tableau pitoyable d’un parti balloté entre scissiparité, compromission, orientations foireuses et inertie. 
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S’il est difficile de contester à l’Union des Populations du Cameroun (UPC) les attributs de  seul parti politique qui portait dès sa fondation, les véritables aspirations du peuple camerounais, il est cependant dubitable sa capacité de  s’adapter à la nouvelle donne socio-politique nationale ou encore moins, de parler d’une seule voix. 63 ans après sa création le 10 avril 1948, l’UPC présente aujourd’hui le tableau pitoyable d’un parti balloté entre scissiparité, compromission, orientations foireuses et inertie. 

A défaut de résultats probants enclenchés depuis ce temps sur les champ politique, économique, social ou culturel « le parti des crabes », « l’âme immortelle du Cameroun », suscite des observations mais surtout des interrogations, les unes aussi préoccupantes que les autres : les fondements de l’UPC sont-ils encore actuels ? peut-il s’unir ? arrivera-t-il jamais au pouvoir ?

Il était une fois, Ruben Um Nyobe

Les différentes articulations de l’histoire de l’UPC, inégales en intensité et en relief, se confondent généralement avec des noms et des profils particuliers qui l’auront marqué, dans l’un ou l’autre sens. Elles correspondent aussi souvent aux étapes de l’évolution politique du Cameroun, L’UPC n’en est-il pas le plus vieux parti ?

Ruben Um NyobeAinsi,  un peu plus que Moumié, Kingue, Ouandie ou Ossende Afana, autres leaders historiques tous aussi charismatiques reconnus de ce parti, Ruben Um Nyobe incarne l’essentiel des revendications et  des objectifs jamais satisfaites ou atteints, qui rendent le combat de  l’UPC plus que jamais actuel.

Les requêtes formulées par l’UPC, par la voix de son secrétaire général à la quatrième commission de tutelle de l’ONU en décembre 1952, recoupent rigoureusement le fond des véritables problèmes du Cameroun d’aujourd’hui . la révision des accords de tutelle de 1946, la réunification des deux Cameroun et l’indépendance  nationale, transposés dans le contexte actuel, posent de manière saillante la question des rapports de vassalité que le Cameroun continue d’entretenir avec la France d’une part, et d’autre part, celle de l’intégration effective et équitable des anglophones dans la « République »

On peut aussi valablement relever dans la démarche originelle de ce parti une organisation capillaire, un maillage structuré du territoire et une volonté résolue de faire déboucher l’action politique sur le bien être de tous les citoyens. Le caractère multiethnique de l’élite et de la base du parti au début, est aussi digne d’intérêt, le tribalisme outrancier étant   devenu un enjeu majeur de la cohésion nationale  . Ces impératif, aspiration et valeur, se sont fortement  érodé au contact corrosif des rapports incestueux entre le Devoir et l’argent.

L’indépendance au sens de Um Nyobe n’était ni un slogan  creux, ni une réalité factice comme celle qui court  depuis le premier janvier 1960 pour continuer d’avilir le peuple camerounais et de piller les richesses nationales. L’indépendance était alors  comprise comme un instrument  privilégié d’affranchissement effectif et définitif, des amarres de l’asservissement  et de l’exploitation. Aujourd’hui, les chaines de la colonisation nous lient toujours, la dignité du peuple camerounais est toujours souillée par les humiliations de toutes sortes, entretenues par les valets locaux de l’impérialisme occidental.

En outre, il y avait quelque chose de vrai et de profondément patriotique dans l’UPC de cette époque là, qui pourrait non seulement donner un supplément d’âme à la pratique politique en cours dans notre pays, mais aussi redimensionner les ambitions du personnel politique camerounais,  à la hauteur  des grands défis de développements à relever au plan national et international. En effet, la sincérité, la profondeur et la ferveur du militantisme d’alors, faisaient de tous les militants de l’UPC, des passionnés inconditionnels de la seule cause qui vaille la peine d’être défendue même au prix du sacrifice suprême, le Cameroun.

Vu sous ce prisme, le combat de l’UPC est encore actuel et peut constituer le ferment indispensable dans le grand chantier de la construction nationale. Le parti d’Ernest Ouandie après une mue malheureusement improbable, pourrait naturellement s’imposer comme l’unique alternative fiable aux partis néocoloniaux qui encombrent l’arène politique nationale.

Kodock, Mayi, Woungly, Ntumazah et les autres

Loin d’un manichéisme stérile qui encense  les « bons » et voue les « médiocres » aux gémonies, force est de constater que, l’interdiction du parti le 13 juillet 1955 et surtout l’assassinat de Um Nyobe le 13 septembre 1958 ont comme   imprimé sur le parti, le sceau invisible  d’une déliquescence programmée. 

La vie dans le maquis  avait sérieusement désorganisé la structure et le fonctionnement de l’UPC ce qui avait manifestement déteint sur l’efficacité et la cohésion de l’action politique, mais aussi sur l’unité et la ferveur à la base et parmi l’élite. 

Um mort, le parti était amputé de son idéologue le plus résolu, ce qui avait accéléré sa fissuration, puis à terme, son morcellement.

Une chose est évidente. L’héritage de Um Nyobe est lourd à assumer et trop grand pour les seuls militants de la première heure, plus occupé à breveter des dénominations  de factions qu’à de ranger sous la bannière unique rouge frappée d’un crabe noir. Les personnages sus cités et d’autres, dont certains ont  déjà tiré la révérence, ont cru utile, au nom d’une légitimité ou discutable ou dérisoire, de tirer un lambeau du patrimoine commun, dans une chapelle marginale. Certains, comme Mayi Matip l’ont carrément renié, nouant ainsi une alliance contre nature avec le pouvoir néocolonial d’amadou Ahidjo, celui là même qui avait juré la perte de l’UPC .

Depuis 1991, date du retour sur la scène politique du parti des crabes à la faveur de la réintroduction du multipartisme , plusieurs tentatives, les unes aussi infructueuses que les autres, ont eu lieu, pour tenter de recoller les morceaux ; 1991, 1996, 1998, 2002, 2004 et 2007.

o La mort d’Augustin Frédérick kodock le 24 octobre 2011 avait pourtant  suscité de réels espoirs de réconciliation au sein de cette formation politique. On en est encore là, et les déclarations de bonnes intentions de manquent pas. Woungly Massaga, un des transfuges de l’UPC et fondateur  du psp/upc , lors d’une rencontre organisée aux fins de ramener tous les membres à la maison, s’est dit prêt à apporter son soutien et sa riche expérience à toutes initiatives recherchant l’unité du parti. Malgré ces efforts peut-être sincères, les luttes de clan, le « pouvoirisme » et les accointances  suspectes avec le régime en place , ont tracé au fil du temps les sentiers sinueux d’une unité improbable.

o Et demain l’UPC !

o On peut maintenant, sans la présomption d’une certitude absolue risquer une réponse aux deux autres interrogations  préoccupantes du début.

L’unité de l’UPC est improbable nous l’avons déjà dit pour des raisons qui, de l’avis aussi de plusieurs observateurs  avertis, est inscrite  dans l’histoire même du parti. Souvent éparpillés parce que traqués tantôt  directement par le colon français, ou indirectement à travers Ahidjo, n’a pas su ou n’a pas pu habituer ses cadres à se connaitre et à travailler en toute harmonie pour un idéal commun, la libération du Cameroun.

Si l’idéal était sauf la plupart du temps, les méthodes pour l’atteindre elle, variaient d’un individu à l’autre. Chacun gardait au fond de son cœur une grande idée d’une UPC, sans la certitude qu’elle soit en phase avec le concept originel. On l’a vu, Augustin frédérick  Kodock, Théodore Mayi Matip, Ngwo Woungly, Ndeh Ntumazah  ou Anicet Ekane juraient chacun de son côté   de représenter l’UPC, celui moulé par Ruben Um Nyobe.

Aujourd’hui, la configuration du paysage politique camerounais dominé par le parti-Etat-RDPC ne donne aucune chance à l’émergence d’une parti authentiquement nationaliste et fort. En plus l’UPC ne fait plus rêver personne, est pauvre et ne dispose plus de la capacité de mobilisation des masse d’antan, qui était l’une des sources de financement sure du parti. La conséquence est évidente . L’UPC prendra difficilement le pouvoir en l’état actuel des choses devenant l’unique parti nationaliste africain à n’avoir pas accédé au pouvoir.

Joli-Beau Koube

 

 

 

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