12/04/2012 04:39:44
Esquisse d'analyse comparative de la situation politique du Sénégal, du Cameroun et du Mali (suite)
Le parallèle avec le Cameroun est insultant, violent de honte et abasourdissant. La monarchie de Yaoundé n'a jamais communiqué un calendrier aux citoyens, enfermée depuis trois décennies dans une marche du pays dépendante des humeurs et des séjours du roi à l'étranger...
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A – Le Drame permanent de l’Etat colonial centralisé et totalitaire

Retour sur le Mali, pour mieux apprécier, les tares d’une gestion et d’un pouvoir qui avec le temps, s’est installé dans une forme d’apathie inacceptable, et a par conséquent généré l’obscurantisme. Amadou Toumani Touré est son propre bourreau et responsable de la débâcle des institutions. Le président s’est senti trop sûr de lui et a perdu le fil conducteur des urgences de transformation et d’émancipation effectives d’une  société encore dominée par des traditions ancestrales obscurantistes. Réussir une élection démocratique est de loin différent de construire une société démocratique, laquelle suppose l’élévation du niveau de compréhension et d’adhésion des citoyens par rapport aux idéaux de la démocratie, aux comportements démocratiques et à la pratique démocratique.

A quoi aura-t-il servit pour le Mali de vivre vingt deux ans de rêve et de calme depuis le renversement du dictateur sanguinaire Moussa Traoré, si aujourd’hui on retombe dans les travers d’une bande de salauds en treillis qui s’expriment dans un langage similaire à celui des Bokassa, Idi Amin Dada et Mobutu ?

C’est à la capacité et à l’habitude de formatage d’une société dans des pratiques et des usages démocratiques donnant lieu à des alternances sans heurts ni tricherie au sommet du pouvoir, que l’on reconnaît la maturité d’un peuple. La dizaine de morts qui a précédé l’arrivée de Macky Sall au pouvoir à Dakar, est un inépuisable témoignage d’imperfection et de doute qui après tout ou malgré tout, range le pays dans la même fournaise des échecs complets ou des réussites en pointillés. Nous ne sommes nulle part, implantés dans une démocratie sacralisée, stable, et respectable. Le fait que la clique de petits truands de Bamako ait pu prendre le pouvoir en faisant tonner les canons aussi grave que le fait pour Wade d’avoir orchestrer des morts, essayer de placer son fils, changer la constitution, se donner la stature d’un monarque relatif. Biya n’a pas autre chose que cela, tout comme Déby ou Sassou. Où se situe dès lors la différence

B – Des différences dans la culture du pouvoir

L'art de la gestion du pouvoir et de l'orchestration des événements politiques qui marquent la manifestation de l'autorité publique, traduit d'abord la culture profonde du pouvoir, et la conception du destin public. Il y a d'un côté, le sentiment d'une humilité et d'une simplicité résultant des usages propres et des coutumes d'une société, et de l'autre côté une extrapolation permanente, un dédain et une présentation constante du pouvoir comme un mythe inaccessible.  En somme, le choix doit être fait entre un accent placé dans l'acceptation d'un minimum de consensus social et politique d'une part, et un accent tourné vers l'arrogance définitive et le recul du consensus renvoyé ou converti en mysticisme.

Entre ces deux images diamétralement opposées, découle la conscience républicaine, la signification de la citoyenneté et l'interprétation à la fois du rôle et de l'autorité de l'Etat.

A Dakar, Wade a posé tous les actes d'un vulgaire dictateur, usé du langage des pires imbéciles des indépendances octroyées, et pratiqué avec son fils, les mêmes tares monarchiques que l'on peut connaître chez des illettrés en treillis parvenus au pouvoir de façon illégitime. Pourtant, le même président s'est livré à une campagne électorale en règle, a reconnu sa défaite dès les premières tendances sorties des urnes, et engagé résolument le processus de passation du pouvoir à son successeur. Les Africains habitués à toute sorte de saloperies contraires, ont jubilé, exprimant une fierté réelle et justifiable. Mieux, en quelques jours, le nouveau président a prêté serment, non sans une sobriété déconcertante, nommé un premier ministre dès le lendemain, placé une femme comme porte parole, arrêté le principe d'une équipe réduite de 25 ministres.

Il s'agit d'une démonstration de lucidité, de modernité, de maturité politique et démocratique sans égal ailleurs sur le continent. On avait déjà vu la Côte d'Ivoire dans un jeu politique élevé du genre faite d'alliances stables et de calendrier inviolable, mais sans plus.

Le parallèle avec le Cameroun est insultant, violent de honte et abasourdissant. La monarchie de Yaoundé n'a jamais communiqué un calendrier aux citoyens, enfermée depuis trois décennies dans une marche du pays dépendante des humeurs et des séjours du roi à l'étranger. Tout beigne dans un secret qui s'apparente à un dédain sans limite. Ni l'entourage direct du chef, ni le corps diplomatique, ni le plus avisé des analystes n'a ici aucune faculté d'anticipation.

Il aura fallu attendre plus de d'un mois, après une prestation de serment inutilement bruyante et pompeuse, pour voir arriver un gouvernement d'une de plusieurs dizaines d'individus ministres et assimilés, le tout mélangé tantôt avec des conseillers spéciaux étranges, des ambassadeurs itinérants bizarres, tantôt avec un paquet d'autres types relevant directement du parti du président. Ce n'est plus de la politique ici, c'est un folklore de mauvais goût digne des régimes monarchiques de l'antiquité. Il n'y a ici ni sens de l'Etat, ni préoccupation pour l'intérêt public, et en réalité ni constitution ni situation constitutionnelle. Il y a un monarque et sa famille, ses amis, ses courtisans, ses désirs et ses colères.

Nous constatons simplement que la meilleure conclusion réside dans une comparaison entre ce que l'on pourrait appeler, le jour au Sénégal, et la nuit au Cameroun.

Parlant justement du sens de l'Etat et de l'esprit républicain, nous retrouvons la bêtise malienne, la forfaiture de ces militaires dont le sort, quel que soit le temps que cela prendra, relève dorénavant d'un tribunal spécial et d'une condamnation à mort à l'issue de l'inévitable procès. Nous avons un pays en crise, attaqué dans ses frontières, menacé dans son unité, humilié par des aventuriers et des trafiquants patentés et reconnus officiellement dans ce statut. Alors que toutes les stratégies politiques et tous les nationalismes devraient converger vers une stabilisation et un renforcement des institutions pour mieux y faire face, quelques voyous prétextant justement de cette situation de crise, s'emparent du pouvoir avec armes et mort d'hommes. Il y a dans cette présentation sommaire, la traduction concrète du niveau d'appropriation des valeurs républicaines qui ne peut être que négatif.

Le besoin de pouvoir, la culture du pouvoir, procèdent dans cette pratique, d'une arriération éducationnelle chez ceux qui s'y adonnent. Le plus grave, c'est de savoir que le coup d'Etat intervient au moment où le pays se prépare à vivre une transition, une alternance au sommet de l'Etat. Si seulement le président en fonction, avait exprimé ou démontré quelques latitudes négatives conduisant à laisser penser qu'il voulait rester par la force ou par la ruse, on comprendrait l'action de ces simulacres de justiciers. Il n'en n'était nullement question et il était même plutôt envisagé comme une panacée, le retour certain d'un civil par les urnes dans seulement deux mois. A Suivre.

Shanda Tomne

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