04/05/2012 02:18:56
Douala : en attendant des batailles sur la voie publique
Ceux des habitants de Douala qui raffolent des émotions fortes seront bien servis dans les prochains jours. Avec la mise en application des nouvelles règles de la circulation dans la ville, le déguerpissement des vendeurs qui occupent les trottoirs et surtout les alentours du rond point de Deido.
Le Messager
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Douala

Ceux des habitants de Douala qui raffolent des émotions fortes seront bien servis dans les prochains jours. Avec la mise en application des nouvelles règles de la circulation dans la ville, le déguerpissement des vendeurs qui occupent les trottoirs et surtout les alentours du rond point de Deido.

En effet, depuis quelques semaines des banderoles surplonbent les grandes artères demandant aux conducteurs de taxis, cargos et moto-taxis de « respecter les points de chargement matérialisés » ; de « libérer le rond point des commerces » etc. Des panneaux indiquant les nouveaux sens interdits surgissent ça et là, des voies à sens unique sont tracées. La Communauté urbaine entend ainsi mettre un terme au désordre urbain.

Si les citadins de Douala pouvaient respecter cette louable initiative de la Communauté urbaine, on y gagnerait quelque chose. Au niveau de la fluidité de la circulation notamment. Des tentatives de discipliner les habitants de la métropole économique du Cameroun ne sont pas nouvelles. Mais on a l’impression que plus que partout ailleurs dans le monde, les mauvaises habitudes et l’esprit froideur font partie de la culture locale.

Autant le Cameroun est le pays du pire comme du meilleur, autant Douala ne déroge pas à cette règle. En son temps, Edouard Etondè Ekotto, alors délégué du gouvernement, avait juré de « mettre Douala au pas militaire ». Il a fait quelques actions d’éclat, certes, en libérant des drains, en faisant appel aux entreprises chinoises pour la construction des routes. Mais il a été ralenti dans son ardeur par les forces d’inertie. A Douala, ces dernières ont leurs barons, leurs shérifs et leurs têtes de Turcs. Au lieu du colt, c’est l’argent qui fait office de dernier argument de la mafia locale.

Nous sommes impatients de voir de quelle recette miracle dispose la Communauté urbaine pour amener l’automobiliste ou le motocycliste habitué à passer derrière la boulangerie Meno à Bonantonè pour atteindre le boulevard de la liberté à changer de direction. Le nouveau tracé de la ville impose à cet endroit un sens unique et contraire. Quels seront les effectifs de la police municipale appelée à faire respecter les nouvelles règles ?

Les usagers récalcitrants leur opposeront à tous les coups « qu’on a toujours circulé comme ça ». Ce ne sera pas facile. Surtout devant ceux qui « ne sont pas n’importe qui » et qui voudront prouver que « les lois sont faites par des hommes et qu’on peut bien les contourner ». Surtout quand on n’est pas tombé de la dernière pluie. Cela veut dire que si on n’est pas soit même membre de l’échiquier politique local ou national, on brasse d’importantes affaires ou alors on siège en bonne place dans les cercles ésotériques. Ou encore on a un parrain quelque part. Et de ce fait, on est «  à tu et à toi » avec le gouverneur, le péfet, le délégué du gouvernement, etc. le bouc du chef n’est-il pas le chef des chèvres?

Alors comment obéir à un « flicaillon » qui est sous les intempéries à longueur de journée soit disant  pour dire à ceux qui roulent carosse qu’ils doivent changer d’itinéraire. Il n’y a pas longtemps j’ai vécu à Bonabéri le spectacle d’un « élève magistrat » - c’est ainsi qu’il s’est présenté à la policière – qui lui intimait l’ordre de descendre sur la chaussée au lieu de rouler sur le trottoir à bord de sa Mercedès. N’est-ce pas ce monsieur qui devait, sous des cieux plus urbains, précher par l’exemple en se mettant à la file malgré les embouteillages ? Mais on est à Douala !

A Douala, pour montrer qu’on est quelqu’un ou qu’on a quelqu’un sur qui on compte, on investit les trottoirs, les places publiques. Avec l’onction des communes d’arrondissement qui prélèvent au passage la taxe d’occupation temporaire de la voie publique (Otvp). Et tant qu’on la paie, parfois on ne la paie même pas, la portion de trottoir qu’on occupe devient une forteresse personnelle, imprenable. Douala est une petaudière où chacun en fait à sa tête. Les panneaux et autres feux de signalisation, ce n’est pas pour les habitants de Douala. Chacun les viole royalement.

Tout cela se passe ainsi parce que les contrevenants ne sont pas sanctionnés. Le « petit » flic qui a le culot d’interpeller un malotru verra son supérieur se faire plus petit devant ce dernier. Un coup de téléphone est sans doute passé. Même ceux qui, ailleurs, respectent scrupuleusement les lois et règlements du pays hôte, à Douala, ils s’imaginent et se comportent comme dans une jungle, selon leurs caprices, leurs lubies, leurs intérêts individuels. Il est hors de question de changer de comportement et d’attitude. Même si les nouvelles règles vont dans le sens de l’intérêt général. « On a toujours fait cela, sans déranger quelqu’un, pourquoi faut-il changer aujourd’hui » ? Entend-on dire souvent.

Je ne veux pas être un oiseau de mauvais augure. Mais il y a fort à parier que les mesures d’assainissement  de la ville en gestation feront naître des poches de résistance qui vont se transformer en champs de bataille. Parce que l’indiscipline et le désordre sont ancrés dans les mœurs. Il faut déjà observer que les vendeurs installés aux alentours du rond point de Deido demeurent superbement indifférents aux messages des banderoles qui les invitent à « libérer de leurs commerces » ces lieux. « Pour aller où ? » rétorquent-ils.

De toutes les façons tous les marchés spontanés sont bien restés en place. Surtout celui de la casse, de la rue Anatole Ebongo, ancienne rue Dobell connue sous la dénomination populaire de : « rue de la casse ». Même les usagers de taxis se placent où ils veulent : à un virage ou à côté d’une poubelle, pour attendre et héler ce moyen de transport public. Cela fait partie des habitudes solidement ancrées à Douala. Tous les carrefours de Douala, en dehors de Bonanjo, sont des carrefours « benskin ». On va faire comment ?

J’attends de voir le sort qui sera réservé à ces espaces matérialisés pour chargement et déchargement.

Jacques Doo Bell

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