27/04/2012 05:35:02
Professez le pardon !
Réflexions sur le début du discours de Guillaume Soro
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Réflexions sur le début du discours de Guillaume Soro

Il est un peu tard pour le pardon ; voilà des mois que nous suivons Charles Banny, avec sa commission réconciliation et vérité; malgré une scène touchante retransmise sur grand écran, ou l’on voit cet ancien premier ministre s’agenouiller devant  la caméra pour demander pardon, mais en tournant le dos au public duquel il attend ce pardon… Puis nous avons vu Ouattara projeter les phares sur l’ouest, ce pays meurtri , et encourager les populations à tourner la page et à pardonner, mais sans s’impliquer lui-même, sans être concerné.. .Et maintenant place à Soro, qui le jour de l’ouverture du Parlement, nous joue son couplet du pénitent, humble et humain à souhait.
 
Guillaume SoroSeule explication de ce retournement, le larmoiement des politiques, pour faire vrai, parce que nous ne sommes pas dans une dictature sans états d’âme, mais dans une « chère Côte d’Ivoire » de chair et de sang, de beaucoup de sang. Mais  depuis quand, les bourreaux s’intéressent-ils à leurs victimes ? En fait, il faut larmoyer, pour que les larmes de crocodiles humidifient la conscience de surface de la communauté internationale, choquée par la médiatisation de la souffrance ivoirienne !
 
Ouattara qui a tenté un bain de foule dans l’ouest, en saluant les dozos et autres populations allogènes, ainsi que les notables inféodés à souhait, n’a pas approché la population authentique à Man, les Dan et surtout les Wé; il a soigneusement évité de parler concret et responsabilité dans les massacres du passé, préférant rejeter la responsabilité sur les « miliciens » de qui on sait ! Sa préfète était à ses côtés, en ministre de l’Économie et des Finances pour aider les femmes à (bientôt?) s’initier au micro-crédit !

On se demande bien à quoi servent les membres présents du gouvernement, puisque toute la visite s’est déroulée comme un pèlerinage du couple bienfaiteur, au coeur du pays; monsieur le préfet et dame patronnesse  vont saluer des foules de dozos, serrer les mains de quelques personnes, courbées à terre, serviles à souhait, desserrer de temps en temps  les cordons de la bourse, et surtout, -ce qui revient moins cher – promettre le changement, la prospérité, le bonheur, mais en attendant les ivoiriens sont priés de patienter, Ouattara est venu au pas de course, avec des ballons de promesses, beaucoup de ballons, légers, qui se sont envolés avec lui, laissant un goût amer de comédie d’un  genre douteux…
 
Hier Soro a joué de son couplet, plus à l’aise que Ouattara et sa blonde au sourire de starlette de pub des années soixante dix; puisqu’il est sorti du séminaire, la religion, à défaut de la pratiquer, il la distille dans son discours racoleur, et nous voici embarqués dans un cours sur le pardon, version ado-réalité : sa premier illustration, c’est la tête de l’état: si un homme comme Ouattara,  qui a tellement souffert, -et sa femme, encore plus, bien que nous ne sachions pas de quoi –, a pu pardonner, surmonter sa douleur, sa souffrance, à plus forte raison, l’ivoirien lambda doit-il suivre les traces de son chef ! Examinons les souffrances de saint-Ouattara, telles que Soro nous les décrit : il a vu la mort des cousins, des oncles, des jeunes militants, et, souffrance extrême, la tombe de sa mère a été profanée ! Pour Soro cette profanation et ce pardon de Ouattara par rapport à cet acte obscène est le sommet du geste du pardon !
 
Absolument surréaliste ! Alors que beaucoup d’ivoiriens ont vu leurs proches massacrés, égorgés, brûlés vifs, et ne savent pas ce que sont devenus leurs disparus, s’ils sont encore en vie, s’ils ont été torturés et achevés -comme on ne voudrait même pas achever un animal malade-, puis jetés, tels des immondices dans la nature, et enterrés à la va-vite, non pas au  nom d’une décence minimale, mais parce que la chair humaine, quand le souffle de vie s’est retiré, -ce souffle qui la rattache au monde des vivants et de son Créateur-, se corrompt très vite;  il faut se dépêcher d’enterrer les corps, car la mort ne dégage pas un parfum de rose et de paradis !
 
Cette dame qui n’a pas connu les affres de la guerre, et qui est morte paisiblement, il y a des années, a eu sa tombe profanée ? C’est la première fois que j’entends cela, mais je veux bien le croire. Et, même s’il est choquant que l’on s’en prenne à un mort, redevenu poussière, en attendant le grand Jour, ce mort ne souffre plus Dominique et Alassane Ouattara! Même s’il n’en reste rien, ou presque rien, -et après des années, c’est le cas-, cette mère n’a pas souffert le traumatisme des ivoiriens d’aujourd’hui et de ces dernières années ! Et le devenir de nos êtres chers après la mort, que nous soyons chrétien, musulman, ou juif, n’est pas compromis par une profanation de cimetière !
 
Avant cela, Soro confie à son auditoire, que Ouattara a tellement souffert de sa résidence brûlée et de tous ses souvenirs personnels anéantis ! Quelle honte, parler ainsi devant les représentants du peuple, même si ceux –ci ne représentent que son camp, ils sont censés être ces ivoiriens qui ont tout perdu, biens maison, terres, cheptels, conjoint, enfants, parents, qui n’ont pas pu se soigner, faute de médicaments, de travail, et donc d’argent ! Et que dire, entre autre de la bibliothèque du président Gbagbo, à laquelle il tenait plus que tout, partie en fumée et pillée ?

Quelle honte d’étaler avec tellement d’indécence, ces petites souffrances ! Et la chère blonde à l’éternel sourire de carte postale, qui aux dires de Soro, a encore plus souffert que son époux, et qui « aurait tellement voulu être parmi nous aujourd’hui ! » Effectivement il eut été indécent de l’introduire dans cette salle, réservée aux députés, invités étrangers et président ! Comme elle aurait voulu jouer les préfètes au grand cœur, prendre sa revanche  sur  Dame Simone ! Mais laissons-la à sa grande souffrance, elle qui n’a perdu ni son fils, ni sa fille, ni ses biens, au contraire, elle n’a fait qu’engranger, mais voilà, ce doit être très douloureux…
 
Poursuivons le discours dithyrambique de Soro : avec Ouattara, trouvons « la force de pardonner et de demander pardon à la nation, au nom de la réconciliation », et tel le Christ envoyant ses émissaires dans les campagnes apporter la Bonne nouvelle du royaume de Dieu, Soro envoie ses parlementaires dans les campements, les villages et les villes pour « professer le pardon » ! Voilà, le pardon devient une amulette; heureux celui qui connaît la formule, et le pardon est là, pas d’efforts, de regrets, de repentance... ; Il suffit d’énoncer le sésame « pardon » pour que celui soit agissant, et tels les grains de sable du marchand de sable de notre enfance, le sommeil de l’oubli vient, on ne se souvient plus de rien, on retrouve la paix, le repos, le sommeil …
 
Et on ne parle pas du réveil, celui-là est tabou ! parce que ce n’est que pour le dormeur, ou le comateux,  que le marchand de sable Soro et son Guide Ouattara, ont  déblayé les pierres du chemin, ressuscité les morts, reconstruit les maisons, restauré les domaines, les plantations, les fermes, renvoyé les étrangers avec  leurs bus dans leur lieu d’origine, replanté les forêts classées, réinstallé les étudiants dans leurs universités,  ouvert les prisons et déroulé le tapis rouge aux détenus arbitraires, remis en taule les milliers de droit commun, ramené les dozos dans leurs zones de chasse, et renvoyé chez eux ceux de l’étranger.
 
Et voila le passage qui m’a le plus sidérée :

Ceux dont les maisons et les biens ont été brûlés, qu’ils pardonnent !

Ceux qui se sont sentis blessés, humiliés, qu’ils pardonnent !

Ceux qui ont vu leurs proches mourir, qu’ils pardonnent aussi !
Ceux qui ont eu les tombes de leurs parents profanées, qu’ils trouvent la force de pardonner !

Oui, Monsieur le Président de la République, la nation entière vous rend hommage, comme elle rend hommage à tous ces hommes, à toutes ces femmes et tous ces jeunes qui ont perdu la vie dans notre quête commune de la démocratie.

Je pense à toutes ces victimes qui ont consenti le sacrifice suprême pour que nous soyons libres aujourd’hui.

Je garde le souvenir vivace de leur courage et de leur bravoure.



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Fin de citation !
 
Nous avions déjà remarqué cette rhétorique à l’envers ! C’est celui qui a été humilié et bafoué, qui a tout perdu qui doit pardonner ! C’est le pauvre, le faible qui doit encore et encore s’humilier devant le riche, le fort et le puissant ! Il n’y a pas de place pour les petits dans ce monde !

Et ce comportement est devenu malheureusement la norme chez les grands de notre monde ; autre exemple récent de cette indécence, constatée chez le parrain de Ouattara :le cadeau de la saint Valentin de Carla Bruni à son époux : une montre à 50.000 euros, alors que la France compte 5 millions de chômeurs ! Face à cette épreuve du chômage et de son escorte de problèmes financiers, sociaux, notre Président se promène dans la cour des grands, avec le plus grand mépris des petits! Et même s’il n’est pas d’accord avec mon analyse, la plus élémentaire décence lui aurait interdit de se pavaner avec ce joujou, parce qu’il est le représentant de tous les français, surtout celui de ceux qui ont besoin d’une voix qui les entende et les comprenne !
 
Guillaume SoroVous tous qui avez tout perdu, pardonnez, vous dont les morts ont été un peu bousculés dans vos belles tombes, essayez de pardonner ! Car cet acte est le summum dans l’échelle de la difficulté de pardonner !

«Ceux qui ont vu leurs proches mourir » : Il n’y a eu pas de crimes, de morts violentes, d’atrocités, de viols, la mort semble douce, dans cet univers du mot magique  « pardon »

« Ceux qui se sont sentis blessés, humiliés », pardonnent de bon cœur car ce n’est qu’un sentiment, et les sentiments sont fragiles, sous le coup de l’émotion ils sont déformés, intensifiés…Mes amis vous n’avez pas été blessés, humiliés, vous le croyez mais c’est faux ! Pardonnez, et hop une bouffée de sentiments positifs vous étreindra, à l’image du sourire perpétuel de Dame Dominique, qui elle a souffert le martyre, et pourtant reste sereine !
 
Et finalement, le paragraphe sur le pardon de l’ancien séminariste Guillaume Soro, se termine sur l’hommage à ces hommes, ces femmes, ces jeunes qui ont perdu la vie «dans notre quête commune de la démocratie. », les militants-rebelles qui sont morts, sont eux les vrais héros, ils ont lutté pour qu’advienne la démocratie ! « Je pense à toutes ces victimes qui ont consenti le sacrifice suprême pour que nous soyons libres aujourd’hui. Je garde le souvenir vivace de leur courage et de leur bravoure. » Tous ces jeunes du camp Ouattara et Soro qui ont volontairement offert leur poitrine pour la liberté d’aujourd’hui, celle de Soro, celle de Ouattara, celle de leurs protégés ou rattrapés !
 
Il n’y a pas de place pour la souffrance des autres, d’ailleurs elle n’existe pas, puisqu’elle n’est même pas nommée ! Aucune mention de pardon à accorder ou à recevoir du président Gbagbo, de son épouse, des membres du gouvernement en prison ou en exil, des milliers de réfugiés à l’extérieur et à l’intérieur !  Aucune mention de ces jeunes patriotes qui sont venus par centaines, les mains nues pour protéger de leur corps, de leur vie, l’accès à la résidence de leur Président...
 
Circulez, il n’y a personne en face ! Ne rappelons même pas que ces députés ont été élus dans un pays où moins de 20 pour cent des électeurs n’ont voté, que l’opposition n’était pas représentée, et que les irrégularités ont été légion,  le camp Ouattara ne supportant pas les bons scores des RHDP et des indépendants …Cette noble assemblée est censée représenter tous les ivoiriens, et le discours brillant mais effroyablement pervers de Soro, par son utilisation habile  des mots clé, pardon, morts, humiliation, courage, blessure, parents, tombe profanée, renvoie au lecteur peu averti, et à la communauté internationale et française, l’image rapide d’une Côte d’Ivoire qui panse ses plaies et qui va au devant de lendemains meilleurs, sous la houlette du meilleur des Ivoiriens, jeune, dynamique, charismatique, généreux et travailleur…

De plus, le tandem Ouattara-Soro semble fonctionner à merveille : Soro respectant le vénérable Ouattara, tel le meilleur des fils à l’égard de son père ! Non, peuple de France et communauté internationale, tout va bien, l’avenir de la côte d’ivoire est en de bonnes mains, les lendemains, à défaut les surlendemains, seront radieux...
 
Shlomit Abel

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