10/04/2012 15:04:43
Violence: Pour le cas DJ Arafat, nous sommes tous des co-auteurs...
Depuis quelques temps, une vidéo de DJ Arafat en train de battre sa copine (devenue ex-copine) circule sur la toile et cela alimente assez de conversations.
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Depuis quelques temps, une vidéo de DJ Arafat en train de battre sa copine (devenue ex-copine) circule sur la toile et cela alimente assez de conversations. Beaucoup de gens s’en sont indignés. On pouvait aussi lire quelques personnes essayant de défendre le jeune DJ, Arafat pour la simple raison que son acte serait dû au fait que l’ex-copine l’aurait trompé.

DJ ArafatCette affaire a pris des proportions au point où le Ministère de la famille et de la femme en a pris acte et voudrait y voir plus clair, selon ce que nous avons lu dans la presse ivoirienne. Bravo à ce Ministère qui semble être bien préoccupée par la cause de la femme. Vous me diriez que c’est tout à fait normal, puisque c’est la raison d’être de ce ministère. Je vous dirai que ce n’est pas évident, puisque ce ministère a toujours existé et pourtant la condition de la femme d’aujourd’hui n’est pas meilleure que celle d’hier à mon humble avis.  

Du côté des concernés directes, (nous sommes les concernés indirectes) le jeune Dj artiste s’est prononcé et présenté ses excuses à tout le monde, particulièrement aux femmes. L’ex-copine en question, Alexia, s’est aussi prononcée pour qualifier cette triste épisode d’un passé sur lequel la page est tournée. Ce qu’elle a déploré dans tout ça, c’est le risque que court la carrière d’Arafat à cause de la publication de ladite vidéo… Alexia dit qu’elle n’est pas star et donc ceux qui chercheraient à lui faire du mal se trompent de cible. Voici un petit résumé de ce que j’ai pu lire ça et là. 

Tout ça n’est pas le point de cette adresse. Je ne l’écris pas non plus parce ce que j’ai un intérêt particulier à m’intéresser de la vie privée de deux jeunes gens. Il s’agit plutôt de Violence dans la vidéo et je pense que c’est cette violence dans le caractère d’Arafat telle que présentée sur la toile qui devrait attirer l’attention. Plutôt que de voir Arafat et Alexia, il faut voir la violence d’un homme à l’égard d’une femme… Il faut voir la violence en général et dans le cadre d’un couple en particulier.

Il faut aussi oublier le caractère star d’Arafat et celui non star de la jeune fille Alexia, car star ou pas, je ne pense pas que la «starmania» d’un individu est ce qui devrait choquer la population. Arafat, aussi star qu’il pourrait être, serait parti dans un orphelinat pour offrir des vivres aux enfants ou passer chez des veuves pour leur offrir de quoi à vivre, n’aurait pas suscité le même engouement comme ce fût le cas avec cette vidéo (de violence). Et pourtant, il reste la même personne avec le même niveau de star qu’on peut lui accorder. La différence ici se situe dans l’acte posé. La violence! C’est donc l’acte qu’il faut voir et analyser. La violence en effet est si ancrée dans notre société au point où l’on a tendance à la normaliser... Beaucoup se sentent indignés par cette vidéo « Arafat-Alexia», malheureusement pas à cause de son caractère de violence, mais parce que l’auteur est une star. Une star de coupé-décalé ou de kpangô si je ne me trompe pas. 

Existe-t-il une école spéciale en Côte d’Ivoire qui met à l’abri de la violence ceux qui ont l’inspiration fertile en coupé-décalé, en kpangô ou en d’autres genres musicaux? 

Si tel était le cas, alors on dirait qu’Arafat n’a pas bien appris ses leçons et on peut en être scandalisé. Dans le cas contraire, il faut mettre balle à terre et voir ce jeune-homme comme tout ivoirien qui a vécu et grandi dans une société (avec ses qualités et ses tares), et qui a un talent d’artiste. Le talent n’est pas synonyme d’éduction et vis versa. Le talent et l’éducation ne se rejettent pas et devraient être complémentaires, bien que ce ne soit pas toujours le cas.

De même le talent d’artiste ne reflète pas forcement la mentalité de l’individu ni celle de la société à laquelle il appartient (Et ce ne sont pas les grands artistes Américains ou d’ailleurs qui me diront le contraire)… L’artiste peut s’inspirer de ce que la société lui enseigne dans l’expression de son art, mais le talent reste un don inné, qui demande tout de même du travail afin d’être bien monnayé. C’est dire que, artistes et non artistes se retrouvent dans le même bateau de la mentalité et de l’éducation générale que nous devons continuellement œuvrer à améliorer…

DJ ArafatLa scène entre Arafat et Alexia se serait passé entre «Konan et Adjoua» à Adjoufou ou à Bromakoté et que Roska de passage l’aurait filmée pour la mettre sur youtube ou facebook, personne ne s’en serait occupée de la même manière! Tout simplement parce que konan n’est pas une star ou un VIP. Et pourtant Adjoua a le même droit qu’Alexia. Il en est autant pour  Konan et Arafat!  

A travers la vidéo «Arafat-Alexia», il faut voir les nombreuses femmes qui subissent la violence de leurs partenaires dans les campements, les villages et les villes! Ce n’est pas toujours que cette violence est filmée, pourtant elle est faite au quotidien! Il faut certes s’indigner, voire condamner l’acte d’Arafat à l’égard de son ex amie, mais ce n’est pas pour autant que ce jeune homme serait le diable parmi les Saints! Il n’est pas le diable dans une société de saints! Tout comme Alexia, Arafat est lui-même victime d’une société qui a longtemps accepté la violence sous toutes ses formes. La violence dans les pensées, la violence verbale, la violence culturelle, la violence mentale, la violence spirituelle, la violence physique…

Le manque de courtoisie est une graine de violence que nous semons et c’est de loin la graine la mieux cultivée dans notre société… 

Pour peu, un chauffeur de taxi, de wôrô-wôrô ou de gbaka peut se mettre à injurier son client. Les spécialistes dans ce domaine sont les apprentis-gbaka qui méritent qu’une école pour apprenti-gbaka soit créée avec pour matière de base la courtoisie… Le manque de courtoisie des passagers aussi à l’égard des chauffeurs et des apprentis n’est pas à exclure. 

L’attitude peu courtoise dans nos bureaux, aux guichets des banques sans oublier l’arrogance du boutiquier du quartier… 

Que dire de la patronne qui ne sait pas qu’il faut dire à sa servante « donne-moi un verre s’il te plaît» au lieu de « donne-moi un verre-là, idiote!» Certaines vont jusqu’à porter main à leur servante! 

Dans le quartier, lorsque Mr X bat sa femme, le voisinage cautionne cela indirectement en disant: « Celui-là, il ne connaît pas hein, il «dabah» sa femme tous les jours!» Si jamais une femme rapporte au commissariat qu’elle est battue par son homme, on préfère minimiser la situation pour dire que c’est une affaire de couple (comme si la violence du partenaire faisait moins mal que celle de l’inconnu). 

Les politiques dans leur prise de position sont en général plus orienter vers faire mal à l’adversaire qu’on transforme progressivement en ennemi, plutôt que faire mieux que celui-ci. Le non respect de l’adversaire politique et la vulgarité qui accompagne les propos,  dominent le milieu de ceux qui devraient servir d’exemple à la population. Ce sont les politiques que la population copie, qu’on soit Arafat, Konan ou apprenti-gbaka.  La population copie ce qu’elle voit. On me dira que les politiciens ne battent pas leurs femmes (qu’est-ce qu’on en sait???), mais lorsqu’on présente un gouvernement de 40 personnes où il n’y a que 5 femmes, n’est-ce pas une autre forme de violence envers la femme? Appelez cela discrimination, oppression ou tout ce que vous voulez… 

Nos intellectuels qui devraient éduquer la société choisissent plutôt de contribuer à l’instauration de la violence avec des positions partisanes et tribales.  

Nombreux sont ces journalistes qui contribuent à cette violence en entretenant des articles à caractère incendiaire, dans un art propre à eux qui consiste à voir la fumée là où il n’y a pas de feu.

Tout ce qui précède fait de nous des co-auteurs directs ou indirects de la violence... Battre une femme, c’est l’opprimer et lui manquer de respect et c’est ce que notre société veut présenter comme juste et geste d’Amour quand cela se passe dans un couple. Ce n’est qu’une question de mentalité… En fait, ce qui est vu sur la vidéo avec Arafat est consciemment ou inconsciemment accepté voir enseigné par la société, par tous! 

Limiter le débat de cette violence à Arafat parce que c’est lui qu’on voit dans une vidéo et peut-être parce que star, c’est s’intéresser à une feuille et penser qu’on est en train de résoudre le problème de l’arbre, pour présenter la situation avec cette métaphore. Le cas Arafat ici n’est qu’une feuille qui peut aider à attirer l’attention sur le fait que l’arbre (la société) a de sérieux problèmes. C’est le problème de l’arbre qu’il faut saisir, y réfléchir, analyser et trouver des solutions sérieuses au lieu de se limiter aux discours de fête chaque 8 mars pendant la journée internationale de la femme et tourner la page après, comme dans un cas banale de petites adolescentes inconscientes.

DJ ArafatTous les hommes ne battent pas leurs compagnes lorsqu’ils sont en colère comme c’est le cas dans cette vidéo certes, mais la violence de chacun peut s’exprimer autrement. D’une manière ou d’une autre, la violence n’arrange pas notre société et il faut en prendre sérieusement conscience et y faire faire quelque chose à travers notre système éducatif. Nos médias peuvent aussi servir à combattre cette violence en accordant un petit temps d’antenne qui fait la promotion de la non violence à tous les niveaux de notre société.  Ce n’est pas quand la guerre se présente au cœur de nos vies qu’il faut s’étonner de la violence qui nous a envahis… La guerre n’est qu’une conséquence de la violence semée, entretenue, cultivée, culturalisée…  

En général, un enfant qu’on bat pour un oui ou pour un non est plus disposé à s’exprimer par la violence physique toute fois qu’il en aura l’occasion. Si par notre passivité nous acceptons que cet enfant soit battu, alors ne jouons pas les saints et les innocents quand il va exprimer ce qu’il aura le mieux appris. Un enfant qui a vu son père battre sa mère peut aussi penser qu’il faut porter main à la femme pour pouvoir exprimer sa masculinité!

Je ne sais pas les vraies raisons qui ont poussé Arafat à exprimer sa colère et sa frustration par la violence physique (jusqu’à casser des assiettes sur la tête de la jeune fille), mais je peux deviner que ce n’est pas le fait d’être star, parce que star, il l’est surtout pour les fans du coupé-décalé et du kpangô, mais n’étant pas la seule star en Côte d’Ivoire, on ne saurait justifier la violence dans son comportement par un statut de star… Néanmoins, il faut dire qu’il y a plusieurs manières pour exprimer sa colère et sa frustration sans faire des dégâts, surtout dans le cadre d’un couple. Et rien ne justifie qu’on porte main à son / sa partenaire, si ce n’est une question d’éducation et de mentalité dont tous sommes victimes…

Cette éducation et cette mentalité sont l’affaire de tous dans notre société et non celle d’un individu, fut-il un DJ talentueux. Il faut aider Arafat à dominer sa colère en ne l’exprimant pas par la violence. L’adresse qu’il a faite aux femmes pour s’excuser montre bien sa bonne foi de ne plus jamais porter main à une femme et cela est rassurant.  

Ce qui serait fondamental pour une société comme la nôtre, c’est de prendre des mesures afin que la violence soit réprimée dans la vie de tous les jours à quel que niveau que ça soit.  Il ne sert à rien de s’indigner devant la violence d’Arafat et de cautionner celle de Konan dans le voisinage ou alors de la pratiquer soi-même sans que cela interpelle qui que ce soit…  C’est de cela qu’il est question.    

On est ensemble ou alors, apprenons à être ensemble!

En ce moment pascal qui rappelle la Repentance et le Pardon suprême, sachons faire notre mea-culpa et sachons pardonner…

Demeurez dans la bénédiction et la grâce du Tout Puissant!

Copenhague, 06 Avril 2012

Rosalie Kouamé «Roska»

Présidente Fondatrice - Fondation Roska

roska_net@hotmail.com roska_net@yahoo.com 

Blog: http://roskanews.africaview.net

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NB:

Dabah (en nouchi ou créole ivoirien) = battre, frapper

Adjouffou et Bromakoté = Deux quartiers précaires d’Abidjan.  

Konan et Adjoua: Noms choisis par pur hasard pour illustrer un couple ordinaire          

 

 

 

 

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