13/04/2012 04:12:05
François Soudan (Jeune Afrique). « Je n'avance rien que je ne puisse démontrer »
En guise de mise au point...
Le Messager
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Françcois Soudan

En guise de mise au point

Une précision tout d’abord : plutôt que de se pencher sur les problèmes de gouvernance révélés par notre enquête sur la présidence de la Commission de la Cemac et qui concernent tous les citoyens de la zone, certains journaux camerounais, dont celui que vous citez, préfèrent apparemment se focaliser sur l’accessoire. C’est regrettable à double titre. D’une part parce que cela les amène parfois à publier n’importe quel ragot. Surtout, parce que cela leur évite d’aborder les vraies questions : ce que révèle  notre enquête sur la Cemac est-il exact ? Si oui, quelles conclusions en tirer ? Que faut-il faire pour remédier à ces dysfonctionnements ? Pourquoi la Beac hier et la Cemac aujourd’hui sont-elles épinglées, alors que la Bceao et la Cedeao ne le sont pas ? Etc… Le reste n’est que manœuvres de diversion, suffisamment voyantes cependant pour que j’y réponde.

Suite aux révélations de l’hebdomadaire «Jeune Afrique» concernant les frasques du président de la commission de la Cemac, Antoine Tsimi, le journal Intégration pense qu’il s’agit d’un règlement de comptes.  Le journal pense en effet qu’Antoine Tsimi aurait refusé de céder à l’agence Difcom un marché de 400 millions Fcfa pour la réalisation d’un supplément consacré à la Cemac. Que répondez-vous à ces propos ?

Il faut bien comprendre que la rédaction (JA) et la publicité (Difcom) sont deux entités étanches l’une de l’autre et que la première ne connait pas les initiatives de la seconde, ni n’est influencée par elle. Renseignement pris a posteriori, Difcom était effectivement en contact avec la présidence de la Cemac pour une série de messages publicitaires et ces contacts, contrairement à ce que vous dites, évoluaient de façon positive. S’ils ont été rompus, c’est suite à la publication de notre enquête et non l’inverse.

Selon des sources révélées par le Journal «Intégration», votre collègue Jean Michel Meyer aurait proféré des menaces à l’endroit du président de la commission de la Cemac au terme de la mission infructueuse de prospection liée à la rédaction du supplément proposé par la Cemac. Qu’en est-il ?

C’est évidemment faux et somme toute plutôt pathétique. Ni Jean-Michel Meyer, ni aucun membre de la rédaction de JA n’a quoi que ce soit à voir avec la publicité et l’imaginer proférant des menaces nous a tous bien fait rire. Je ne voudrais pas m’ériger en donneur de leçons, mais tout de même : avec des journaux qui, à l’instar de celui que vous citez, publient n’importe quelle rumeur sans le minimum de vérification et de professionnalisme, la presse camerounaise a du souci à se faire.

Certains observateurs notent un écart considérable par le traitement rédactionnel fait par Jeune Afrique d’une part au sujet du scandale de la Beac et d’autre part, sur les frasques supposées du président de la commission de la Cemac. Un fait qui pourrait laisser penser que l’institution Cemac  en tant qu’organisation  est ménagée au détriment de l’homme Tsimi  qui n’est qu’un employé ?

Étant moi-même l’auteur des deux enquêtes, j’avoue ne pas très bien comprendre votre question. Je travaille sur la base des documents obtenus dans le cadre de mes propres investigations et je n’avance rien que je ne puisse démontrer. Faudrait-il étendre cette enquête à l’ensemble de l’institution Cemac ? C’est possible. Aux journalistes indépendants des pays membres de la Cemac – les premiers concernés – de prendre le relais.

Avec l’expérience de Jeune Afrique et, notamment, celle de François Soudan, quel regard jetez-vous sur la résolution de cette crise qui semble être gérée par médias interposés, loin d’un cadre de concertation entre les chefs d’Etat de la sous région Afrique centrale ?

Cette « crise » comme vous dites, n’est pas gérée par médias interposés. Comme pour le scandale de la Beac, un média – en l’occurrence JA – « sort » un dossier. Et les autres commentent. Sous la pression de ces révélations, les chefs d’État avaient dû se saisir de la Beac lors du sommet de Bangui en janvier 2010. Feront-ils de même avec la Cemac à Brazzaville ? Nous verrons. Une chose est sûre : en Afrique comme partout ailleurs, il ne faut pas compter sur eux pour ouvrir spontanément la boîte de Pandore. C’est le rôle de la presse.

L’édition du quotidien camerounais «Mutations» n°2863 du jeudi 10 mars 2011 titre à sa grande Une : « Le gouvernement  (camerounais Ndlr) et Jeune Afrique à couteaux tirés. » En filigrane, le journal fait savoir que, « Cette passe d’armes entre Jeune Afrique] et le pouvoir de Yaoundé survient après l’affaire née du non- règlement des factures de Difcom, l’agence internationale pour la diffusion de la communication, un des démembrements du groupe de presse "Jeune Afrique". Des factures impayées alors évaluées à 650 millions Fcfa, qui ont manifestement jeté le trouble dans les rapports, jadis cordiaux, entre l’establishment camerounais et le magazine panafricain basé à Paris. » Faites-vous des articles d’information rémunérés avec les Etats et les organisations ? Si oui quelles en sont de manière générale, les clauses ?

Il n’y a aucun problème particulier entre le gouvernement camerounais et JA. Je ne vois d’ailleurs pas en quoi ce gouvernement serait plus concerné par cette affaire que ceux des six autres pays membres de la Cemac. Pour le reste de votre question, je vous renvoie à ma première réponse : si tant est que cette histoire abracadabrantesque de factures existe, la rédaction de JA en ignore tout.

Propos recueillis par Joseph Olinga

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