22/04/2012 05:12:14
Etats-Unis -Ouattara : il y a de l'eau dans le gaz !
Des signes qui ne trompent pas traduisent une prise de distance de l<administration Obama vis à vis du régime Ouattara, installé avec le soutien massif des Etats Unis. CEI, DST... les pommes de discorde se multiplient...
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Ouattara, Condé et Obama
Des signes qui ne trompent pas traduisent une prise de distance de l<administration Obama vis à vis du régime Ouattara, installé avec le soutien massif des Etats Unis. CEI, DST... les pommes de discorde se multiplient

Alors que, pris de panique, le régime Ouattara, à travers le Rassemblement des républicains (RDR) et le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), appelle ses sympathisants Français de Côte d’Ivoire et Ivoiro- Français à voter pour Nicolas Sarkozy, il paraît de plus en plus évident que ses relations avec les Etats-Unis, qui ont également parrainé son sanglant avènement, se dégradent.

Pour l’instant, ce sont de subtils affrontements qui se déroulent. Mais la lune de miel est pour le moins perturbée. Alors que les limites de la Commission électorale indépendante (CEI) étaient évidentes même avant le premier tour de la présidentielle, les Etats-Unis sont désormais en première ligne pour un remodelage d’une institution contrôlée jusqu’à la caricature par les partisans de l’actuel chef de l’Etat. Et son activisme a clairement transparu lors du lancement de l’atelier d’évaluation interne du processus électoral qui s’est ouvert avant-hier à Grand-Bassam et qui se termine aujourd’hui.

La Fondation internationale pour les systèmes électoraux (Ifes), financée par l’USAID, institution gouvernementale américaine, a ainsi indiqué, par la bouche de Corneille Nangaa, son directeur pays, que la CEI a besoin d’être «réformée». Au diapason avec l’ONUCI, il l’appelle à tirer les leçons des échecs de la présidentielle – ah bon ! – et des législatives. Il faut faire un bilan «objectif et critique». D’ailleurs, l’Ifes va publier le 20 mai les résultats d’un sondage qui montrera l’opinion des Ivoiriens sur la CEI. Nul n’est besoin d’être devin pour imaginer que les membres de la société civile, ainsi que les sympathisants du FPI, victime des méthodes de l’institution lors de la présidentielle, et ceux du PDCI, qui ont «tout compris» à l’occasion des législatives, ont profité de ce sondage pour dire tout le mal qu’ils pensaient du contrôle de l’institution pour les ouattaristes, et de sa complaisance pour les fraudes venant «de ce côté-là».

Youssouf Bakayoko a du souci à se faire. Ouattara aussi. D’autant plus qu’il n’est pas habitué à la défiance des Occidentaux, qui l’ont chéri et protégé pendant ses dix-huit ans de quête acharnée du pouvoir.

Des scrupules qui étonnent...

Avant le problème CEI, c’est le zèle de la DST qui a fait l’objet des «inquiétudes» américaines. Selon La Lettre du Continent, Phillip Carter III, l’ambassadeur des Etats-Unis, s’est ainsi alarmé du «sort réservé aux individus mis au secret durant plusieurs semaines sans assistance juridique». Même si ces scrupules étonnent de la part d’un diplomate qui a couvert les pires dérives lors de la bataille d’Abidjan, l’on est obligé de noter un changement progressif d’approche.

Lors de sa visite en Côte d’Ivoire le 17 janvier dernier, Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine, avait déjà évoqué les sujets qui fâchent, réclamant, selon Jeune Afrique, le départ de Guillaume Soro de la Primature – ce qui a été fait – mais aussi sa comparution, même en tant que témoin, à la CPI. La nouvelle «religion» du régime Ouattara, qui veut fermer à la juridiction internationale les portes de la Côte d’Ivoire désormais qu’elle a servi son agenda en éloignant son grand rival, Laurent Gbagbo, ne peut naturellement que déplaire aux Américains – dont l’hypocrisie est tout de même confondante puisqu’ils ne sont pas eux-mêmes signataires du statut de Rome…

Les prochaines semaines vont-elles confirmer le rééquilibrage américain sur la Côte d’Ivoire ? Plus profondément, pourquoi les Etats-Unis se plaisent-ils désormais à dire quelques vérités bien senties à leur allié ivoirien ? En tout cas, les multinationales américaines traditionnellement dominantes dans le secteur cacao n’ont pas toujours vu d’un bon oeil l’incroyable ascension d’Armajaro, la sulfureuse firme spéculatrice dont le directeur Afrique est Loïc Folloroux, le beau-fils présidentiel, et qui s’est permis de défier le tout-puissant Groupement des exportateurs (GEPEX) en mettant en place le Groupe des négociants internationaux (GNI) et en exigeant le retrait des avantages fiscaux de groupes comme Cargill et ADM.

Les jeux troubles d’Armajaro avant le début de la guerre postélectorale, qui avaient renchéri le coût de la matière première pour les industriels du chocolat, avaient déjà été diversement appréciés par les différents lobbies actifs à la fois à Abidjan et à Washington.

En juillet dernier, La Lettre du Continent nous informait de l’agacement des Américains au regard de la «préférence française» concernant tout le marché de la sécurité en Côte d’Ivoire. Le régime ivoirien avait farouchement nié cette information. Mais le refus du Conseil de sécurité des Nations Unies de lever l’embargo sur les armes, pourtant souhaité par Paris, pourrait bien alimenter les questionnements.

Phillipe Brou

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