28/04/2012 03:45:21
Ces faux intellectuels qui polluent l'Afrique et le Cameroun
Il est quasi stupéfiant de voir à quel point le statut d’intellectuel souffre de son inconsistance dans les milieux d’affaires et de pensées en Afrique de manière générale et au Cameroun plus spécifiquement...
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Il est quasi stupéfiant de voir à quel point le statut d’intellectuel souffre de son inconsistance dans les milieux d’affaires et de pensées en Afrique de manière générale et au Cameroun plus spécifiquement.

En effet, les hommes de savoir au Cameroun ont choisi de se faire des lécheurs de bottes du  « prince » pour quelques billets tirés de la corruption et des détournements que leur offre la frénésie qui les pousse à la quête de nominations et à des postes de domination.

Pourtant, avec Jean-Paul Sartre, le trait définitoire de l’intellectuel africain est de servir pour le développement de son pays tout en se mettant à la disposition d’un parti politique ou du gouvernement en place, s’il le veut puisque cela n’est pas un impératif, de diffuser son savoir et surtout de maintenir un tempérament d’éveil quant aux évolutions positives, mais surtout négatives, de l’environnement institutionnel dans lequel il vit.

Autrement dit, l’intellectuel n’est pas seulement perçu comme un homme ou une femme bardée de grands diplômes ou d’élogieux titres académiques ; il est justement celui-là qui, dans l’exercice de son métier, disons sa tâche, entend se réaliser en lui une « contradiction » fondamentale sur l’existence, sur l’essence des choses qui l’entourent et auxquelles résonne désormais une interrogation critique teintée de critique. L’intellectuel est celui qui recherche l’Universel, la Vérité, l’Idéal et sait que, bien que ne pouvant pas les expérimenter dans la praxis réelle de la vie en société, son rôle est de tenter tout de même à en faire rejaillir autant que faire ce peut les correspondances de sa matérialité envisageable. L’intellectuel est donc celui qui se pose la question au départ banale de savoir « pourquoi telle ou telle chose se présente de telle ou telle manière et pourquoi il n’en serait pas autrement ? »

Jacques Fame Ndongo
Jacques Fame Ndongo lécheurs de bottes du  « prince » ou intellectuel?

Dès lors, l’intellectuel se présente comme quelqu’un qui ne s’accorde pas, ou presque jamais, avec lui-même, avec le monde où il vit, avec les structures qui le constituent/composent. Il est quasiment promis à une attitude polémique, protestataire, contestataire même qui fait de lui un insatisfait du présent et un opposant du système de choses qui ne bougent pas et n’aident pas au Développement qu’il sert sur toute la ligne de sa démarche raisonnée où la raison est censée le priver du déraisonnement.

L’intellectuel est celui qui se désolidarise facilement du milieu qu’il est appelé à servir et se positionne comme instigateur du désir d’Universalité. Son mouvement de pensée et d’action crée le divorce lorsque cette Universalité peine à se révéler. L’intellectuel ne pactise donc pas et il ne corrompt pas sa vocation au claironnement du Faux sur l’égide de la bassesse de la satisfaction personnelle. L’intellectuel est ainsi originalement authentique lorsque naît en lui la contradiction dans le plein exercice de sa profession.

S’il est un technicien/ingénieur sur la bombe atomique et que surgit en lui la question du « pourquoi cela », alors, il comprend la nécessité de mettre un terme à ses travaux parce qu’ils rampent à contre courant avec l’Universel, le bien commun entre les hommes. S’il est membre d’un parti politique ou ministre en activité dans un gouvernement incompétent qui ne tient pas à ses promesses, il doit se saisir de son devoir d’engagement dans une attitude qui lui recommande le devoir de vérité et l’impossible possibilité de continuer à arborer sa casquette.

L’intellectuel vit donc la contradiction de l’extérieur et est soumis à un bouleversement de l’intérieur qui ne peut le pousser qu’à la magnificence de sa condition, c’est-à-dire la sincérité. Le mot est donc lancé, l’intellectuel est un homme sincère et qui ne supporte pas la truandise et l’opacité. C’est pour cette raison que l’intellectuel, le vrai, sera toujours prêt à écrire, à parler pour dénoncer ce que son inconfort profond lui recommande d’aborder comme attitude.

Alors, la question se pose maintenant au Cameroun : y a-t-il des intellectuels dans ce pays ? La réponse au pied du mot, c’est oui. On peut citer, Fame Ndongo, Maurice Kamto, Mendo Ze, et toute la bande qui est passée par la trappe du régime actuel. Mais maintenant, sont-ils de vrais intellectuels ? La réponse est tout simplement non !

Ils n’expriment pas leurs contradictions, ou alors ils ont achevé de les vivre, de les entretenir. Cela s’explique par le fait de la caution qu’ils accordent à un régime politique qui ruine le Cameroun depuis les indépendances jusqu’à ce jour. Quand bien même ils viendraient à démissionner, cela ne rentre pas dans un processus cognitif et moral visant la recherche de l’Universel mais, au contraire, leur attitude s’inscrit dans le besoin d’épanouissement d’une subjectivité autocentrée. Du coup, que Fame Ndongo en appelle à la « reconduction électorale » de Biya en 2018, cela ne sert qu’à établir la preuve d’une identité triste du rôle de l’intellectuel dévoyé qui s’est dérogé de ses prorogatives pour s’assimiler à un friand de pacotilles et du « taisez-vous, on fricote ».

Puisqu’il en est ainsi, terminons par ceci, si cela peut effectivement aider à retrouver le vrai titre perdu : « Intellectuels du monde entier, unissez-vous ! »

Man Bene

Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE