04/05/2012 03:20:44
Cameroun. Ces affaires d'Etat que révèle Marafa Hamidou Yaya
Cette lettre ouverte met Paul Biya à genoux devant le peuple camerounais, tout en indiquant clairement que le prince n’est pas toujours en odeur de sainteté avec ses collaborateurs. A l’exemple de Marafa Hamidou Yaya qui dit avoir  déposé auprès de son mentor sa lettre de démission à deux reprises. Simple manifestation d’une frustration légitime ou signes précurseurs d’une fin de règne atroce pour Paul Biya ? Wait and see.
Le Messager
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Marafat Hamidou Yaya

L’ancien ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation (Minatd),  détenu à la prison centrale de Kondengui met la République dans la rue.

Le procès que l’appareil judiciaire camerounais s’apprête à ouvrir contre Marafa Hamidou Yaya au sujet de la retentissante affaire Albatros s’annonce très riche en révélations. Jamais dans l’histoire de l’opération Epervier un présumé détourneur de fonds publics n’était sorti de sa réserve, pour révéler la face cachée de Paul Biya, et ses méthodes de gestion. Même Emmanuel Gérard Ondo Ndong, l’ancien directeur général du Fonds spécial d’intervention et d’équipement inter communal (Feicom), qui avait présenté les allures d’un homme libre et prêt à tout déballer au début de son procès, s’est par la suite terré dans un silence assourdissant sur les financements qu’auraient reçu les structures crées par la première dame.

Mais Marafa n’entend pas  mourir en solitaire. Le tout puissant ancien Minatd, écroué à la prison centrale de Kondengui depuis le 16 avril 2012, après un bref interrogatoire au bureau du juge d’instruction Magnaguemabé a écrit au président de la République en milieu de semaine.

La lettre ouverte de Marafa Hamidou Yaya adressée à son mentor présente de manière exhaustive des révélations bouleversantes. Ce fils de la région du Nord Cameroun rapporte par exemple qu’après la présidentielle de 2004, il avait conseillé au chef de l’Etat de travailler d’arrache pied pour sortir honorablement de la scène politique à la fin de la réalisation des grandes ambitions. Une façon claire de demander à Paul Biya de ne plus se porter candidat à sa propre succession en 2011.

« Etait-ce un crime de lèse majesté ? C’est possible ! Mais, j’exprimais sincèrement ce que je pensais à l’époque être dans votre intérêt et dans celui de notre pays », écrit Marafa Hamidou Yaya du fond de sa cellule. L’autre scandale révélé par ce « grand prisonnier », c’est que Paul Biya est conscient qu’il spolie le contribuable camerounais, en faisant récompenser ostentatoirement ses petits copains politiques avec le trésor public, à travers des postes ministériels superflus  et saugrenus.

Illustration : Au cours d’une audience à lui accordée par le chef de l’Etat à l’issue de la présidentielle de 2004,  Marafa rappelle clairement à son interlocuteur que le gouvernement de 65 membres est pléthorique. Réponse de Paul Biya : « …Monsieur le ministre d’Etat, vous êtes combien de ministres dans ce gouvernement ? Peut-être dix (10) ou quinze (15) tout au plus. Le reste, ce sont des fonctionnaires à qui j’ai donné le titre». Un aveu qui,  sous d’autres cieux, aurait soulevé plus d’un.

Rumeurs et pouvoirs

Un autre pan de cette lettre ouverte porte sur la gestion des affaires de l’Etat sur la base des rumeurs. Il est clair à la lecture de cette correspondance, que Paul Biya  prend certaines grandes décisions engageant la vie de la nation sur la base de  simples ragots. Sinon comment comprendre que monsieur Biya crédite un rapport à lui adressé le 24 juillet 2008 par son neveu Mvondo Assam, qui souligne l’ambition présidentielle qui anime Marafa Hamidou Yaya ?

Interpellé à ce sujet par le désormais pensionnaire de la prison centrale de Kondengui, Paul Biya, se contente de répondre que son neveu ne sait pas ce qu’il fait. Alors qu’il est quand même vice-président de la commission de défense et de sécurité à l’Assemblée nationale. Toujours est-il que moins de 2 ans après, Marafa Hamidou Yaya est frappé d’une interdiction de sortir du territoire national. Comble d’humiliation.

L’ancien ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation qui «entrait sans frapper » chez le chef de l’Etat se fait recevoir quelques jours avant la convocation du corps électoral par le directeur du cabinet civil. Ce qui n’était jamais arrivé. « Celui-ci m’a dit qu’il me recevait en votre nom et que vous vouliez savoir si j’allais me présenter contre vous à cette élection. J’ai été choqué car ce faisant, vous donniez du crédit à la rumeur qui vous avait été maintes fois rapportée selon laquelle j’aurais crée un parti politique clandestin », se remémore  Marafa dans sa lettre ouverte.

En clair, cette lettre ouverte met Paul Biya à genoux devant le peuple camerounais, tout en indiquant clairement que le prince n’est pas toujours en odeur de sainteté avec ses collaborateurs. A l’exemple de Marafa Hamidou Yaya qui dit avoir  déposé auprès de son mentor sa lettre de démission à deux reprises. Simple manifestation d’une frustration légitime ou signes précurseurs d’une fin de règne atroce pour Paul Biya ? Wait and see.

Joseph Flavien KANKEU

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