18/04/2012 00:32:22
Cameroun. De la résignation à la résistance
...Ce régime est à cours d´idées, voilà pourquoi, il doit nécessairement libérer le plancher !
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

L’Assemblée Nationale du Cameroun a donc adopté le Code Electoral dont personne n’en veut tant de la société civile que des partis dits de l’opposition. Pour ce qui est du RDPC qui a une majorité écrasante au parlement, les députés ont défendu des intérêts individualistes et personne n’a pensé à poser des bases pour le Cameroun de demain. C’est une dépêche de l’AFP reprise par le site cameroon-info.net qui l’annonce le 14 avril alors que tous les journaux camerounais sont pris de court, les journalistes tétanisés et vont chercher du secours en se réfugiant dans des déclarations qui ne trouvent de logique que dans le délire qui conduit à la folie : « Paul Biya est très fort. Il vient encore de tromper tout le monde. Il a fait semblant de faire des réformes avec une fumeuse affaire de biométrie et de refonte des listes électorales. Il a fait organiser des consultations des partis politiques, de la société civile et des partenaires internationaux pour recueillir leurs propositions sur le code électoral. Au finish, il a envoyé un projet de code électoral qui n'a rien à voir avec ce que tout le monde attendait. Très fort ce type. Quand il mourra au pouvoir (le peuple et l'armée ne peuvent rien contre lui), on dira : voilà un homme extraordinaire qui a trompé tout un peuple tout le temps. Très fort ce type » comme on peut le lire sur le mur facebook du journaliste MohamadouHoumfa de l’hebdomadaire Emergence paraissant dans la capitale politique camerounaise.

Paul Biya
Paul Biya, président du Cameroun, devrait se retirer avec son gouvernement .

Le combat pour le retrait du projet du Code Electoral à l’Assemblée Nationale n’a pas eu lieu ni au niveau des députés, ni au niveau de la classe intellectuelle camerounaise restée au garde-à-vous, ni au niveau de la société civile, ni encore au niveau de ce que Le Messager dans sa publication du vendredi 13 mars 2012 appelle dans sa petite Une les activistes, en confinant d’ailleurs leurs activités dans la rue sans rue ! Je refuse de m’enfermer dans les jugements négatifs trop souvent entendus d’une classe politique irresponsable voire « imbécile » suivant les mots de l’historien Joseph-Achille Mbembé.

Le temps n’est plus comme chacun peut le voir dans les propositions nouvelles, mais dans la mobilisation, dans l’effort final qui fait de conviction et d’émergence d’un leader devant prendre la marche de l’histoire. La politique conduite par le Président Paul Biya et le RDPC est brutale, chacun doit s’en rendre compte. Cette brutalité est intellectuelle parce qu’il a su enfermer les meilleurs intellectuels camerounais dans son système et contraint les quelques résistants à l’exil. Cette brutalité est aussi physique comme nous avons pu le constaté dans le récit qu’en fait le Prof. Alain Fogué dans un article qui se veut aussi une lettre ouverte au Président Paul Biya paru le 21 mars 2012 dans le quotidien L’Actu.

Notre mobilisation se poursuit, avec force et sérénité, justement parce que nous sommes tous les jours conscients que rien ne nous sera donné mais surtout que tout est à construire en face des apôtres du « Après nous c’est le déluge », « seul la nature peut remettre le Cameroun en ordre de marche ». Ces affirmations émanent des esprits sclérosés et d’un cynisme dont le regard ne rencontre aucun visage humain. Il y a un peuple silencieux, il y a des peuples du silence mais de l’action dans ce Cameroun qu’on voudrait mort. J’ai fait une campagne présidentielle, j’ai fait du porte à porte et j’ai entendu ce que les camerounais peuvent dire quand ils sont en confiance, c’est le contraire de ce que nous rapportons en public. Voilà pourquoi nous faisons confiance au peuple, les peuples du Cameroun et nous battons avec une mentalité conquérante en nous considérant comme les vrais acteurs du changement au Cameroun. Nous ne sommes pas les favoris dans cet exercice au regard des pièges et des embûches dressés tout au long du chemin par ceux et celles qui depuis l’indépendance et surtout depuis ces trente dernières années n’ont su écrire qu’à la marge des travaux des plus brillants d’entre nous avec malhonnêteté.

Je parlais plus haut des échanges nés de ma participation à la dernière campagne présidentielle en premier comme candidat déclaré ce qui m’a permis de sillonner le Cameroun, du nord au sud de l’est à l’ouest, les villes et les campagnes – puis après la non validation de ma candidature, je me suis retrouvé comme analyste politique pour la chaîne de télévision Arianne. J’ai pu à ce poste échanger avec l’ensemble des candidats à la présidentielle excepté l’actuel locataire d’Etoudi. J’ai pu découvrir combien de fois nous avons pesé sur cette campagne notamment en obligeant les candidats à présenter un semblant de programme politique et de gouvernement à la population en lieu et place des sacs de riz et de bouteilles de bière.

J’ai découvert dans ce double exercice notre propre force de travail, notre sens de responsabilités, notre acuité intellectuelle. Nous pouvons diriger le Cameroun parce que nous le connaissons et que nous connaissons les besoins de ses populations parce que nous avons échangé. Mon souhait comme celui de ceux et celles qui cosignent ce papier avec moi est de nous voir nous battre tous les jours et ce jusqu’au dernier moment. Voilà pourquoi nous pensons que le combat pour un Code Electoral rassembleur et qui obéit aux exigences de justice, de liberté et de démocratie, oui que ce combat n’est pas terminé.

La situation du pouvoir en place, est plus inconfortable que nous ne le disons et voyons. Parce qu’il ne crée rien, n’innove point, ne propose rien ! Il sait détruire par une multitude d’agents de renseignement qui fouillent, épient et s’il le faut tuent. En politique on ne saurait avancer masqué tout le temps, le Président Biya jour après jour s’enferme dans une attitude méprisante face aux propositions qui sont faites, une attitude qui nous fait croire que sa conception de la politique est la ruse, mais non politique et ruse ne sont pas synonymes. Les multiples lieutenants dont s’est entouré le Chef de l’Etat sont là pour nous rappeler au quotidien qu’il est le grand incompris et surtout l’homme providentiel au grand talent que les peuples du Cameroun n’ont jamais compris.

Des arrestations pour faire plaisir au peuple

L´arrestation des caciques du régime que sont les Ministres Marafa Hamidou Yaya, Inoni Ephraïmet l’ancien député Assene Nkou le 16 avril 2012 ne sont que des manœuvres de diversion et des calculs politiques d’un  «génie»  politique trop sûr de lui-même. Le pouvoir mythologique construit ces 30 dernières années par des équipes de communication successives payées à coup de milliards et à la sueur de la misère du peuple camerounais ne tient plus. Le feu sacré du laakam s’est éteint comme la petite case en dessous du Wouri du NgondoSawa a pris de l’eau. Les guerriers Ekang ont rangé leurs armes sous le grand fromager parce qu’ils n’y croient plus.

Loin de moi la thèse irrévérencieuse du vieux monarque malade et fatigué abandonné de tous, non il s’agit de regarder devant et de construire ce pays qu’est le Cameroun, pays de nos parents mais aussi le plus bel héritage que nous léguerons à nos enfants. Ce Cameroun là c’est le Cameroun des possibles qui ne supporte pas le périmètre étroit construit pour lui. C’est le Cameroun des alliances entre les peuples, le Cameroun des rassemblements possibles et souhaités, c’est le Cameroun où les uns et les autres par leur génie intellectuel construisent un modèle de développement, un modèle social – c’est le Cameroun des fonctionnaires, des syndicats, des corps intermédiaires des paysans, des agriculteurs. Nous n’avons pas vocation à enfermer notre peuple, nos peuples dans l’amertume, dans la misère et dans la résignation. Nous refusons la république des petites phrases assassines d’un courant de pensée obsolète et surtout qui n’a porté aucun résultat concret sinon celui d’avoir détruit l’ensemble du pays et anéanti tous les espoirs. Nous refusons par notre engagement la République de l’affolement

Oui, l’affolement est là quand nous nous enfermons dans un cycle répétitif de passage des lois en force au parlement.

Marafat Hamidou Yaya
Marafa Hamidou Yaya, pensionnaire de Kondengui depuis lundi

En 2008 pour faire passer la modification de la Constitution, le pouvoir a servi au peuple  deux arrestations : Urbain Olanguéna et Polycarpe AbahAbah.

Pour faire passer le Code Electoral tant décrié par toute la classe politique nationale, le pouvoir sert au peuple deux autres arrestations: EphraïmInoni et MarafaHamidou Yaya!

Sans vouloir les défendre car ceux qui ont participé et accompagné le régime en place ne sont pas défendables parce qu´on ne peut pas défendre des gens trempés dans une gouvernance obscure, individualiste et non transparente. Manque d’imagination ou couronnement d’un orgueil qui masque mal l’incompétence d’une classe politique ancestrale, sclérosée et en panne d’idée?

L’équipe au pouvoir, qui a les deux mains sur le volant de la voiture Cameroun avec une majorité écrasante à l’Assemblée Nationale, qui contrôle tous les leviers du pouvoir,  de l´ exécutif au judiciaire,  en passant par le législatif, communal et le contrôle les entreprises publiques et parapubliques.

Les autorités traditionnelle et religieuse sont passée elle aussi sous le contrôle de l’exécutif mais au final, tous les jours ministres, directeurs généraux des sociétés, autorités traditionnelle et religieuse brandissent l’arme de l’instabilité et de la mise en mal de la paix qui pourraient venir de toute revendication sociale.

Ce régime est à cours d´idées, voilà pourquoi, il doit nécessairement libérer le plancher ! Nous le voyons dans l’affaire du trafic des nourrissons avec la figure emblématique de Vanessa Tchatchou.

Nous vivons tous les jours des accidents de circulation avec des dizaines de morts, des assassinats de jeunes femmes, des viols de ces dernières dans nos campus universitaires, l’absence d’eau potable tant dans les villes que dans les campagnes, les prix des denrées de première nécessité qui volent dans tous les sens mais surtout pas dans le sens du panier de la ménagère.

L’arme tribale a été envoyée comme la grande faucheuse de toute volonté de rassemblement des fils et filles du pays. Et  l’argument est connu «Seul eux et leur monarque font l’unité nationale, seul le parti dictatorial au pouvoir et son champion sont crédibles, sont vigilants». Oui, les magiciens du parti-état nous prédisent un destin sombre parce que nous sommes devenus des manipulateurs d’une jeunesse aux abois! Nous sommes devenus les inventeurs des épidémies de choléra au Cameroun, les inventeurs de la fièvre jaune et de la maladie du sommeil ! C’est nous qui avons ouvert une école normale séparatiste à Maroua destinée à ne former que des enseignants originaires du nord et ne pouvant enseigner que dans le nord ! Oui les caciques du régime en place nous servent l’argument de la peur, la peur et toujours la peur mais nous jugeons cet argument pathétique. Tout dans notre pays se joue maintenant. Ne restons donc pas spectateurs, soyons les acteurs du changement car c´est le seul moyen d´écrire   notre histoire ensemble pour le bonheur des générations futures.

Le pouvoir en place au Cameroun, s’il croit au Cameroun, s’il aime l’Etat, s’il a son sens devrait se retirer, il protégerait ainsi les Camerounais, rassurerait nos partenaires et donnerait l’espoir à notre jeunesse. L’Etat s’est effondré, le Cameroun ne jouit plus d’aucune crédibilité ni d’aucun respect aux yeux de tous, voilà la locomotive à la remorque! Nous avons un modèle, nous respectons l’héritage mais nous avons un avenir à construire. Face à ce gouvernement qui panique, qui abandonne tout sauf le gouvernail, gardons notre sang-froid et avançons parce que c’est la seule chose à faire. Je marche à vos côtés parce que je crois que le moment est venu de sauver notre pays et de le prendre en mains  et tout dépend de la mobilisation de tous, des plus faibles comme des plus vigoureux.

Marchons maintenant pour la victoire du Cameroun.

Dr Vincent-Sosthène FOUDA

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE