22/04/2012 05:17:30
Les braqueurs de la République : de bâtisseurs à pyromanes
Le gouvernement camerounais et ceux qui le téléguident dans l’ombre ont-ils perdu la main ?Ont-ils encore la foi ?Lorsqu'on les observe, lorsqu'on regarde ce qui se passe en eux et autour d’eux, la désorientation qui habite ceux et celles qui gravitent au cœur du système du 6 novembre 1982, lorsque l'on scrute de près leur désorganisation et leur panique, lorsque l'on constate leur manque de conviction nous pouvons conclure que rien ne va plus...
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Le gouvernement camerounais et ceux qui le téléguident dans l’ombre ont-ils perdu la main ?Ont-ils encore la foi ?Lorsqu'on les observe, lorsqu'on regarde ce qui se passe en eux et autour d’eux, la désorientation qui habite ceux et celles qui gravitent au cœur du système du 6 novembre 1982, lorsque l'on scrute de près leur désorganisation et leur panique, lorsque l'on constate leur manque de conviction nous pouvons conclure que rien ne va plus.

Les lieutenants du Président qui sont-ils ? Ceux-là mêmes qui sont très peu informés des intentions de leur maître et qui comme tout le monde sont pris de vitesse par ses agissements ? Oui qui sont-ils ces lieutenants qui poussent leur maître dans tous les sens sauf dans celui du vent ? Qui sont-ils vraiment ces conseillers occultes qui dans les rares moments d’optimisme qu’ils ont encore se préoccupent plus de leur avenir que de celui du pays et des peuples qui y vivent ?

Voilà des hommes et des femmes qui viennent de passer trente ans à faire la fête avec l’argent du pétrole camerounais, à vider les caisses de l’État pour s’acheter villas et autres biens très loin du Cameroun et qui découvrent au soir de leur règne qu’ils n’ont rien fait pour pérenniser leur règne sur le pays et ses populations de manière démocratique.

Qui sont-ils donc ces chargés de mission rédacteurs d’un Code Électoral déposé de nuit, étudié de nuit et adopté de nuit par une Assemblée Nationale entièrement acquise au prince-monarque en place ? Eh oui, le plus grand cercle d’intelligence du Cameroun, intelligence secrète, intelligence hésitante vient d’étaler ses propres limites à la face de tous et la montagne a accouché d’une souris. De simples pirates, bon à rien, mauvais en tout ? Des braqueurs de la démocratie et surtout de la République !

Beaucoup de bruit pour rien ! Tout ça pour ça ! Telle pourrait être la bande-annoncede tout le tralala autour du Code Électoral et de son adoption par les 153 membres du RDPC affectés à l’Assemblée Nationale pour la circonstance.

Je n’insisterai pas beaucoup sur la forme ni sur la manière. Depuis 1982, nous nous y sommes habitués. Nous sommes passés de la noble République Unie du Cameroun, porteuse et traductrice de notre volonté du vivre ensemble à la République du Camerounsans aucune consultation ! Cette dernière dénomination a consacré l’installation, jusque dans l’inconscient collectif, l’absence du vivre ensemble, la république des petits privilèges, des feymen et de l’incompétence, des jouisseurs et des fêtards, bien que dans le cas qui nous occupe, tous ces qualificatifs peuvent valablement être des synonymes !

Les mystificateurs de la présidence de la République, « énamarques » pour le plus grand nombre, universitaires pour les autres, s’habillent à écrire à la marge des travaux des autres, de la minorité pensante et agissante, épuisent aujourd’hui le peu d’énergie qui leur reste dans le déploiement excessif des forces de sécurité jusque dans les plus petits quartiers de nos villes. Ce n’est pas avec des méthodes hitlériennes que l’on s’inscrira dans les grandes réalisations, à moins que ce soit l’entame des grandes désillusions. Tout ceci est poussif et défensif.

Où sont donc passées les grandes réalisations ? Où est passé le Cameroun qui devait être un grand chantier dès le 1er janvier 2012 ? Où est le regard sur l’éducation, sur l’industrie, sur l’économie, sur les relations avec nos voisins ? Qu’est devenu le pouvoir d’achat ? Les 25 000 recrues dont seulement une centaine a perçu un salaire jusqu’à ce jour ?




Le pouvoir de Yaoundé loin d’agir s’agite chaque jour un peu plus. Le pouvoir de Yaoundé enferme au lieu de libérer, viole femmes et enfants, transforme le pays en marché de nourrissons à ciel ouvert. L’éthique et la morale inscrites en filigrane dans les mots rigueur et moralisation ont foutu le camp avant d’avoir posé leur esprit sur le Cameroun et ses peuples.

Ce n’est pas un exercice difficile pour chacun d’entre nous. Le Palais d’Etoudi et tous ceux qui y gravitent n’ont plus rien à dire aux peuples du Cameroun, ils ne nous ont jamais connu et ne se sont jamais intéressés à nous. Je l’ai déjà souligné et j’en ai la conviction profonde : en pensant tout savoir, tout connaître, ils se sont enfermés dans la certitude orgueilleuse d’un assemblage de non-valeur,en pensant que la voiture lancée à toute vitesse ne s’arrêtera jamais.

Le Président n’a jamais rien dit et il ne dira plus rien, il n’agira pas non plus ! S’il parle, il se parlera à lui-même ! Dans ce soliloque, il révèle une chose que nous avons perçue il y a longtemps et dont tous les peuples du Cameroun doivent aujourd’hui prendre conscience : il n’y a plus de rendez-vous possible, l’heure est aux adieux.

Le Cameroun n’a pas à prendre exemple sur un autre pays, justement parce que c’est le Cameroun. Ainsi, nous devons poser pour nous-mêmes nos problèmes parce que nous ne sommes pas le Sénégal, parce que nous avons fait l’expérience du multipartisme dès les années cinquante, parce que nous avons expérimenté toutes les formes d’État-Nation moderne dès 1884.

Nous sommes le Cameroun et de ce fait, nous devons nous ressaisir et arrêter de penser que nous avons besoin d’un patronyme hors des patronymes connus dans les 250 ethnies de notre pays pour nous montrer le chemin.

Nous sommes le Cameroun et c’est pourquoi, au-delà de tout, nous devons dès à présent admettre que plusieurs générations se sont succédé dans notre pays, mais que ce qu’il nous faut aujourd’hui c’est plus qu’un changement de génération ; il nous faut un changement de cap, un changement de mentalité politique pour s’adapter à l’époque que nous vivons aujourd’hui. Au Palais d’Etoudi, il y a certainement des hommes et des femmes valeureux, qui ont construit un système qu’ils croient bon, et c’est possible. Il était bon pour une époque qui n’est plus la nôtre, il n’est donc plus à jour, il n’est plus adapté aux réalités du Cameroun d’aujourd’hui, il ne l’est plus pour une forte majorité de la population camerounaise.

Prenons une fois pour toutes en main notre pays, pour le construire, le transformer, l’inscrire dans la modernité, orientons-le vers le développement de manière à ce que tous ses enfants puissent prendre conscience que ceux et celles qui dirigent notre pays sont à leur service. Alors, au-delà du fait de changer un président, de changer un système, c’est d’une époque qu’il faut sortir pour entrer de plain-pied dans le siècle qui est le nôtre.

Dr Vincent-Sosthène FOUDA

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