29/04/2012 05:32:28
La dérive autoritaire au Cameroun est aussi dangereuse que le jeu de la tribu
Je le dis à nouveau avec gravité. L’instrumentalisation de la violence par ceux qui ont le pouvoir et la maîtrise de la force, l’obsession de la dérive ethniciste au mépris de l’homme, de tout l’homme sont un gage d’un non-retour à la paix. Car une digue rompue en fera céder une autre !
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La fin de règne au Cameroun nous présente des images indigentes ! Mon épouse et moi sommes obligés de protéger nos enfants devant un certain discours officiel, les images à la télévision nationale, le folklore des arrestations et le déploiement excessif de la force et ce parfois face à la paix comme cette irruption des forces de police dans la résidence paisible des Jésuites à Melen pour interdire une prise de parole d’un prêtre qui n’a pas oublié qu’il est avant tout universitaire anthropologue et presque théologien au sens où les spécialistes de cette discipline se définissent eux-mêmes.

De l’autre côté, le déchaînement ethnique dans les réseaux sociaux qui donne le pool des idées que nourrissent les uns et les autres, manipulés par ceux et celles qui ont paupérisé les masses est abjecte et indigne pour le présent et l’avenir de notre pays. Il révèle en réalité combien nous avons oublié depuis un demi-siècle de construire un Pays, une Nation et un  Etat. Aucune frontière n’a été tracée, aucune éthique républicaine n’a été forgée, aucun « nous-commun » n’a été forgé et aucun encadrement des peuples suivant les règles qui régissent les Etats modernes n’a été défini. Voilà le résultat des courses !

Le Cameroun où ce qui reste du projet allemand de 1884 est-il cependant en train de prendre une route sans retour ? Pour devenir une nouvelle Somalie ou pour une partition des peuples nombreux ici pour donner un nouveau Mali ? Nous avons deux extrêmes qui s’affrontent avec beaucoup de médiocrité au demeurant. Nous sommes dans une surenchère de la violence et de l’autorité en dehors et au mépris du droit d’un côté et de l’autre dans une surenchère de la haine et du mépris de l’autre par les chantres de la tribu. Pour moi la digue de Richelieu est rompu au profit et par la volonté égoïste des uns et des autres, les uns ceux qui disent « après nous c’est le chaos » et les autres les partisans du « c’est notre tour ».

Je le dis à nouveau avec gravité. L’instrumentalisation de la violence par ceux qui ont le pouvoir et la maîtrise de la force, l’obsession de la dérive ethniciste au mépris de l’homme, de tout l’homme sont un gage d’un non-retour à la paix. Car une digue rompue en fera céder une autre ! Voilà ce à quoi nous exposent les deux camps.
 Lisons les journaux, regardons la télévision, visitons les sites dits d’information, pour nous rendre compte que la dérive est là, que la déstructuration du tissu social, le « nous-commun » cher à tous les peuples est là ! Je ne peux que le dénoncer et attirer votre attention. Le comportement de ceux et celles qui auraient pu et dû être des porteurs d’idées, des penseurs et des constructeurs laisse à désirer. Une véritable chasse aux idées et à la pensée constructive est ouverte  avec pour but final la mise à mort. Que voulons-nous pour notre pays ?

L’instauration d’une monarchie par la révision sans fin de la Constitution ? Que voulons-nous pour notre pays ? Dresser les ethnies, les clans et les tribus les uns contre les autres ? Tout le monde peut apporter une brindille pour allumer un feu mais toutes les mains ne seront jamais assez pour éteindre un brasier. La division n’a pas de fin et est contraire non seulement à l’idée que je me fais du service publique ; la politique en est un, mais aussi de l’Etat-Nation.

Vanessa Tchatchou a été la petite maison qui résiste à la tempête mais elle ne doit pas faire occulter le véritable trafic de nourrissons dans notre pays. Elle ne doit pas occulter non plus le mauvais travail fait par des associations qui disent défendre les droits des consommateurs mais qui en réalité sont de mèche avec les pouvoirs publics et les forces de la finance pour asphyxier le peuple. Oui le peuple, mieux les peuples du Cameroun du nord au sud de l’est à l’ouest qui sont divers avec des problèmes divers suivant que l’on est dans les métropoles ou dans les campagnes. Le faussé est très grand à présent entre ces peuples là et le régime qui nous gouverne depuis toujours et qui aujourd’hui a installé la terreur comme monde de gouvernement et de gouvernance. Un peuple dont le seul mérite est d’écrire à la marge au quotidien de sa propre histoire. Un peuple qui copie, sans proposer, qui exile sans intégrer, court à sa propre perte. Un pays ne peut pas transformer la meilleure de son élite en simple agent de renseignement installé partout dans le monde avec pour seule mission de craquer, de dénigrer, d’intimider !

Construisons les valeurs républicaines, elles sont aux antipodes de ce que nous proposent à la fois le régime en place et les chantres de l’ethnie et de la tribu. C’est mon devoir d’homme politique, d’acteur intellectuel, de vous  inviter à ce travail. Notre identité collective et nationale est à construire parce que le régime en place ne nous offre pas un héritage. Il y a cependant dans ce régime des hommes et des femmes qui comment à douter, qui se réveillent voilà pourquoi nous devons nous donner la main. Nous devons faire avec eux ce travail. 

J’ai échangé ces derniers temps avec les artistes, les universitaires camerounais tant de la diaspora que de l’intérieur du pays. J’ai rencontré des religieux de différentes confessions. A plusieurs reprises, occasion m’a été donné de visiter nos villages, de voir les uns et les autres dans leurs milieux de vie, ce qui ressort de nos échanges est le refus de l’abime.

Alors qu’est ce qui justifie un tel laisser-aller collectif et général ? Pourquoi solidement nous ne nous engageons pas sur le chemin de la fondation, de la réconciliation en reconnaissant avec espoir et espérance que le meilleur est au bout de l’effort collectif ? C’est à nous de faire naître la liberté et l’humanité, c’est à nous d’écrire le droit et de faire triompher la raison.




Il est temps de nous projeter, de dépasser l’échec de Pour le libéralisme communautaire, voilà comment nous pouvons construire notre pays, nous devons dépasser l’époque et nous projeter dans le monde moderne celui dans lequel vivent tous les peuples qui nous entoure. Monde dans lequel les jeunes peuvent s’instruire pour définir et encadrer leur avenir en réalisant leur rêve, nous construire dans le monde industriel en donnant du travail à une main d’œuvre qualifiée ce qui nous permettra de lutter efficacement contre le chômage. Rassemblons-nous et disons non au triomphe éphémère de la tribu et de l’ethnie que nous propose le camp d’en face.

Voilà ce qui justifie mon engagement au quotidien car la dérive autoritaire dans laquelle nous sommes enfermées est aussi dangereuse que l’épouvantail du tout tribal qui nous est proposé.

Dr Vincent-Sosthène FOUDA

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