17/04/2012 02:14:48
Cameroun. Le procès du régime !
Déjà cinq ex-secrétaires généraux et secrétaires généraux adjoints  (Titus Edzoa, Siyam Siéwé, Atangana Mebara, Marafa et Inoni Ephraïm) et  un ex- Premier ministre (Inoni Epharïm) écroués en 14 ans ;  sans compter les autres ministres et directeurs généraux d’entreprises publiques.
Le Messager
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Marafat Hamidou Yaya

Déjà cinq ex-secrétaires généraux et secrétaires généraux adjoints  (Titus Edzoa, Siyam Siéwé, Atangana Mebara, Marafa et Inoni Ephraïm) et  un ex- Premier ministre (Inoni Epharïm) écroués en 14 ans ;  sans compter les autres ministres et directeurs généraux d’entreprises publiques.

Rien que cette image qui illustre à loisirs,  la proximité qui existait entre les personnalités suscitées et le président de la République montre bien qu’au Cameroun, la pègre n’est pas l’apanage de la rue comme à Rio ou La Havane mais bien aussi celui des salons feutrés. Car depuis 1997, Paul Biya envoie sans ménagement des personnalités qui ont joui de toute sa confiance ; l’ont représenté personnellement à telle ou à telle cérémonie ; ont même reçu délégation de son pouvoir. C’est Paul Biya, lui-même qui a choisi ses collaborateurs jetés aujourd’hui à la vindicte populaire. C’est le même qui les a maintenus à leurs postes alors que la clameur mondaine les disait en indélicatesse avec la Justice.

Pour le cas Marafa Hamidou Yaya embarqué hier 16 avril 2012 du cabinet du juge d’instruction à la prison de Kondengui, sous l’œil des caméras de télévisions, alors que plusieurs voix s’élevaient  contre lui (parmi lesquelles les magistrats), Paul Biya lui a accordé le prestige de figurer parmi les membres du bureau politique de  son parti, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). Pis, il lui accordait une chaleureuse  poignée de mains en mondovision en début janvier 2012 au cours de la cérémonie de présentation des vœux au palais présidentiel d’Etoudi à Yaoundé. Faisant ainsi penser à de nombreux observateurs que le « Chef » ne se gêne pas de fréquenter la pègre. Si tant est que ce n’est pas en six mois seulement que les charges nécessaires ont été réunies contre l’ancien ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation.

Ou alors, allant d’une analyse quelque peu expéditive tout simplement, on peut s’autoriser à dire que la mafia s’est solidement enracinée au centre du pouvoir camerounais : Etoudi. Et  que tout ceux qui y touche s’y accommode. Au point où cinq patrons de l’Administration et leurs adjoints au total plus  tout un Premier ministre ont pris des libertés avec la fortune publique en se disant que torpiller des projets, retenir des commissions, reverser des bakchichs, créer des sociétés écrans n’est que  classique dans le système de gouvernance du régime de Yaoundé. Difficile pourtant  de penser que durant de longues années, tous ces « vénérables » détourneurs ont agi sans s’inspirer du manitou lui-même. Puisque leur ligne de défense en aparté est souvent le même : « Bia karbo nala djom te gueu bô, [En Ewondo : on fait souvent comme ça rien n’arrive, ndlr] ». Le procès du Renouveau ouvert en 1997 par lui même se poursuit. Faut le noter dans les livres d’histoire !

Rodrigue N. TONGUE

Portrait . Fin de parcours d’un pétrochimiste devenu présidentiable

Considéré à un moment donné comme l’un des dauphins de Paul Biya, l’ancien secrétaire général de la présidence de la République et ancien ministre d’Etat ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation voit son layon présidentiel momentanément stoppé par l’Opération Epervier.

Ce lundi 16 avril 2012 est certainement l’un des plus grands jours professionnels pour  le juge d’instruction auprès du tribunal de grande instance du Mfoundi Pascal Magnamabe. Il y a à peu près deux ans, la carrière de ce magistrat avait failli prendre un coup dur lorsqu’il avait instruit le délégué général à la Sûreté nationale de prendre des dispositions pour interdire à celui qui était alors le tout puissant ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, Marafa Hamidou Yaya, de quitter le territoire national.

L’affaire avait créé beaucoup d’émoi au sein du landerneau politique camerounais. L’ancien secrétaire général de la présidence de la République avait alors saisi directement le président de la République pour se plaindre de cet état de fait, faisait remarquer à Paul Biya ce qui apparaissait alors comme une maladresse professionnelle d’un magistrat, fut-il juge d’instruction, qui dans le contexte du Renouveau avait pris sur lui d’oser interdire de sortie du territoire national, un membre du gouvernement encore en fonction.

Pascal Magnamabe avait été traduit au Conseil supérieur de la magistrature, et beaucoup de ses collègues magistrats avaient alors cru que son sort était scellé. Mais son cas avait été renvoyé à plus tard, et depuis, non seulement il n’avait pas été suspendu de ses fonctions, mais aujourd’hui, il vient de confirmer une action qu’il avait voulu entreprendre, il y a deux ans de cela, à savoir mettre dans les liens de détention, le tout puissant ministre d’Etat Marafa Hamidou Yaya dans le cadre de l’affaire des malversations financières liées à l’achat d’un avion présidentiel en 2001.

Deuxième arrestation en 28 ans

L’image à la fois forte et émouvante, va donc rester dans la tête de tous ceux qui l’ont vécu hier au Palais de justice de Yaoundé Centre administratif : pour la deuxième fois en l’espace de 28 ans, madame Marafa a vu des soldats se saisir de son époux pour l’amener en prison. La première fois c’était au lendemain de la tentative de putsch du 6 avril 1984. Dans la confusion générale qui s’était emparée des principaux acteurs du régime Biya, effrayé par cette tentative de coup d’Etat des soldats de l’ex-garde  républicaine dont une bonne majorité était originaire du Septentrion, celui qui était alors haut cadre de la Société nationale des hydrocarbures (Snh) a été arrêté puis incarcéré.

Une légende rapporte que c’est son épouse qui serait allé secouer les tenants du pouvoir, pour qu’à la dernière minute, alors que Marafa Hamidou Yaya avait déjà été embarqué pour Mbalmayo, où il devait être exécuté comme beaucoup d’autres putschistes, soit descendu du camion de la mort. 28 ans après, curieusement, toujours au mois d’avril, revoici  le même Marafa Hamidou Yaya, ancien tout puissant secrétaire général de la présidence de la République, et ancien ministre d’Etat ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, à nouveau embarqué devant son épouse pour la prison.

Présidentiable ?

L’homme que le procureur de la République vient de mettre sous mandat de dépôt à la prison centrale de Kondengui est un ingénieur pétrochimiste formé en France et aux Etats-Unis. Né il y a une soixantaine d’années dans la région du Nord, les observateurs avertis situent son entrée dans le sérail politique du Renouveau justement après le triste épisode d’avril 1984, au cours de laquelle il a frôlé de très peu la mort. Rescapé de dernière minute, il frappe à l’œil de Paul Biya qui a besoin de rassurer l’élite du Septentrion après le divorce d’avec son prédécesseur Ahmadou Ahidjo. Marafa Hamidou Yaya est alors appelé à la présidence de la République où il va occuper les fonctions de conseiller technique avant d’être nommé secrétaire d’Etat aux finances, au début des années 90.

Lorsqu’il quitte le gouvernement en 1992, le président le Biya le rappelle aussitôt après à ses cotés pour être son conseiller spécial. Un poste qu’il va occuper pendant un temps. En fait, le retour au multipartisme n’aura pas été favorable à Paul Biya dans le Septentrion. Malgré la nomination d’un fils de cette région comme Premier ministre en la personne de Sadou Hayatou, le Rdpc, le parti de Paul Biya va perdre les élections en faveur de l’Undp de Bello Bouba Maïgari. Paul Biya a donc besoin des hommes dynamiques pour se reconquérir le septentrion en général, et le Nord en particulier. C’est ainsi qu’il va s’appuyer entre autres sur Marafa Hamidou Yaya. Ce denier va accroître son influence au sein du sérail. Pendant les élections législatives mars 1997, il fait reculer l’influence de l’Undp dans le Nord. Et à l’issue de l’élection présidentielle de la même année boycottée entre autres par Bello Bouba, il devient l’homme de Paul Biya dans la région du Nord.

C’est donc tout naturellement qu’il devient secrétaire général de la présidence de la République en 1999. C’est pendant qu’il occupait ce poste qu’il lui est donné de gérer le dossier de l’achat d’un avion présidentiel en 2001, dossier qui le conduit aujourd’hui  dans les liens de la détention. Entre temps Marafa devenu ministre d’Etat ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation aura sauvé les élections législatives de 2002 et conduit le processus de mise en œuvre de la décentralisation. Connu pour son élégance physique au point où certains au sein du sérail l’appelaient le « sémillant ministre d’Etat », Marafa Hamidou Yaya faisait partie, du fait de ses solides entrées supposées du côté de l’Elysée en France, des hommes qu’on l’on qualifiait à tort ou à raison, comme étant des hommes du futur et de l’après Biya. Son incarcération vient ainsi bloquer momentanément cette expansion politique qui doit faire certainement réfléchir tous ceux qui auprès de Paul Biya (aujourd’hui âgé de près de 80 ans) se font distinguer par leur compétence, leur dynamisme et leur activisme politique.

Jean François CHANNON   

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