07/05/2012 04:23:55
Opération épervier. A cheval entre la politique et la Justice
Depuis le milieu du mois d’avril, les événements politico-judiciaires se suivent à un rythme effréné, comme un timing voulu et pensé, qui annonce d’autres faits majeurs dans les prochaines semaines ou mois.
Le Messager
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Marafat Hamidou Yaya

Depuis le milieu du mois d’avril, les événements politico-judiciaires se suivent à un rythme effréné, comme un timing voulu et pensé, qui annonce d’autres faits majeurs dans les prochaines semaines ou mois.

Entre l’interpellation de Marafa Hamidou Yaya, ancien ministre d’Etat, chargé de l’Administration territoriale et de la Décentralisation Inoni Ephraïm, et de l’ancien Premier ministre et l’acquittement de Atangana Mebara pour faits non établis sur trois des cinq chefs d’inculpation en jugement, Joseph Anderson Le, chef de la cellule de communication de la présidence de la République, a eu le temps de jeter un pavé dans la mare en commettant une tribune libre dont l’économie nous apprend que l’opération Epervier est rien moins qu’une campagne d’assainissement de mœurs publiques, contrairement à la version répandue d’épuration politique.

Il écrit : «L’interpellation, le lundi 16 avril 2012 à Yaoundé, de deux personnalités ayant occupé de hautes fonctions au sein de l’appareil étatique et leur mise en détention préventive ont suscité des réactions contrastées dans l’opinion, et en particulier, dans la presse nationale et internationale». Cette sortie du cabinet civil rappelle étrangement celle du secrétariat général de la présidence en 1987. Apres le limogeage de W. Eteki Mboumoua qui fut l’ancien patron de Biya du temps d’Ahidjo, avant de devenir plus tard à l’avènement du Renouveau, son ministre des Affaires étrangères, le gouvernement cru bon de se fendre d’un communiqué laconique où l’opinion publique sidérée apprendra que le ministre Eteki Mboumoua avait été limogé pour « faute lourde ». Cette fois-ci, il s’agit d’un véritable plaidoyer pro domo du régime qui se défend ainsi d’instrumentaliser l’incarcération des personnalités politiques.

«Cette opération se fonde sur les faits palpables, objectifs et rigoureusement vérifiables, si tant est que le souci de ceux qui s’obstinent aujourd’hui à prendre à partie les institutions étatiques soit de connaître la vérité et de la faire partager à l’opinion nationale et internationale». Du coup, Joseph Le a ressorti des placards les poncifs devenus obsolètes et auxquels personne, même pas son initiateur ne donne plus du crédit : «Il convient, dès lors, de rappeler que la lutte contre la corruption ne date point d’aujourd’hui, et qu’elle trouve ses racines profondes dans les préceptes de rigueur et de moralisation prônés dès les tout premiers moments de l’accession du président Paul Biya à la magistrature suprême du Cameroun».

A première vue, rien de véritablement nouveau sous le soleil, tant les mêmes arguments ont été ressassés lors des interpellations similaires ayant impliqué ceux-là qui ont été présentés comme « membres du G11 » dont l’objectif serait la conquête du pouvoir suprême, pendant que l’Etat faisait prévaloir sa détermination à assainir les mœurs. Mais le régime, n’en démord pas.

Procédures embourbées

L’arrestation de Marafa et de Inoni l’a fait sortir de ses gonds, tentant ainsi une explication de texte qui ne convainc pas grand monde : «Plutôt que de célébrer le retour au Renouveau originel tant réclamé, plutôt que de saluer l’avènement de la « République exemplaire » tant souhaitée et si chère au promoteur du Renouveau national, adepte de la politique de rigueur et de moralisation, d’où vient-il que l’on veuille assimiler et réduire un combat aussi noble à quelque opération de cure ou d’épuration politique ? D’où vient-il que l’on aille chercher si loin dans le temps et dans l’espace géographique, pour comparer le Cameroun de Paul Biya à un régime dont les méthodes sont restées tristement célèbres depuis le début du 20ème siècle? D’où vient-il que ceux-là mêmes qui, hier, taxaient le régime du Renouveau d’indolent, de laxiste, d’inerte ou encore de « paradis de l’impunité, s’émeuvent tant lorsque la phase répressive du processus d’assainissement des mœurs publiques est rendue effective ? »

C’est donc clair que le patron de la communication de Paul Biya tente de restaurer la crédibilité de l’Opération épervier, là où les procès sélectifs et procédures embourbées inclinent au doute. En effet, ce n’est pas depuis l’arrestation de Marafa et Inoni que l’Opération épervier est soupçonnée de régler des comptes politiques. Selon un observateur, évoquant l’affaire Atangana Mebara, «le déroulement de certaines affaires laisse perplexe, les choses se passent comme s’il était interdit à la Justice de relâcher un de ces dignitaires, quand bien même le motif initial de leur incarcération fondrait sous le poids de contre arguments et contre preuves. Manifestement, la décision de l’embastillement précède celle de l’enquête, d’où cette sorte d’enlisement dans certaines affaires. Les populations attendaient peut-être des procès, mais des vrais. Transparents et équitables, en tout cas pas à tête chercheuse».

Edouard Kingue

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