26/04/2012 04:24:18
La farce doit cesser !
Réduire la communauté à un groupe de femmes et d’hommes soutenant une formation politique (Parti socialiste français) ayant applaudi l’action française en Côte d’Ivoire et en Libye est nous prendre pour des imbéciles, incapables d’avoir une lecture correcte des ressorts internationaux de l’action française.
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Calixthe Beyala

Calixthe Beyala s’écartant de son domaine d’action privilégié, la création littéraire, s’est donc lancée dans une carrière politique, dans la foulée de son engagement médiatique tonitruant contre les interventions française en Côte d’Ivoire et de l’OTAN en Libye. Nul ne discutera la sincérité de ses positions concernant ces deux évènements ayant fortement ébranlé les français d’origine africaine, les procès d’intention n’étant d’aucune utilité. Cependant le verbatim de l’interview qu’elle a accordé à Christian Musampa dans le cadre de l'émission «Sans détour» démontre sans équivoque ses limites en tant qu’analyste politique et plus encore, la disqualifie en tant que leader auto-proclamé de la communauté afro-française. (1)

Méconnaissance des réalités électorales et démographiques : cadre idéologique du MAF…

Ne craignant pas le ridicule Mme Beyala affirme péremptoirement que c’est l’appel de son groupuscule sans légitimité ni représentativité (le MAF) qui a amené la baisse du score de Jean-Luc Mélenchon. 

On ne peut soutenir et accepter de telles énormités et contresens électoraux lorsqu’on se penche avec attention et sérieux sur les réalités démographique et électorales françaises.

Il faut remarquer de façon liminaire qu’aujourd’hui n’existent aucunes statistiques officielles permettant de chiffrer avec précision le poids démographique de la composante noire de la population française, une composante qui est loin d’être homogène sociologiquement, ethnologiquement et politiquement. 

La seule enquête portant sur le poids démographique des Noirs de France remonte à 2007 et émane du CRAN. D’après cette dernière, la composante noire représenterait 3,5% de la population totale française. Lorsqu’on rapproche ce chiffre aux 6% de population d’origine maghrébine représentant 3,5 millions de personnes (en 2005) on se situe assez loin des chiffres fantaisistes de 10 millions de noirs français dont se réclame avec insistance Calixthe Beyala, chiffres auxquels il faut de surcroit expurger les immigrés en situation régulière.

MAF (Mouvement des français de France)Il est donc mathématiquement impossible d’expliquer le résultat de Jean-Luc Mélenchon à l’aune d’une mobilisation noire initiée par le mouvement de Mme Beyala. Le différentiel de 5 points avancé par la présidente du MAF « Avant l'appel du MAF Mélenchon était à près de 16% des intentions de vote. Dès que nous avons fait l'appel, les sondages qui ont suivi dans les 48 heures lui ont donné  13% et pour finir aujourd'hui à 11%» équivaut à 1 432 832 voix, presque la moitié du score réalisé par François Bayrou !

C’est également faire peu de cas de la mobilisation en faveur du candidat Hollande, découlant d’un appel au vote utile et ayant une résonance particulière dans un électorat de gauche traumatisé par l’élimination de Lionel Jospin le 22 avril 2002. Ce genre de constat, défiant toute règle mathématique et sociologique témoigne, de l’incompétence et de l’amateurisme politique de Mme Beyala. 

Incompétence soulignée par sa méconnaissance flagrante du vote noir en France, vote s’exprimant nullement en fonction des questions africaines mais bien en fonction des problématiques de politique interne (chômage,  pouvoir d’achat, sécurité etc.) et qui dépend d’autres référents complexes qu’il faut croiser pour avoir une vision d’ensemble précise.  

Son analyse élude l’appartenance socio-professionnelle (une femme de ménage ne votera pas comme un cadre supérieur ou une profession libérale par exemple) et de l’hétérogénéité d’une communauté qui n’en est pas une. En un mot comme en cent, être noir n’implique pas une identité de vue politique.

Le café du commerce comme base réflexive...

Beyala avance comme satisfaction le fait d’avoir fait reculer l’extrême-droite. De quel recul parle-t-elle ? Marine Le Pen recueille 6 421 802 voix (17,90% des suffrages exprimés) alors qu’en 2007 son père recueillait 3 834 530 voix (10,44% des suffrages exprimés). L’humilité qui n’est vraisemblablement la qualité première de Mme Beyala « N’eut été la mobilisation de la communauté Africaine, l'Extrême Droite aurai été plus forte », devrait l’amener à reconsidérer à la baisse son rôle «décisif» lors du scrutin du 22 avril 2012.

Le reste de l’analyse ressortant de l’interview accordée à Christian Musampa est du même tonneau, la mauvaise foi le disputant à l’explication de café de commerce. 

Toute à sa célébration du candidat des marchés financiers dans sa version social-démocrate, elle passe par pertes et profits des marqueurs édifiant, démontrant le manque d’intérêt de François Hollande et du Parti Socialiste pour les problèmes africains. 

Notons à cette enseigne que Koffi Yamgnane, conseiller du candidat Hollande pour l’Afrique, s’est fait renvoyer dans les cordes lorsqu’il a évoqué l’abandon du Franc CFA ou le retrait des bases militaires françaises en Afrique. 

Comparé à Nicolas Sarkozy, François Hollande est certes un homme envisageant différemment l’exercice du pouvoir, mais en cas d’accession à la présidence, il n’en demeurera pas moins le président de la France et non pas le protecteur des pays africains (qui d’ailleurs n’ont pas à se placer dans cette relation reposant sur un lien vassalique). 

De surcroit, il aura bien d’autres chats à fouetter s’il accède aux responsabilités, les problématiques d’endettement de la France, du chômage et de la précarisation des classes moyennes, de la relation franco-allemande au sein des institutions européennes, l’accapareront suffisamment pour placer dans son agenda la relation France-Afrique uniquement sous l’angle de la symbolique. Restons lucides. 

Seule Mme Beyala peut déduire la disparition de l’Afrique, «Il faut absolument que Hollande gagne cette élection car 5 années de plus de Sarkozy c'est l'Afrique qui va disparaître », de la réélection de Nicolas Sarkozy !

Le syndrome Rastignac…

Il serait temps pour la communauté afro-française d’échapper une bonne fois pour toute à ce tropisme du nivellement par le bas, lorsqu’il s’agit de l’engagement et du leadership politique. 

N’importe qui, gesticulant devant une caméra ou devant un micro, s’institue représentant de la communauté. Délaissant le travail de fond et réellement politique, nos têtes d’affiche sombrent dans la communication la plus primaire, confondant aventurisme et nombrilisme avec lutte politique. 

Il faut s'écarter de ce cadre réducteur qui tend à essentialiser la politique comme une manifestation d’humeurs passagères et ne reposant sur aucunes visions d’ensemble (qu’elles soient sociétales, historiques ou économiques). 

Il est infantile de se percevoir comme une force politique alors qu’on ne représente qu’une coquille vide, présentant simplement l’apparence d’un mouvement populaire. 

Le faire-semblant ne peut être la réponse adéquate aux besoins et aux revendications d’une partie de la population marginalisée par la classe politique. 

Il est illusoire de penser instaurer un rapport de force en s’agitant au moment des scrutins. La force d’un mouvement politique et sa capacité à instaurer un rapport de force résident dans ce qui n’est pas visible et lui assure une réelle légitimité (base populaire solide, ancrage et maillage pérennes au niveau local, cadre idéologique). 

Un énième mouvement mettant en avant une personnalité, au lieu que de promouvoir une vision politique, est une impasse intellectuelle et conceptuelle que nous avons déjà emprunté au cours de l’histoire récente. 

Réduire la communauté à un groupe de femmes et d’hommes épousant la vision social-démocrate du parti socialiste est une erreur. 

Réduire la communauté à un groupe de femmes et d’hommes soutenant une formation politique ayant applaudi l’action française en Côte d’Ivoire et en Libye est nous prendre pour des imbéciles, incapables d’avoir une lecture correcte des ressorts internationaux de l’action française.

Que Mme Beyala, lâchée par M. Sarkozy dans sa quête de la présidence de la Francophonie se rabatte sur M. Hollande dans l’espoir d’un hochet quelconque permettant de rassasier son égo surdimensionné est une chose, légitime selon son point de vue. 

Qu’elle s’institue sur la foi de ses analyses socio-politiques indigentes, témoignant d’un vide abyssal en terme de réflexion, porte-parole des franco-africains est une escroquerie morale et intellectuelle que nous ne cesserons de dénoncer et de combattre. 

La jeunesse afro-française, aux premières loges de la crise économique sans précédent qui frappe la France et l'Europe, est en demande de réponses et d’engagements autrement plus sérieux et sincères de la part des membres qui empruntent l’ardu chemin de la lutte politique. 

Il n’y a aucune fatalité à ce que l’action politique soit préemptée par ces Eugène de Rastignac pathétiques qui desservent plus nos intérêts qu’ils ne les défendent. (2)

Ahouansou Séyivé


(1) http:/www.cameroonvoice.com/news/news.rcv?id=6666

(2) Eugène de Rastignac, personnage romanesque d'Honoré de Balzac, parangon de l'arriviste aux dents longues.

Ahouansou Séyivé

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