07/05/2012 04:48:18
Cameroun. Bilan aigre des six premiers mois des « grandes réalisations »
Les projets structurants dans la léthargie. Du sang en lieu et place des projets sociaux...
Le Messager
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Paul Biya

Inertie. Les grands projets structurants dans la léthargie 

Et le président de la République est à l’origine de cette situation pour certains de ces projets, alors qu’il avait invité les Camerounais à l’action.

Il en avait fait un de ses thèmes de campagne en 2011 : les grands projets structurants. Le président de la République avait même marqué un coup en allant boucler sa campagne à Kribi, le 8 octobre, à l’occasion de la pose de la première pierre du port en eau profonde que les Chinois construisent à une trentaine de kilomètres du centre de cette ville balnéaire. Lors de cette cérémonie, le président de la République avait réitéré la promesse faite pendant le congrès de  son parti, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc). Le chef de l’Etat avait alors promis au peuple camerounais de faire du pays un grand chantier dès janvier 2012. Mais, depuis le début de cette année que le peuple attend, il ne voit rien démarrer de manière concrète.

Parmi les grands projets structurants sur lesquels le Cameroun veut s’appuyer pour impulser son développement, tous semblent en effet sombrer dans la léthargie. Commençons par le projet de construction du barrage hydroélectrique de Lom Pangar, à l’Est du pays. Le financement est prêt. Les populations déguerpies ont été indemnisées et occupent déjà leurs nouveaux domiciles. La cité des cadres est construite. L’entreprise chargée de la construction a même déjà signé des contrats avec des partenaires, à l’exemple de Tradex qui sera chargée de livrer le carburant pour les engins.

Malheureusement, les travaux de l’ouvrage n’ont pas encore démarré. Et pour cause : on attend que Paul Biya daigne insérer dans son calendrier la pose de la première pierre. Deux tribunes sont déjà construites à cet effet depuis l’année dernière. L’on avait pensé qu’il le ferait pendant la campagne électorale pour la présidentielle. Mais, jusqu’à présent, rien.

Barrage et autoroute

Toujours dans le sillage des barrages hydroélectriques, il y a celui de Memve’ele, dans la région du Sud. Lui aussi attend avec impatience l’arrivée du président de la République pour procéder à la pose de la première pierre. Or, il se peut que le programme d’accompagnement socio-économique ait été insignifiant en ce qui concerne le dossier relatif aux indemnisations des populations. Par ailleurs, la route d’accès au site de l’ouvrage piétine. L’entreprise Syno Hydro n’a, en effet, pas beaucoup progressé dans les travaux. Or, cette voie d’accès, longue d’environ 90 kilomètres, est capitale puisqu’elle doit permettre l’acheminement des matériels et matériaux pour la construction du barrage. Là encore donc, on assiste à la léthargie d’un «grand projet structurant».

Un autre grand projet structurant du septennat des « grandes réalisations » : celui de la construction de l’autoroute Douala – Yaoundé. En ce qui concerne cette autoroute que l’on reconnaît volontiers comme essentielle pour l’économie du pays, Exim bank of China, auprès de laquelle le Cameroun avait sollicité le financement, a déjà accordé une ligne de crédit de 245 milliards Fcfa pour commencer au moins la première phase, Douala – Yaoundé. Mais là encore, c’est l’immobilisme.

Alors que l’on attendait que Paul Biya (encore lui) signe le décret autorisant le gouvernement à finaliser la convention de prêt, le président de la République est resté silencieux, malgré les relances des Chinois. Une réunion à la présidence de la République en mars dernier, a permis de tomber les masques. Les reproches : l’autoroute Douala – Yaoundé est trop chère, les études ne sont pas faites, le tracé est insatisfaisant, et le Cameroun ne peut pas accepter la proposition de la Chine étant donné que sa dette pour l’année budgétaire en cours est plafonnée à 200 milliards Fcfa, bien en dessous des 245 milliards Fcfa de Exim bank of China.

Finalement, il a été demandé au Premier ministre de reconsidérer le dossier. Ce qu’a d’ailleurs confirmé le ministre des Travaux publics vendredi dernier face à la presse. Patrice Amba Salla explique que le projet avance sereinement, de manière méticuleuse, et que le gouvernement examine les différentes propositions avant de déterminer son choix définitif.

Immobilisme au sommet

Seul bémol dans cette situation d’immobilisme, et même si l’ouvrage avait commencé bien avant la promesse de Paul Biya, c’est le port en eau profonde de Kribi. Les travaux de construction de cet ouvrage avaient démarré en décembre 2010. Et selon les ingénieurs de la China harbour engeneering company (Chec) le calendrier arrêté pour les travaux suit normalement son cours et le port devrait accueillir les premiers navires en 2014. En avril dernier, une mission du ministère de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire y avait effectué une descente avec des journalistes pour constater que la construction de la digue de protection (partie essentielle du port) était très avancée.

En définitive, et contrairement à ce qu’il avait dit lors de sa prestation de serment le 3 novembre 2011, lorsqu’il affirmait que « l’heure est à l’action », c’est pratiquement l’inaction. Du moins pour ce qui est de certains grands projets structurants. Et le constat est d’autant plus grave quand on se rend compte que ce n’est pas seulement du fait du gouvernement ou des partenaires, mais de lui.

Alain  NOAH AWANA

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