03/05/2012 02:20:40
Rumeurs. Au commencement était le « G11 »
Entre rumeurs, mythes et réalités
Le Messager
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Inoni Ephraim et Marafa Hamidou Yaya

Entre rumeurs, mythes et réalités

Après un long feuilleton judiciaire, la première vague des inculpés de l’affaire «Albatros» est en passe de connaître le verdict du tribunal. Annoncé le 30 avril dernier, l’ultime audience (comme l’annonçaient des sources introduites) du procès mettant en scène, l’ancien ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de la République, le directeur général adjoint du cabinet Aircraft portfolio management (Apm), Hubert Otele Essomba, Gérôme Mendouga, etc., tous impliqués dans cette affaire aux relents de détournement des fonds publics alloués à l’achat d’un aéronef destiné aux déplacements du chef de l’Etat du Cameroun, est renvoyé à une date ultérieure.

Cette affaire, selon toute vraisemblance, n’a pas fini de susciter la polémique jusque dans les sphères les plus hautes du pouvoir. A travers l’enquête que vous livre Le Messager, nous essayons de  démêler la part parfois congrue d’inter-relation qui existe souvent dans les différentes thèses entourant cette affaire. Au final, notre objectif n’est pas d’ignorer le fait que l’achat manqué de l’aéronef demeure une affaire d’Etat. Toutefois, il s’agit, à la lumière des documents versés au dossier et témoignages des différentes sources, y compris les acteurs de cette affaire, de faire la nuance entre les rumeurs et les mythes parfois savamment entretenus autour de cette affaire mais surtout, de comprendre les tenants et les aboutissants d’une affaire somme toute criminelle mais qui arbore, parfois, le manteau de la manipulation. Détournements de deniers publics, concussions et mort programmée de la Camair, entre autres, constituent la trame de fond de cette autre phase de la célèbre opération Epervier.

Rumeurs. Au commencement était le « G11 »

Longtemps ignorée et même réfutée par l’ex-secrétaire général de la présidence de la République, la théorie de la nébuleuse G11 est désormais évoquée pour justifier son incarcération.

Son nom est connu depuis l’ouverture du procès lié à l’affaire «Albatros». Une affaire de détournement des fonds de l’achat d’un avion destiné aux déplacements du président de la République, Paul Biya. Interpellé puis incarcéré dans le cadre de cette affaire, Hubert Otele Essomba a suscité la controverse dès ses premières apparitions au prétoire. L’accusé évoque le complot d’Etat pour expliquer son embastillement ainsi que celui de ses coaccusés. A ce propos, Hubert Otele Essomba affirme que « je suis en prison parce qu’à la police judiciaire, on m’a demandé de livrer Atangana Mebara et j’ai refusé. » Une thèse reprise par l’ex-secrétaire général de la présidence de la République qui évoque, lui aussi, un complot destiné à l’éliminer politiquement, socialement et éventuellement, physiquement, ainsi que le soutiennent certains de ses proches.

Dans son ouvrage, «Lettre d’ailleurs» paru aux éditions l’Harmattan, l’ex-secrétaire général de la présidence de la République affirme qu’il existe un lien entre l’incarcération de son coaccusé Hubert Otele Essomba et son refus de collaborer avec le régime dans l’optique de son élimination politique. «N’est-ce pas plutôt parce qu’il (Hubert Otele Essomba, ndlr) a refusé de livrer Mebara et Inoni comme le lui avait demandé le directeur de la police judiciaire, Monsieur Ateba Onguene ? »

Mythe ?

Pour l’essentiel, l’ex-Sg/Pr axe sa défense dans la logique des rumeurs autour de son supposé leadership au sein de la nébuleuse «G11». Un groupe dont les membres (dont on ne connaît du reste pas leur mode de recrutement) sont présentés comme prétendants au pouvoir d’Etat. La thèse abondamment relayée par la presse présente alors Jean Marie Atangana Mebara comme le potentiel chef de l’Etat de ce groupe. La thèse est d’autant bancale que le « G11 » apparaît en fin de compte être un mythe sans fondement. Aucun journaliste n’a pu démontrer jusqu’ici l’existence de cette supposée nébuleuse, mais qui nourrit largement les thèses de nombreuses personnalités menacées, interpellées ou incarcérées qui souvent, à tort ou à raison, font le lien entre leur déchéance et leur appartenance supposée à cette nébuleuse.

Albatros. Affaire d’Etat, affaire politique ou affaire criminelle ?

Dans le sérail, ils sont nombreux à affirmer sous cape que l’interpellation et l’incarcération de l’ex-ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de la République obéit à une logique de règlement de comptes politiques. Dans les faits, Jean Marie Atangana Mebara, Inoni Ephraïm, Gérôme Mendouga, Hubert Otele Essomba et autres sont poursuivis pour des crimes économiques.

C’est l’auteur de «Lettre d’ailleurs» qui en fait la démonstration lui-même. L’ex-ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de la République évoque, à travers son ouvrage, de nombreux extraits des investigations menées dans le cadre de l’aéronef à polémique. Quasiment imbriquées les unes dans les autres, Jean Marie Atangana Mebara met en lumière les investigations menées dans le cadre de la location d’un avion «de seconde main» dénommé «Albatros» et destiné aux déplacements du chef de l’Etat. Une affaire provisoirement suspendue à ce jour. En attente «des informations complémentaires et de première main en provenance de Boeing ». Comme le soulignent des sources proches du dossier.

La deuxième investigation concerne la « rupture abusive » du contrat établi entre la défunte compagnie aérienne Camair et Gia. Les griefs évoqués se résument alors en tentative de détournement de deniers publics estimés à 31 millions de dollars américains (plus de 15 milliards Fcfa, Ndlr). Mais aussi, relève une source proche de l’affaire, il est reproché à l’ex-secrétaire général de la présidence de la République « la prise d’intérêt de ses collaborateurs dans Assets portfolio management (Apm) ». Un grief auquel s’ajoutent les relations privilégiées entretenues par Jean Marie Atangana Mebara avec cette société d’autant que « Apm n’avait pas caché sa volonté de se substituer à Gia pour la livraison du Bbj 2 (l’Albatros, Ndlr) à la présidence de la République. », selon les confidences d’une source informée.

A ces griefs s’ajoutent des accusations de détournement de la somme de 1 milliard et demi Fcfa. Selon nos investigations, cette somme aurait transité par Apm pour le «paiement des loyers des avions de Ansetts » Des paiements que la comptabilité de la Camair affirme ne pas connaître. Lors des enquêtes, le directeur général adjoint de Asset portfolio management Sa, Hubert Otele Essomba verse un dossier de procédure bancaire, une lettre apocryphe signée par les responsables de Anssetts mais qui ne porte pas son nom. Un document dont l’authenticité est relativisée par la liquidation de la Camair et les enquêteurs.

«Instruction présidentielle»

Dans un message porté adressé par l’ex-ministre d’Etat secrétaire général de la présidence de la République, Jean Marie Atangana Mebara au secrétaire général des services du Premier ministre, mention est faite de l’audit des contrats de leasing d’aéronefs Camair. L’ex-Sg/Pr indique à cet effet que : «J’ai l’honneur de vous indiquer que le chef de l’Etat a ordonné la réalisation rapide d’un audit sur les contrats de leasing d’aéronefs par la Camair.» En clair, la correspondance du Secrétaire général de la présidence de la République instruit «d’engager un cabinet d’expertise. Notamment Aircraft portfolio management (Apm) de Londres. Les frais afférents à cette prestation sont à imputer à la rubrique des interventions d’Etat », précise la correspondance datée du 29 janvier 2003. Au bout du compte, pas moins de 4 milliards sont directement versés par la Société nationale des hydrocarbures (Snh) au bénéfice de Ansett.

La Standard chartered bank-Cameroon indiqué comme garant de la présentation de la compensation indiquera plus tard n’avoir trouvé aucune trace de cette transaction dans ses écritures comptables. Des sources proches du dossier indiquent que la somme d’argent à polémique aurait finalement été virée. Seule préoccupation, la date indiquée ne correspond pas avec les écritures contenues dans le livre comptable de la Camair. Dans la même période, la rubrique des paiements effectués par le ministre des Finances indique un virement de plus de 3 milliards 342 millions Fcfa pris en compte le 2 juillet 2003 alors que la date exigée pour le paiement, elle, indique le 1er juillet de la même année. Un «imbroglio», selon les enquêteurs qui émettent dès lors l’hypothèse d’un détournement de la somme de 4 milliards virée par la Snh.

Dans ce cas soutiennent des sources introduites, «il n’est plus question seulement de tentative de détournement de deniers publics, mais aussi de détournement de deniers publics en coaction d’une somme d’au moins égale à 657 511 470 Fcfa à l’encontre des nommés Atangana Mebara et Inoni Ephraïm. » C’est sur la même lancée que les enquêtes autour de l’affaire Albatros s’intéresseront aux 720 millions Fcfa virés à la perception de l’ambassade du Cameroun à Washington. Le virement effectué par le ministre des Finances et du budget et par l’ambassadeur du Cameroun à Washington, Gérôme Mendouga. Une somme, soutiendra une source proche de cette représentation diplomatique qui «a été gérée conformément aux instructions reçues de la présidence de la République.» Après production de certains « justificatifs», la somme présumée de détournement imputée à Jean Marie Atangana Mebara et Gérôme Mendouga sera définitivement ramenée à 120 millions Fcfa.

Des faits dont la plupart semblent élucidés par l’un des principaux accusés de cette histoire. Loin des évocations liées au G11, à la tentative d’assassinat du chef de l’Etat et autres.

Une enquête de Joseph OLINGA

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