20/04/2012 04:48:08
Cedeao/Mali. Les militaires ivoiriens ne veulent pas aller au front.
Ce que les «corps habillés » reprochent à leur hiérarchie. L’armée sacrifiée sur l’autel du positionnement de Ouattara ?
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Militaires Côte d'Ivoire

Guerre contre les rebelles maliens. Les militaires ivoiriens ne sont pas « chauds »...

Ce que les «corps habillés » reprochent à leur hiérarchie. L’armée sacrifiée sur l’autel du positionnement de Ouattara ?

Alassane Ouattara avait annoncé début avril à Dakar, à la suite du sommet de la Cedeao qui a réuni les chefs d’Etat de la sous-région à Dakar, que la mise en place immédiate de la force d’attente forte de 2 à 3 000 hommes apparaissait nécessaire. Sa sortie a donné lieu quelques heures plus tard à une rencontre à Abidjan du comité des chefs d’état-major des pays membres de la Cedeao, avec la présence d’officiers français et américains, pour passer en revue les modalités d’une intervention au Mali.

Il s’est agi, selon le ministre délégué à la Défense, Paul Koffi Koffi, de concevoir «un plan d’action opérationnel de la force d’attente de la Cédéao, assorti d’un calendrier et d’un budget pour les actions concrètes qui seront menées», ce qui suppose qu’il faut «préciser les effectifs à déployer», leur «répartition par pays», la «taille des unités à composer, les moyens logistiques à mobiliser et les délais d’une telle campagne». La semaine suivante, le chef d’état-major général des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci), Soumaïla Bakayoko, a organisé une rencontre au mess du camp Gallieni pour éclairer ses hommes sur le rôle que jouera l’armée ivoirienne qui prendra la tête du commandement et fournira le gros lot en effectif, avec l’espoir que la France, selon son ministre des Affaires Etrangères, Alain Juppé, apportera son appui en logistique. Le général Soumaïla Bakayoko a alors annoncé des dispositions pratiques pour le choix des hommes au sein de l’armée  ivoirienne.

Et c’est là que les choses coincent. A l’issue de la sélection, l’effectif du personnel à déployer dans le nord du Mali, selon une indiscrétion, est composé majoritairement d’anciens éléments des Forces de défense et de sécurité. Sur la base de critères de choix qui ne semblent pas convaincre les sélectionnés dont certains se sont confiés au Nouveau Courrier. En plus, ils craignent que ce ne soit l’occasion de conduire des éléments de l’ex-armée ivoirienne jugés gênants et dont bon nombre sont traqués en ce moment à l’abattoir. Les troupes vivent également dans le traumatisme causé par la guerre post-électorale, duquel ils ne se sont pas encore totalement remis. Le manque de cohésion même entre toutes les composantes de l’armée ivoirienne qui regorge d’ex-combattants des Forces nouvelles et de ceux des ex-Forces de défense et de sécurité qui, malgré les discours apparents, se vouent une grande méfiance.

Ouattara seul au front

Sous le voile de la Cedeao, Alassane Ouattara va en guerre contre les rebelles qui ont pris pieds dans le nord du Mali en enrôlant l’armée ivoirienne. D’autant plus que celle-ci prendra non seulement le commandement et fournira les hommes au combat. Ni l’armée nigériane, qui passe pour être la plus puissante et la plus sollicitée de la Cedeao, qui a maille à partir avec la secte Boko Haram, proche d’Al Qaïda ni l’armée  sénégalaise ne sont véritablement engagées dans cette aventure.

La plupart des chefs d’Etat, vu la complexité du dossier, sont aux abonnés absents et préfèrent laisser Alassane Ouattara, l’homme de l’Occident, s’embourber dans sa politique de recherche de positionnement dans la sous-région. Car, la nature du terrain sur lequel la force ivoirienne aura à intervenir (l’Azawad ayant la taille de la France et la Belgique réunies),dans le désert, et les capacités de nuisance de l’adversaire (Al-Qaïda), font tiquer les homologues d’Alassane Ouattara.

Gilles Naismon

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