04/05/2012 02:48:25
Miss Black France. Une autre image de la femme noire
Enfantée dans la douleur, médiatisée dans la polémique, la première élection de Miss Black France s'est déroulé le 28 avril. Loin des clichés.
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Miss Black France

Enfantée dans la douleur, médiatisée dans la polémique, la première élection de Miss Black France s'est déroulé le 28 avril. Loin des clichés.

19h15 devant la salle Wagram. Deux cars de CRS branlent. Les policiers en faction se déploient pour empêcher une vingtaine de crânes rasés de franchir  l'avenue avec leur banderole. «A quand une Miss white France?». Slogan et chant d'un autre âge. «Dire qu'on en est encore là en France, en 2012», soupire Fred Royer, fondateur du concours Miss Black France, dont la finale s'est tenue le samedi 28 avril. «Quand je vois cela j'ai envie de pleurer».

Le happening raciste est venue clore une semaine chargée pour le journaliste. Monté dans une quasi indiférrence depuis un an, popularisé sur les réseaux sociaux et via son site Internet, son projet n'a reçu un brutal coup de projecteur qu'une poignée jours avant son aboutissement. «Lundi, nous avons reçu le soutien de Geneviève de Fontenay et du Cran (Conseil représentatif des associations noires). Ca a tout déclenché. Les dépêches AFP, les interviews des grands médias, France 2, France 3, les quotidiens….». Et la polémique de s'emballer.

Revendiquer dans la légèreté

Ses détracteurs ont dénoncé une élection réservée aux Noirs, agité le spectre de la communautarisation, parlent d'un concours ghetto. L'ancien président du Cran Patrick Lozès évoque dans Le Monde «une défaite de nos valeurs, de la lutte contre les discriminations» et appelle plutôt à ce que «le concours de Miss France n'oublie personne». Un voeu pieu? Cinq femmes noires seulement ont été sacrées reines de beauté françaises dans l'histoire, selon des canons blancs.

«Le débat démontre que notre action soulève un problème, décrit Fred Royer. Les femmes noires n'ont pas accès à la une des magazines de modes, les mannequins sont souvent obligés d'aller chercher du travail à Londres. Avec cette élection, on a voulu célébrer la beauté noire et revendiquer une place qui n'est pas donnée à ces filles sans les soumettre à des clichés ou les faire rentrer dans le moule habituel des Miss France, pas assez représentative de la diversité». Agir plutôt qu'attendre une main qui a du mal à se tendre.

La cérémonie n'a pas échappé aux standards du genre. Défilé en talons, parades en maillots de bain et robes de mariée, sourires parfois un peu figées. Mais une certaine légèreté s'est dégagé de la soirée, loin de la polémique et en musique.

Une autre image de la femme noire

Miss Black France
Les 600 à 700 spectateurs présents dans le public n'hésitent pas à hurler leur préférence. Le jury présidé par Vincent MacDoom prend ses aises pour délibérer dans une ambiance bonne enfant.

Choisies parmi un millier de candidates, les finalistes déroulent des CV impressionnants. Etudiantes en écoles de commerces, en Science Po, en Master de Management, Ingénieures informatique présentent des cursus assez éloignés des stéréotypes véhiculés lors des concours plus installés et guindées. Une autre image de la femme noire.

Au moment de recevoir sa couronne, Mbathio Beye, jeune sénégalaise de 21 ans ne pousse pas de cri strident. Elle s'amuse. L'organisation a le plus grand mal à enfiler le diadème sur la chevelure crêpue de l'étudiante en marketing. Une scène symbole. «Le jour où on verra cela à Miss France, confie un des membres du comité d'organisation, Miss Black France n'aura plus de raisons d'être».

Et les cars de CRS n'auront plus besoin de stationner...

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