24/04/2012 03:17:59
Faut-il brūler Charles Onana?
Dire d’un auteur qu’il est partisan, c’est mettre en relief son parti pris, son  attachement à une cause dont il prend la défense. Cela nous impose la question suivante : existe-t-il une oeuvre non partisane ?...
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Charles Onana
Côte d'Ivoire, le coup d'état tel est le titre du dernier ouvrage du journaliste d’investigation Charles Onana. Cet ouvrage qui tente de montrer de fort belle manière, le coup d’état perpétré par Sarkozy et son armée contre le président Laurent Gbagbo, n’offre pas une nuit paisible aux acteurs et complices de ce forfait. Le pouvoir ivoirien, usufruitier de (…) cet acte, ne cesse d’actionner ses réseaux françafricains pour cacher le soleil avec la main.

L’exemple du rendez-vous manqué camerounais en est un témoignage vivant. Sur le territoire ivoirien, cet ouvrage ne se lit pas en public (pour ceux qui ont le miracle  de l’avoir). Le caractère pernicieux de toutes ces manoeuvres politico-diplomatiques n’a pour autant pas mis entre parenthèses le franc succès que ce livre connait.

Tenez, la première édition de 50 000 exemplaires s’est vendue en 4 jours à Paris en fin d’année 2011. Et l’oeuvre continue de nourrir l’appétit des curieux, elle attire tous ceux qui veulent bien comprendre les conditions (…) de la chute du président Laurent Gbagbo. Concomitamment, elle suscite les critiques de certaines personnes : journalistes, critiques littéraires, hommes politiques. De Charles Onana, ces exégètes disent qu’il est partisan. Si nous devons retenir cette critique, nous serons amenés à croire, comme eux, que l’ouvrage n’est pas en  harmonie avec la vérité.

Charles Onana, un auteur partisan?

Dire d’un auteur qu’il est partisan, c’est mettre en relief son parti pris, son  attachement à une cause dont il prend la défense. Cela nous impose la question suivante : existe-t-il une oeuvre non partisane ? Nous estimons qu’une oeuvre, quelle qu’elle soit, traduit en gros le penchant qu’à l’auteur pour une cause bien déterminée. Lorsque les négritudiens lançaient l’idée de promotion des cultures négro-africaines, la trame de leurs oeuvres étaient très claires : défendre culturellement les noirs d’Afrique et de la diaspora. Lorsque dans l’affaire Dreyfus Emile Zola écrivit le célèbre «J’accuse», l’idée était de défendre une ligne. Ces auteurs auraient pu mettre tout à plat en exposant les côtés négatifs de chaque acteur et par la suite faire une synthèse. Ils ne l’ont pas fait parce qu’ils avaient «un schéma directeur» bien précis. Egalement les oeuvres ludiques de certains auteurs, ainsi que les feuilletons télé, ont toujours idéalisé le personnage principal de l’oeuvre, créant ainsi deux mondes : celui du bon
«brave» et celui du méchant «bandit» qui échoue toujours dans le rejet des lecteurs ou téléspectateurs.

Cet argumentaire est balayé du revers de la main par les critiques et accusateurs de Charles Onana. En effet, ceux-ci estiment qu’il s’agit d’une enquête (journalisme d’investigation) et que les enjeux politiques ne sont pas les mêmes. Même dans ce cas de figure, ces critiques font fausse route pour deux raisons.

Primo, le titre de l’ouvrage est : Côte d’Ivoire, le Coup d’Etat. Il est affirmatif et non interrogatif. L’auteur affirme qu’il s’agit d’un coup d’Etat. Il n’y a aucun doute dans son esprit.

Charles OnanaDeuxio, en introduction Charles Onana définit la trame de son ouvrage. Nous allons pour ce faire, nous référer à trois phrases. A la page 18, il nous dit ceci : « Si l’on veut cerner les véritables enjeux de cette crise, il est surtout indispensable de remettre en cause le large consensus politico-médiatique autour de la «victoire électorale» d’Alassane Ouattara, soutenu et reconnu précipitamment par « la communauté internationale». La première phrase de l’avant dernier paragraphe de la même page précise : «Loin des idées toutes faites et de l’apparente unanimité sur la crise ivoirienne, ce livre, est avant tout une enquête contre la manipulation éhontée des médias». Enfin, à la page 23, nous lisons : «Nous voulons aussi corriger le déséquilibre patent dans le traitement de l’information envers un homme politique courageux et exceptionnellement digne.» Voici donc trois phrases qui auraient aidé ces pourfendeurs à nous faire l’économie des critiques ressassées.

Ces phrases définissent l’objet de l’oeuvre de M. Onana. Il ne s’agit pas de venir démontrer une prétendue «victoire électorale » de Ouattara, ou encore dire que Laurent Gbagbo a continué à signer des contrats léonins avec la puissance tutélaire. S’appuyer sur ces éléments qui, selon les critiques auraient pu équilibrer l’oeuvre de Charles Onana, est tout simplement faire hors sujet. Au demeurant, le souci d’équilibre est bien présent dans la pensée de l’auteur qui, par cette oeuvre, a rééquilibré les opinions des uns et des autres sur la réalité des urnes des élections présidentielles de 2010. Quand bien même on se situe sur le terrain de l’investigation, le résultat recherché par Onana cadre bien avec son introduction.  Nous pouvons même dire que c’est parce qu’il n’existe pas de preuves (…) qu’aucun intellectuel libre ne produit de document sur «la victoire électorale de Ouattara».

En définitive, le caractère partisan de l’oeuvre devient une question vague ; ce qui pourrait expliquer le fait que les critiques veuillent donner à l’oeuvre la couleur qu’ils souhaitent. Comment donc comprendre le terme ? Si l’objectif est de «remettre en cause le large consensus politico médiatique autour de «la victoire électorale» de Ouattara, au regard du cheminement de l’auteur, la critique consistant à dire que l’oeuvre est partisane n’a aucun sens. Mais si l’objectif reste le même et que l’auteur donne des informations erronées sur la base de la commune renommée, alors Charles Onana est partisan, parce que là, il aura fait preuve de complaisance intellectuelle.

Charles Onana est il en harmonie avec la vérité?

La précédente critique engendre nécessairement une autre : Onana s’écarte de la vérité. Les critiques, par honnêteté intellectuelle, n’ont pas osé franchir le pas. Mais à les entendre, il est évident qu’ils pensent bien que l’oeuvre est un marché de mensonges.

Les termes biens choisis, qui peuvent être considérés comme une litote, sont les suivants : manque d’objectivité, oeuvre propagandiste. Voyons de près ces deux critiques. A propos du manque d’objectivité. Nous poserons la question de savoir par rapport à quoi situe-t-on cette objectivité ? Par rapport à une oeuvre générale ou par rapport à une oeuvre dont la mission «est avant tout une enquête contre la manipulation éhontée des médias» ? De démontrer que l’armée française de Sarkozy a opéré un coup d’Etat en Côte d’Ivoire ? Si l’on situe l’objectivité dans une oeuvre générale, alors c’est sûr que nous perdrons du temps à discuter du manque d’objectivité de plusieurs ouvrages.

Encore faut-il que nous comprenions la démarche de l’auteur. Cependant, si l’objectivité doit s’apprécier par rapport au «cahier de charges» d’Onana, nous dirons simplement que le reproche est vain et bien livide. L’ouvrage n’est pas le rapport d’une commission internationale d’enquête dont la mission est d’établir les faits et de dégager les responsabilités des parties au conflit. Même dans ce cas, l’objectivité est difficile à conjuguer car les enjeux sont tels que les enquêteurs favorisent, bien souvent, la partie soutenue par la communauté internationale.

Il s’agit pour Charles Onana de nous donner les arguments qui attestent qu’il s’agit bel et bien d’un coup d’Etat. Dire qu’il devait établir deux champs lexicaux chacun décortiquant Ouattara et Gbagbo, n’est intellectuellement pas une démarche translucide.

Ne pas le faire monsieur Onana reste attaché à sa démarche de départ. C’est cette démarche qui constitue la clé de lecture. Nous prendrons l’exemple du livre de M. Samba Diarra intitulé Les faux complots d’Houphouët Boigny. L’objectif de l’auteur n’était pas de présenter Houphouët comme celui qui a fait sortir la Côte d’Ivoire du «trou» ou celui qui a fait de la Côte d’Ivoire un Etat moderne envié. Son objectif principal : révéler les faux complots fomentés par le Bélier de Yakro. Les critiques nous dirons certainement que l’oeuvre n’est pas objective parce qu’en exposant les «faux complots », elle n’a pas mis en relief les bienfaits d’Houphouët.

Laurent GbagboConcernant la propagande, il est reproché à l’auteur de parfumer les pieds de Gbagbo, lui dresser un tapis rouge, le présenter comme Jésus, la victime de Juda. Mais pourquoi un tel reproche? Parce que l’auteur, sur les 415 pages, nous dit-on, n’a pas été en mesure de présenter les défauts de Gbagbo, ses compromissions, sa responsabilité dans la survenance (…) (des événements post-électoraux ayant abouti à son arrestation sous les bombes de l’armée française)… Bref. Alors, si l’ouvrage avait pour objectif de présenter le bilan négatif de Gbagbo, quel serait l’intérêt des propos introductifs ? Ce bilan négatif justifierait-il l’action militaire de la France ?

Si oui, alors nous poserons la question de savoir si dans un Etat souverain, les erreurs d’un dirigeant commandent qu’une armée étrangère, sous couvert de l’Onu, bombarde la résidence du dirigent en question? Si oui alors, déployons le contexte de l’intervention (partant du 19 septembre 2002) ainsi que la forme de celle-ci. En tout état de cause, de furtifs coups d’yeux à la mauvaise politique n’auraient pas excusé (…) le forfait commis par la France. Cet acte (…) puise ses racines dans l’élection du président Gbagbo en Octobre 2000. Pas besoin de sortir des Sciences po de Paris pour le savoir. De prétendus termes élogieux, qui ne pèsent pas 1% de l’ouvrage général, ne peuvent en aucune manière servir d’échelle à cette critique impotente.

Dans cette atmosphère de critiques, certains esprits malmenés par les révélations de l’auteur prennent un raccourci saugrenu et affirment que l’oeuvre est un tissu de mensonges. Curieusement, ils ne disent pas ce qu’ils pensent être la vérité. Ils sont tous dans des idées qui tournent leurs thèses en dérision. L’oeuvre est parue en Novembre 2011, et depuis ce jour, aucun procès en diffamation n’a encore été intenté contre l’auteur.

Or c’est la voie qui s’offre dans une société policée. Les pièces produites par l’auteur ainsi que ses affirmations sont telles qu’on perdrait du temps à crier au mensonge. La meilleure manière de détruire l’oeuvre, c’est d’attaquer son auteur en justice. Aussi est-il important de souligner la crédibilité de l’auteur. En effet, au regard des témoignages et des pièces, pour l’essentiel confidentiels, Charles Onana achève de nous convaincre sur sa crédibilité et sa maîtrise du sujet objet de son investigation. Nous n’imaginons pas un diplomate ou un homme d’un service secret faire des révélations à n’importe quel quidam qui se présenterait comme un journaliste d’investigation.

Si l’auteur a pénétré les milieux les plus obscurs pour sortir les éléments présentés, il se doit d’être félicité. Félicité parce qu’il n’est pas à sa première oeuvre, il n’aurait pas eu ses éléments si ses oeuvres antérieures l’avaient décrédibilisées. Tous ses éléments mis en commun, exposent l’argument du mensonge à la huée populaire. Au final, les critiques ont fait leur travail : dire ce qu’ils pensaient être juste. Mais comme leurs allégations ne peuvent résister à une analyse sérieuse, il ne serait pas inutile, pour eux, de mettre sur le marché, l’antithèse de l’oeuvre de Charles Onana et ensemble, on la passerait au feu des critiques.

Alain Bouikalo
Jusriste-consultant

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