20/04/2012 03:58:02
Cameroun. Du Capitole à la Roche Tarpéienne
Naguère gardés par des gendarmes et des policiers affectés à leur sécurité, Ephraïm Inoni, ancien premier ministre et Marafa Hamidou Yaya, puissant ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation sont, depuis le 18 avril 2012, deux illustres détenus sous la surveillance étroite des gardiens de prison. Tragique destin à l’image de ces héros vaincus de la Rome antique précipités du Capitole à la Roche tarpéienne.
Le Messager
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Inoni Ephraim et Marafa Hamidou Yaya

Naguère gardés par des gendarmes et des policiers affectés à leur sécurité, Ephraïm Inoni, ancien premier ministre et Marafa Hamidou Yaya, puissant ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation sont, depuis le 18 avril 2012, deux illustres détenus sous la surveillance étroite des gardiens de prison. Tragique destin à l’image de ces héros vaincus de la Rome antique précipités du Capitole à la Roche tarpéienne.

Annoncée depuis longtemps, l’arrestation de l’ancien Premier ministre Ephraïm Inoni et son ancien collègue et collaborateur Marafa Hamidou Yaya, ancien secrétaire général de la Présidence de la République avant d’être muté au ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, comme ministre d’Etat, est intervenue en début de semaine, donnant ainsi un souffle nouveau aux Journalistes qui s’évertuaient à broder sur le code électoral que les députés venaient de voter au forceps.

Encore une affaire camerounaise qui projette notre pays sous les feux de la rampe, sans gloire. Il faut remonter l’histoire de certains pays qui ont connu des révolutions pour voir autant de personnalités passer à la guillotine. On est loin de cet engin de la mort inconnu au Cameroun. Mais, c’est tout comme. Pour bien moins que cela, on a vu Pierre Bérégovoy, ancien Premier ministre de François Mittérrand ou encore Robert Boulin, autre ministre français, se tirer une balle dans la tête. Chacun y va de son tempérament, de sa vision des choses. Pour le moment et pour Ephraïm Inoni et Marafa Hamidou Yaya, le vin est tiré, il faut le boire. Jusqu’à la lie.

Au lancement de ce que la presse a baptisé « Opération Epervier », en 2006, d’aucuns ont applaudi à se rompre les poignets. Mais, plus le temps passe, les procès s’enlisent. Les juges ne semblent pas disposer d’élements suffisants pour se prononcer sur le sort de la plupart des personnalités mises en cause. Ils vont de renvoi en renvoi. Jusqu’à quand ? D’où la déception de nombreux Camerounais qui voient dans cette opération, non plus l’occasion de nettoyer les écuries d’Augias, mais un règlement de comptes au sein du landernau politique.
Avant que ces deux « maillons essentiels » du dossier Albatros n’entrent dans la maison d’arrêt de Kondengui devenue célèbre à travers le monde, en raison du nombre impressionnant de hauts cadres du pays qui y sont incarcérés, ils ont senti venir la bourrasque à travers la presse.

Le magazine  de Paris, Jeune Afrique a consacré la moitié de sa vitrine sub-saharienne de sa livraison n° 2670 du 11 au 17 mars et un peu plus de trois pages à Marafa Hamidou Yaya. Au contraire de l'ancien Premier ministre chief Inoni Ephraïm. Sans doute parce que l’ancien Minatd est francophone et que le pouvoir au Cameroun jusqu’à présent est une affaire entre francophones et surtout entre les ressortissants des régions du Centre, du Sud et du grand Nord.

Dans cette partie de ping-pong, Marafa Hamidou Yaya serait le mieux indiqué en raison de son cursus universitaire par rapport aux autres cadres et hommes politiques nordistes de sa génération. Ingénieur pétrochimiste formé à l’université de Kansas aux Etat-Unis, il a l’avantage d’avoir fait une belle carrière administrative et disposerait d’un impressionnant carnet d’adresses tant à Paris qu’aux Etat-Unis. Ce qui fait de lui la cible des caciques du régime, natifs du Centre et du Sud.

Le Cameroun se veut pourtant un Etat moderne où le choix des dirigeants passe par les urnes. Ironie du sort, c’est le même Marafa Hamidou Yaya qui, d’octobre 2002 à octobre 2012 a été le grand maître des élections au Cameroun. Avec à tous les scrutins, une écrasante victoire du président Paul Biya et de son parti.

Ephraim Inoni et Marafa Hamidou Yaya sont tous les deux les piliers de ce régime dont ils connaissent les méthodes. Ils l’ont servi avec zèle,  au niveau le plus élévé, avant de connaître la pire des déchéances : la prison. Ils sont soupçonnés tous les deux de « malversations financières » dans l’affaire Albatros. Leurs explications, preuves à l’appui, suffiront-elles à les dédouaner ? Bien inspiré sera celui qui pourrait leur trouver des circonstances alténuantes. Si oui, on ne leur appliquerait pas un traitement qui n’écorne pas moins l’image du pays et de ses dirigeants.

A voir le nombre de grands commis de l’Etat qui croupissent actuellement dans les cachots des pénitenciers de Douala et de Yaoundé, les fonctions que les uns et les autres ont eu à occuper, en connaissant des promotions, malgré les casseroles qu’ils laissaient ça et là, notre pays ne serait dirigé que par des hommes sans foi ni loi. Et pourtant ils ont bien fait carrière sous le Renouveau avec ses exigences de rigueur et moralisation. Pourquoi et comment ont-ils fauté pour être livrés à un tel lynchage, eux-mêmes et leurs proches ?

Aujourd’hui, ils sont livrés, pieds et poings liés, à la justice en laquelle ils semblent encore « faire confiance », laissent-ils entendre.  A condition que celle-ci puisse être clémente à l’égard de ces vaincus d’une guerre de positionnement entre apparatchiks d’un régime vieux de trente ans avec, à sa tête, un leader qui, le 13 février 2012 a fêté ses 79 ans.

Jacques Doo Bell

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