11/04/2012 02:00:00
Touche pas mon vote!
C’est clair : tout acte politique du tyran au Cameroun aujourd’hui n’est plus que manœuvre pour quitter le palais de l’unité les pieds devant. Le Code électoral qu’il propose aujourd’hui n’est pas une exception. C’est que la structure politique de notre pays n’étant ni aristocratique ni monarchique, le vote des citoyens est le sang qui circule dans les veines de l’Etat pour lui donner vie...
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L’année passée, de septembre à octobre, par une opération de formation de formateurs de scrutateurs, nous avons pu, avec le concours de Cameroon O’Bosso et le travail sur le terrain de l’infatigable Thierry Njifen qui en est le secrétaire général, former deux mille scrutateurs à travers le pays : Douala, Bamenda, Yaoundé, Bafoussam, Edéa, etc. Un travail d’arrache-pied qui s’est écrasé sur la machine de la fraude du RDPC, mais n’en a pas moins fabriqué des citoyens aguerris pour qui nous avons imprimé trente mille copies d’un manuel du scrutateur.

Pour les élections à venir, nous nous préparions à relancer cette même opération pour les législatives et les municipales. Tel travail sera impossible. Et pour cause, nous dit Jean-Jacques Ekindi, qui avec Jean-Michel Nintcheu, Kah Walla, Paul Abine Ayah, Parfait Ndom, Sam Mbaka, Jean de Dieu Momo, était haut patron de cette opération en 2011 : ‘Les candidats opposés au RDPC sont complètement désarmés, offerts en victimes expiatoires à la collusion qui représente l'Etat-parti (le pouvoir d'Etat, le parti du RDPC et Elecam). Alors que la loi actuelle prévoit que chaque candidat puisse désigner un représentant et deux scrutateurs dans tous les bureaux de vote pour représenter et défendre ses intérêts, le nouveau code les a supprimés. De plus, en utilisant le subterfuge de l'arrivée tardive, le représentant d'Elecam peut éliminer du bureau de vote les membres qui y représentent les candidats dans la commission locale de vote. Ce qui est proposé au peuple camerounais et à ses candidats, c'est de faire une confiance aveugle à Elecam, au représentant du sous-préfet et à celui du Rdpc.’ Ici est résumé le principe infâme qui guide le Code électoral que Biya a proposé aux députés RDPC.

C’est clair : tout acte politique du tyran au Cameroun aujourd’hui n’est plus que manœuvre pour quitter le palais de l’unité les pieds devant. Le Code électoral qu’il propose aujourd’hui n’est pas une exception. C’est que la structure politique de notre pays n’étant ni aristocratique ni monarchique, le vote des citoyens est le sang qui circule dans les veines de l’Etat pour lui donner vie. Puisqu’il ne peut pas supprimer les élections, la politique du tyran est de rendre ce vote ineffectif par des subterfuges légaux, ou par une politique de la terre brulée. Le Code électoral qui est la modalité de fabrication perpétuelle de notre présent et d’ailleurs de notre futur, devient ainsi un cache-sexe de sa dictature.

Touche pas à mon voteLa particularité de la tyrannie camerounaise est en effet qu’elle a remplacé dans la conception du politique le juste par le légal. Elle est donc faite d’apparats du mal écrits en jargon acceptables, de filouteries écrits en textes juridiques, d’une armature de lois pour recouvrir le nauséabond. Ces lois sont accompagnées de gromologues et de décortiqueurs de pistaches cuits, d’habitude des juristes de l’assassin eux-mêmes sinon ses propagandistes, les communicants donc, qui passent à la télévision ou écrivent dans les medias pour cafouiller quand il faut montrer le puant du cabinet dans lequel se trouve notre pays. Pour ce qui est de la critique elle qui est l’arbitre du juste et l’intelligence du citoyen, quand elle n’est pas tout simplement interdite, elle arrive toujours après les faits pour donner une intelligibilité à la sottise, crier à l’incendie quand la maison est en cendres, sinon pour constater hébétée que le meurtre programmé a eu lieu.

C’est que dans le régime hyperpresidentiel qui est le nôtre depuis avril 2008, depuis donc l’article 53 de la constitution, à côté du BIR et des gouverneurs, préfets, sous-préfets, délégués du gouvernement qu’il nomme à sa guise et selon ses seuls humeurs et auxquels il donne d’ailleurs impunément des millions de francs de remerciement comme en octobre 2011, le tyran plus que tout se sert de la loi pour caller à Etoudi quand dans les faits personne ne le vote plus. Les chiffres d’octobre 2011 sont là, publiés qu’ils ont été par Transparency international : au pays, seul 30% de nos compatriotes sont allés voter. Sans parler des 5% qui sont allés voter dans la diaspora.

De quelle autorité l’homme qui a fait un putsch constitutionnel peut-il donc se prévaloir pour suggérer un Code électoral à des Camerounais qui l’auraient chassé comme Ben Ali sinon capturé comme Moubarak s’il n’y avait le BIR qui comme nous savons est sous ses ordres directs ? Certes il a les députés de son parti, le RDPC à l’Assemblée nationale pour faire loi quand il ne tue pas. Sa parole escroque, il l’impose sinon au sang. Le but fondamental étant ici d’ailleurs exprimé par ces députés-là qui eux aussi exigent de se mettre à l’abri du vote, en demandant une extension de leur mandat de deux ans par leur patron. Ont-ils tord d’ailleurs, eux qui ne demandent que leur du, comme une main laverait une autre ; eux qui lui ont donné un mandat constitutionnel de sept ans quand le leur à eux est de cinq ans plutôt ? Le tyran qui se croit hors d’atteinte deux fois (par le fait que son mandat chevauche celui des députés, et par le fait que l’élection présidentielle ait eu lieu en octobre 2011), veut jeter un os à cette population camerounaise qu’il méprise : le Code électoral est sa trouvaille cette fois-ci. Seulement les députés eux, qui autant que lui savent que le Cameroun n’est plus qu’une république de feymen, exigent d’être mis à l’abri des électeurs eux aussi.

La bataille autour du Code électoral proposé par le gouvernement est donc une bataille de chef de gang avec ses bandits qui se sentent laissés en plein désert : ‘Un pour toi, zéro pour moi ? – Jamais !’ Pas surprenant que les députés du RDPC se fâchent : le Code électoral du tyran qu’il ont aidé en 2008 à casser le verrou constitutionnel qui l’aurait mis à la retraite, leur met quelques bâtons dans les roues : par exemple la caution un peu plus élevée, ou alors la question du mandat impératif. Sinon la constance est simple : le jeu-ci est cette fois clos aux citoyens. Cette bataille ne peut d’ailleurs devenir citoyenne que si elle est permise par le BIR qui empêche toute réunion publique et dernièrement d’ailleurs interdisait un séminaire citoyen à Yaoundé.

En réalité la bataille autour du Code électoral ne ferait sens que dans la mesure où l’élection ferait encore sens au Cameroun. Le vote quant à lui ne ferait sens que dans la mesure où l’expression de chaque citoyen camerounais serait libre : c’est-à-dire, dans la mesure où celui-ci, le citoyen, avant de pouvoir exprimer son vote, serait librement ouvert à un choix multiple d’opinions parmi lesquelles il pourrait choisir ; dans la mesure où ce choix aurait lieu sans pression aucune, dans le secret, et où après l’expression de son choix, celui-ci serait respecté par l’institution à laquelle il l’a confié.

Or voilà où commence la pure feymania du tyran, car autant celui-ci se sera réservé seul l’initiative de l’écriture du Code électoral, autant l’Assemblée nationale où son parti, le RDPC, a la majorité absolue aura la main mise sur la manufacture finale celui-ci. Et pour cause : ici aussi il leur est nécessaire de transformer en clauses légales la filouterie qui les maintiendrait tous au pouvoir ; il leur est important de cacher dans le jargon légal le hold-up effectif qu’ils ont fait sur tout un peuple ; il leur est important de trafiquer la saloperie pour lui donner un air de respectabilité. Pour ce, ils ne cessent de parfumer et de reparfumer le cabinet de leur ignominie au comble pourtant, au lieu de le vider de leurs déchets tout simplement.

Telle légalisation de l’escroquerie atteint des sommets qui feraient éclater de rire si la tragédie de tout un peuple ne nous faisait pleurer déjà depuis. Ainsi en est-il par exemple du financement autant des partis politiques que des campagnes électorales : il est légal, et le parti doit avoir 5% de voix et être représenté à l’Assemblée nationale pour recevoir de l’argent de l’Etat. En France, le parti doit avoir eu au moins 1% de voix pour être financée par l’Etat. Mais le RDPC qui a la mainmise sur l’Etat comme nous savons, ne veut pas laisser celui-ci aider à fabriquer des partis concurrents avec les taxes des citoyens. Ce que cette clause légale ne dit pas cependant est que le système électoral qui dans les faits a exclu 70% de la population votante transforme tout chiffre obtenu à l’issu d’élections au Cameroun en farce.

Que dire donc du choix du candidat à l’élection présidentielle ? Il permet deux options ; d’abord la désignation par un parti, et ensuite, pour les candidatures indépendantes, la caution morale de personnalités. Dire qu’il y a quelques mois le tyran s’est présenté à l’élection présidentielle, courcircuitant autant cette provision que son propre parti en introduisant dans le vocabulaire de son infamie le concept de ‘candidat naturel’ ! Mais ainsi en est-il aussi de l’observation du vote : elle nécessite l’autorisation du ministère de l’Administration territoriale, quand les élections elles mêmes sont organisées par un organe anticonstitutionnel, Elecam, et alors que les résultats de celles-ci sont promulgués par un Conseil constitutionnel qui dans les faits n’existe pas du tout !

Trois têtes qui cependant cachent à peine le fait que le ministre de l’AT n’est personne d’autre que René Sadi, ancien secrétaire général du parti du tyran, le RDPC, qui vient de mettre les gouverneurs et autres préfets et sous-préfets aux ordres, eux qui sont nommés par le tyran. Et puis les scrutateurs de vote ? Ce Code électoral les anéantit simplement. C’est qu’il faut bien se représenter ce hold-up légal ! Une vraie fumisterie ! Les élections sont donc contrôlées dans les faits par des personnes (gouverneurs, préfets, sous-préfets) qui dans le quotidien ont sous leur autorité des millions de personnes, ont en plus l’autorité sur la police, la gendarmerie qu’elles envoient de manière routinière tabasser les citoyens et empêcher des réunions d’associations, et qui ne sont pas du tout élues, et pire, sont nommées par le tyran lui-même auprès de qui seul elles sont redevables, car lui seul peut les démettre de leurs fonctions !

Le slogan d’Elecam c’est : ‘votez, Elecam fera reste.’ Jamais brigands n’ont aussi clairement décrit leur pratique. Car le reste dont ce Code électoral parle, c’est l’anéantissement effectif de la voix du citoyen camerounais par une feymania montée de toutes pièces pour empêcher au tyran de sortir d’Etoudi autrement que les pieds devant. Le reste, c’est une machine montée pour dans les faits courcircuiter à tout moment ce qui aurait permis au vote des citoyens de compter effectivement : Elecam est ainsi courcircuitée par le ministère de l’AT et ses administrateurs nommés par le tyran ; le Conseil constitutionnel est courcircuité par la Cour suprême ; les partis politiques sont courcircuités dans leur existence par une clause qui fait que seuls ceux qui sont à l’Assemblée nationale comptent pour l’Etat, sinon ils sont courcircuités dans leur activités par l’Etat d’urgence de fait qui règne sur les grandes villes ; et l’existence des leaders des partis même est courcircuitée par la police qui frappe à gauche et à droite quand un visage nouveau apparaît sur la scène, asphyxie tout ce qui montre la tête ou quelque signe de leadership, corrompt tout ce qui montre une intelligence respectable.

Un tel système monté pour casser tout ce qui grandit naturellement s’est fabriqué une école, l’Enam, où la pépinière d’administrateurs de la tyrannie se recrute de manière héréditaire finalement, quand ce n’est de manière purement et simplement tribale. A tous les niveaux de ce cabinet malodorant dont la sécrétion aujourd’hui est un Code électoral mis sur la table de ses propres députés par le tyran, le citoyen camerounais est celui qui fait peur. Il est donc celui par qui le changement peut arriver. Il est plusieurs manières pour lui de protéger son vote : une, positive qui a lieu avant le vote, et une, négative qui a lieu pendant et après celui-ci.

L’élection d’octobre 2011 nous a montré cependant que pour la protestation pendant et après le vote, le citoyen se retrouve autant devant la machine de fraude, la machine administrative acquise au tyran, devant les militaires, les gendarmes et la police, que devant le BIR. Cette protestation négative, même lorsqu’elle soulève des voix stridentes, et encore plus quand elle s’exprime tout simplement sous la forme de l’abstention, laisse la voie au coup d’Etat constitutionnel. Il reste la protestation positive, qui elle, fait irruption bien avant les élections, quand le tyran habille encore son infamie de l’habituel cache-sexe légal. Ainsi le citoyen camerounais peut frapper aux portes du parlement qui ces jours concocte le Code du faux et dire aux feymen qui s’y trouvent : ‘Touche pas à mon vote !’ Ce serait cette fois de manière préemtive. Par anticipation donc.

Patrice Nganang

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