28/04/2012 04:15:49
InsÚcuritÚ. Rackets, vols, viols au menu de la besogne des malfrats Ó Douala
Des bandits armés jusqu’aux dents et organisés en gangs font la pluie et le beau temps dans les quartiers de Douala III. Le secours des forces de l’ordre attendu. Voyage au pays du crime organisé.
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Des bandits armés jusqu’aux dents et organisés en gangs font la pluie et le beau temps dans les quartiers de Douala III. Le secours des forces de l’ordre attendu. Voyage au pays du crime organisé.

Des centaines de familles à la merci des bandits. Pluie de témoignages

«Ici à Oyack, les populations sont obligées de verser chaque mois de l’argent aux bandits. Ils disent que c’est une taxation pour nous protéger. Ceux qui ne paient pas ou le font en retard sont séquestrés. Chaque domicile paie en fonction de la beauté de l’infrastructure. Si la maison est en étage, avec des carreaux, beaucoup d’élèves et des poubelles pleines, le propriétaire paie encore plus. Malgré cela, nous vivons dans un climat d’insécurité fait de vols et viols». Tel est le témoignage de Madeleine Tchouffo, qui dit avoir habité dans ce quartier entre octobre 2009 et décembre 2011. Un calvaire vécu au quotidien par les habitants des quartiers Oyack, Madagascar, Bilongue et ailleurs. Avec ces clichés de cinq agressions en moyenne et par…, de source policière, Oyack, Madagascar et Bilonguè battent le record ces derniers mois en termes d’agressions, bagarres folles et sanglantes, viols et vols dans la ville de Douala, même si un calme relatif revient de temps en temps, par peur de représailles. Ce climat d’insécurité est le fait des gangs qui s’y sont constitués et font la loi. En dehors des «petits» groupes de bandits qui opèrent et fondent dans la nature avec le butin, deux puissants groupes de bandits à la notoriété bien établie sont les maîtres d’un territoire répartis en zones d’intervention. Il s’agit des gangs dirigés de mains de maître par les nommés Moctar et Fadiga dont la seule image présage une «mort subite».

Evocation d’un riverain : «à partir de 21 heures, l’insécurité est permanente et chacun est sur ses gardes car tout peut arriver à tout moment, surtout s’il y a guerre de gangs. Ils cambriolent les maisons, violent les femmes en toute impunité car ils savent bien que la police ne viendra pas. Je ne pense qu’à fuir au plus vite ce quartier», dit un habitant sous anonymat. Utilisant les techniques de la mafia italienne et des sociétés secrètes américaines dans le modèle d’Al Capone qui a régné sur Chicago, ils ont imposé une taxation mensuelle aux populations qui doivent absolument payer pour avoir un sursis de vie paisible.

Des centaines de familles apeurées, sont livrées en pâture aux bandits sans foi ni loi qui travaillent de jour comme de nuit en toute impunité. «Les élèves paient 200 Fcfa par mois. Quant aux domiciles, le taux varie entre 3.000 et 15.000 Fcfa selon l’aspect de la maison». Ces familles ont encore en mémoire le meurtre de l’un de leur voisin en février dernier. E.M., une habitante raconte. «Nous étions assis dans un bar et un des bandits est arrivé en fumant du chanvre indien. Lorsqu’un client a demandé à ce dernier d’aller fumer dehors pour ne point intoxiquer les autres, il a cassé une bouteille dont a enfoncé le reste dans son ventre de sa victime. Notre ami a perdu tout son sang et est mort à Laquintinie. Ce crime est resté impuni, tout le monde a pris la poudre d’escampette».

Poignards et gourdins

Si les éléments du fameux Moctar sont les plus nombreux (une quarantaine, d’après les estimations des victimes), ceux appartenant au club Fadiga sont les plus violents et se présentent comme des personnages emblématiques du crime organisé dans ces zones. Ces derniers ne font aucune distinction entre hommes et femmes après l’agression.

Le témoignage de Charles Lebon Mekueng, une victime. «Pour une fois que les policiers ont fait leur travail, ils ont surpris les bandits qui voulaient me sodomiser. Ils ont cru que j’entretenais des relations sexuelles volontaires avec ces derniers. Nous avons été pourchassés. Ils agressent à l’aide de couteaux, poignards, gourdins. Dès que vous refusez d’obtempérer, vous êtes un homme mort. Ils se comportent ainsi à Oyack pour maintenir la terreur et la psychose et montrer de quel côté souffle le vent. Ils violent aussi bien les hommes que les femmes». Quel régime ! C’est à se demander si les forces de sécurité existent encore à Douala. Il faut espérer qu’avec l’arrivée du gouverneur Joseph Beti Assomo, la sécurité sera au centre de ses préoccupations avant la recherche effrénée de l’argent.

Dans la cité. Comme dans une jungle…

Quoique situé au cœur de l’arrondissement de Douala 1er, les habitants et autres visiteurs du quartier Akwa payent le prix de l’insécurité ambiante. Par essence quartier universitaire, la cité-sic n’échappe pas à la donne autant que le canton Deïdo, un quartier dit autochtone et résidentiel.

C’est un dimanche. Sur le boulevard de la Liberté, une dame est abordée au sortir d’une boulangerie très fréquentée de la place. Son interlocuteur, un jeune homme à l’allure, à priori, peu rassurante sollicite une aide pécuniaire pour s’alimenter. La dame consent à lui donner une pièce de cinq cents francs. Puis tout tourne au vinaigre. Brigitte (prénom de la dame) est assaillie par une demi-dizaine de loubards qui lui font la même sollicitation. Pendant qu’elle essaye de dire son incapacité à satisfaire toute la bande, l’un des « voyous » s’empare de son sac à main et fond dans une rue voisine. Aussitôt suivi par ses coéquipiers qui promettent à la dame de lui ramener son sac à main. Rien qu’une promesse. Au bout du compte, la victime déclare la perte d’une somme de 225 mille Fcfa destinée au remboursement d’une dette contractée dans une tontine de la place mais aussi deux téléphones de dernière génération.

Non loin de là, quelques heures plus tard, une autre dame est abordée par un adolescent en guenilles en quête de pitance. Au moment où elle lui remet quelques pièces d’argent, notre coursière du dimanche se voit brandir un poignard et des lames de rasoirs. Subitement assisté par des complices, l’adolescent exige de sa bienfaitrice son porte-monnaie. Au bout du compte Hermine est délestée d’une somme de 2 3 mille Fcfa ainsi que de son téléphone portable. Mode opératoire quasi similaire au boulevard de la République. Non loin d’un bistrot très fréquenté, une bande de jeunes fait le tour des tables. Officiellement, ils s’activent à débarrasser les tables des restes de poissons à la braise et autres grillades. Un geste diversement apprécié des clients de ce bar situé non loin du palais Dika Akwa. Ce n’est pourtant pas tout à fait anodin.

Les hommes en tenues contrôlent les espaces

C’est que, soutient un habitué des lieux, la technique de ces supposés nécessiteux consistent à identifier les clients les plus nantis pour les délester de leurs porte-monnaie. Quoique fonctionnant au ralenti, la rue de la joie, au quartier Deïdo n’a rien perdu de sa sulfureuse réputation. Dans les bars, gargotes et autres snack-bar de la place, une caste de clients « spéciaux » s’emploie à dépouiller les non habitués des lieux. La technique consiste généralement à repérer un client qui sera suivi et agressé plus loin. «J’ai été pris à partie il y a quelques semaines par des personnes identifiées.» Gérard raconte alors qu’il sortait d’un snack-bar de la rue de la joie lorsqu’il a été coïncé par trois gaillards quelques mètres plus loin alors qu’il essayait d’ouvrir la portière de son véhicule. Outre l’argent et le téléphone, la victime perd son ordinateur portable qui se trouvait dans sa voiture au moment des faits. Les cris de détresses poussés plus tard ne changeront rien à sa mésaventure.

Le phénomène prend une autre ampleur au quartier Cité-sic, à proximité de la cité universitaire.  La scène se déroule non loin d’un collège situé aux environs du carrefour Ange Raphaël. Deux hommes en tenue font leur entrée dans le bar et demandent de la bière à un client attablé une table près du comptoir extérieur de cette vente. Devant son refus d’offrir la boisson exigée par les deux hommes en treillis militaires, le client est empoigné, roué de coups puis délesté de son argent et de son téléphone portable. Quelques temps après, l’on apprendra que les deux «militaires» sont bien connus dans le coin où ils multiplient ce type d’expédition punitive à ceux qui n’exécutent pas leurs ordres. Une situation vécue à des degrés divers dans cette zone populeuse et populaire de l’arrondissement de Douala 5e.

Tactiques. Un mode opératoire à la taille du client

Par surprise ou à découvert, ils opèrent de jour comme de nuit.

«Grand, il n’y a rien pour les pauvres, même une cigarette? Quand vous allez vivre en ville, il faut souvent penser à nous», confie Jean-Pierre Kotty, un riverain face aux forces du mal. Pendant que le scélérat tente «gentiment» d’avoir quelques faveurs de ce passant, ses compères tapis dans l’ombre, attendent le moment indiqué pour fondre sur leur proie. Tel est l’un des stratagèmes d’agression utilisés dans ces quartiers malfamés de l’arrondissement de Douala IIIè.

En envoyant l’un des leurs tâter le terrain, comme s’il demandait l’aumône, ces bandits qui mettent leurs victimes en confiance avant la rapine ont plus de succès auprès de la gent féminine. Christelle Pascale parle de ses tribulations. «J’ai été violée sans préliminaires à deux reprises au niveau des escaliers d’Oyack, d’abord à 2h du matin quand je rentrais d’une fête et à 23 h quand je sortais d’une réunion du boulot. Lorsqu’ils m’ont appelée, l’un d’eux est venu vers moi et les autres m’ont saisie par derrière, demandé et pris tout ce que j’avais sur moi». Une scène pathétique qu’elle n’oubliera pas de sitôt car «ils n’ont pas utilisé de préservatifs. J’ai par la suite fait des tests de grossesse, du Vih-sida et des autres maladies vénériennes. Si j’ai pu échapper à tout, j’ai écopé d’une syphilis que j’ai pu soigner. Depuis ce jour, je me suis arrangée pour rentrer tôt avant de quitter ce quartier».

En dehors de la technique de l’attaque surprise, les bandits opèrent également à découvert. Pendant les hautes saisons (périodes des salaires), ils érigent des barricardes et demandent à tout le monde de payer. Les plus récalcitrants s’en sortent avec des balafres, la mine patibulaire et les poches finalement vidées... Jacob Kossi raconte comment les habitants de ce quartier sont violentés au quotidien. «Non seulement, ils volent mais ils prennent un malin plaisir à sodomiser les victimes. Le dernier en date est mon ami Charles Mekueng qui a finalement fui le quartier. Dès qu’ils vous agressent, ils s’intéressent aussi bien à votre corps qu’à votre porte-feuille en laissant croire aux autres que vous êtes consentant. Beaucoup sont recherchés par la police pour complicité».

D’après Jean Edoubwan, élite Bakoko du Wouri, l’usage de la force légale est la solution au problème. «Que le Bir (bataillon d’intervention rapide descende sur les lieux et nettoie le secteur. Avec cette force d’intervention rapide et efficace, les bandits iront chercher fortune ailleurs ou choisir la voie de la retraite. En dehors du Bir, je pense aussi à des expéditions punitives engagées conjointement par la gendarmerie et la police. Ces bandits qui ont instauré la terreur ne sont pas invincibles. Et après, on installe des postes de police aux quatre coins de ces quartiers avec le renforcement des capacités des comités de vigilance».

De Grand Kalla (cité Sic Bassa), Moundi (Bonabéri), S. Koko (Camp Yabassi) et bien d’autres bandits qui ont terrorisé les populations pour finalement disparaître de la circulation, le cas «Bafia» est plus présent. Un témoin raconte la scène de sa mise à mort à la rue des écoles à Akwa. «Il évoluait en solitaire, volait et violait armé de poignards. Malgré sa force surhumaine (arts martiaux et sports de combat, ndlr), nous avons finalement eu sa peau et on respire désormais ici (derrière Camtel Akwa, ndlr)».

Comment ? Notre interlocuteur poursuit. «Le quartier s’est mobilisé comme un seul homme et on lui a tendu un guet apens. Nous l’avons roué de coups de gourdin jusqu’à ce qu’il meurt. Nous l’avons attaché et exposé dans la rue pour servir d’exemple. C’est comme ça qu’il faut agir pour se débarrasser d’eux». Voilà comment à Douala, la justice populaire, sans âme, sans conscience, avec pour seule code la loi du Talion prend le dessus sur toutes les forces de sécurité et la Justice républicaine.

Etame Kouoh / Joseph OLINGA / E.K

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