17/04/2012 00:50:32
Les bonimenteurs sont fatigués...
Il y a un an, alors qu’il menait ses violentes guerres de Côte d’Ivoire et de Libye avec l’approbation complaisante de la presse de son pays, Nicolas Sarkozy, s’imaginait faire campagne, à la faveur de la présidentielle qui vient, sur son statut de sauveur des peuples «opprimés» du monde et sur sa «stature internationale». Las !
Le nouveau courrier
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Il y a un an, alors qu’il menait ses violentes guerres de Côte d’Ivoire et de Libye avec l’approbation complaisante de la presse de son pays, Nicolas Sarkozy, s’imaginait faire campagne, à la faveur de la présidentielle qui vient, sur son statut de sauveur des peuples «opprimés» du monde et sur sa «stature internationale». Las ! La Libye «libérée» de Muammar Kadhafi a sombré dans des conflits tribaux déstructurés et son chaos, alimenté par une politique irresponsable de largage d’armes au tout-venant, a contaminé le Mali.

En ce qui concerne la Côte d’Ivoire, il n’y a pas d’hostilités ouvertes, mais la nature profonde du régime installé sous le feu des missiles de la force Licorne apparaît désormais aux yeux de beaucoup, malgré les trésors d’ingéniosité déployés par les «communicants» et autres «étouffeurs» de vérité au sein de l’Hexagone.

L’an I de l’arrestation du président Laurent Gbagbo a été un moment intéressant à analyser sous l’angle des discours médiatiques que cette commémoration a produits. Le cadre général a été, d’une manière, fixé par l’Agence France Presse, qui a décrété, dans un papier d’angle : «Côte d’Ivoire : la reconstruction chemine, la réconciliation piétine». Un tel dispositif idéologique donne aux optimistes et autres complaisants professionnels l’opportunité de voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Bien que séduisant pour le grand nombre – on devrait se consoler en mentionnant que la «bulle explicative mondiale» admet que de profondes divisions déchirent le pays des Eléphants –, ce biais est mensonger.

Et ce ne sont pas les intervenants interrogés par le Journal des Auditeurs, sur RFI, dont les propos ont tourné autour des licenciements de masse, du racket des FRCI et de la vie chère qui diront le contraire. Une reconstruction sans le peuple, voire contre le peuple ? Lubie et imposture.

Juste un retour au niveau de production d'avant guerre

«Un an après [le 11 avril 2011], la métropole économique Abidjan est constellée de chantiers, et ses hôtels sont pleins d'hommes d'affaires étrangers qui ne veulent pas rater le coche.Car les perspectives sont prometteuses : après un effondrement en 2011 pour cause d'impasse politique, la croissance attendue en 2012 se situe au-delà de 8% chez le premier producteur mondial de cacao, toujours première puissance économique d'Afrique de l'Ouest francophone», écrit, grandiloquent, le correspondant de l’AFP. Les journalistes économiques savent que ce ne sont pas de tels critères qui déterminent une reprise sérieuse.

La croissance de 8% évoquée à tout propos et hors de propos n’est que l’effet du retour au niveau de production nationale d’avant-guerre. Et ce n’est pas un exploit dans un pays essentiellement agricole, où les champs n’ont tout de même pas été «soufflés» par les missiles bleu-blanc-rouge. Les exceptionnels prêts et aides venus de l’étranger ont juste permis de réparer ce que la guerre totale décrétée par Nicolas Sarkozy et ses alliés locaux avait «gâté».

Les investissements directs étrangers (IDE) ont-ils grimpé de manière significative en Côte d’Ivoire ? La confiance est-elle de retour parmi les entrepreneurs nationaux ? L’inflation préoccupante est en tout cas un indice prouvant qu’il faut mettre de toute urgence de l’huile dans les rouages.Dans un pays miné par une insécurité structurelle alimentée par les forces de «l’ordre», où les spécialistes disent qu’il faudra dix ans pour désarmer les fameux «faux FRCI», où la moitié de la population est exclue du jeu politique, où c’est l’ONU qui sécurise les frontières nationales au moindre toussotement à la frontière avec le Mali, où le niveau de ré-endettement est déjà considéré comme préoccupant, qui se bousculera pour investir ? Pourquoi un fonds d’investissement préférerait-il miser sur la Côte d’Ivoire plutôt que sur le Sénégal ou le Ghana ? Le problème de la communication à outrance est qu’elle occulte les vrais problèmes de fond qui ne se feront pas prier pour se rappeler à nous.

Une propagande pathétique qui perd du souffle

Toujours dans la mouvance de la commémoration du 11 avril, l’universitaire français Christian Bouquet, zélateur passionné du régime Ouattara, glorifie, dans une tribune, un «retour prometteur sur la scène internationale», comme s’il y avait quelque mérite à servir, à la tête de la CEDEAO, comme par le passé Blaise Compaoré ou Gnassingbé Eyadéma, de relais complaisant à la politique d’influence de la France en Afrique de l’Ouest. En quoi l’activisme régional de Ouattara sert-il aux entreprises et à l’économie ivoiriennes ? En quoi trace-t-il un horizon nouveau pour le continent ? Quand la France, les Etats-Unis ou la Chine se déploient à l’étranger, c’est pour servir un grand dessein indépendant des visées d’une autre puissance. Tout le reste n’est que colifichets et mauvaise pacotille comme au temps de l’esclavage.

Dans sa volonté forcenée de diaboliser Gbagbo, Bouquet va jusqu’à faire passer la mise à mort d’une décentralisation «à la française», sur le modèle électif, au profit d’un retour au statu quo ante de l’époqueHouphouët-Boigny pour la fin de «la démocratie prébendière ». Venance Konan, quant à lui, demande à ses sympathisants «d’oublier Gbagbo», désormais considéré comme un agneau sacrificiel dont l’immolation rituelle permettra d’exorciser toutes les contradictions nationales rejetées sur lui pour solde de tout compte.
 
Mais toute cette propagande pathétique perd du souffle, assurément. Premièrement, parce que les dernières annonces du régime Ouattara sur les transferts à la Cour pénale internationale (CPI) prouvent sa vision instrumentale de la justice internationale et la logique d’impunité qui est au coeur de sa pratique du pouvoir. Deuxièmement, parce que les reculs de la démocratie en Côte d’Ivoire sont manifestes. Un récent débat sur la Côte d’Ivoire diffusé par France 24 et qui a fait le buzz montre, à côté d’un Bernard Houdin, conseiller de Gbagbo tout en mesure, un Antoine Glaser – ancien patron de «La Lettre du Continent» – s’inquiéter de l’avènement d’un régime autoritaire et une Leslie Varenne taillant en pièces les mensonges officiels du régime, transformés sans scrupules en histoire officielle. Face à eux, Adama Diomandé, soutien de Ouattara en France, faisait figure de caricature du «Nègre de maison», plus royaliste que le roi, plus pro-Français que le Quai d’Orsay, devenant grossier au contact de la contradiction. Grossier comme Amadou Soumahoro, secrétaire général par intérim du RDR, spécialiste en dérapages verbaux de tous ordres, venu signer, alors que les deux partis se côtoient déjà au sein de l’Internationale libérale, un étrange accord d’association avec l’UMP de Nicolas Sarkozy. Nicolas Sarkozy, le chef d’Etat français en fin de mandat le plus impopulaire de ces dernières décennies.

L’initiative, qui n’a mobilisé qu’un auditoire clairsemé, se voulait une sorte de contre-feu face au fort impact des mouvements de rue organisés par la diaspora ivoirienne à Paris, et à la mobilisation d’organisations comme le Mouvement des Africains-Français. Quelque chose est en train de se passer, et le régime ivoirien ne pourra pas l’empêcher.

Théophile Kouamouo

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