08/05/2012 02:25:27
Syrie : la pire crainte de l'Occident
Voilà ce qui avait était prévu pour la Syrie, et planifié depuis des années dans des hauts comités des ministères de la défense et des services de renseignement US, britanniques et français. Mais contrairement à la Libye, cette fois le plan n’a pas fonctionné.
Le grand soir
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La stratégie était simple, claire et éprouvée. Elle avait été employée avec succès non seulement en Libye, mais aussi au Kosovo (en 1999), et avait été rapidement mise en œuvre en Syrie. Voici ce qui était prévu : former des mercenaires pour lancer des provocations armées ; qualifier la riposte du gouvernement de génocide ; forcer la main du Conseil de Sécurité de l’ONU pour admettre « qu’il fallait faire quelque chose » ; écraser l’armée et toute forme de résistance avec des bombes à fragmentation et des missiles Hellfire ; et finalement instaurer un gouvernement faible et servile qui signerait de nouveaux contrats et alliances rédigés à Londres, Paris et Washington, tandis que le pays s’entre-déchirait.

Le résultat prévu était d’arracher le cœur de « l’axe de résistance » entre l’Iran, la Syrie et le Hezbollah, pour isoler l’Iran et laisser les mains libres à l’Occident pour attaquer l’Iran sans crainte de répercussions régionales.

Voilà ce qui avait était prévu pour la Syrie, et planifié depuis des années dans des hauts comités des ministères de la défense et des services de renseignement US, britanniques et français. Mais contrairement à la Libye, cette fois le plan n’a pas fonctionné.

D’abord, il y a eu le veto russe et chinois contre la résolution sur le « changement de régime » au Conseil de Sécurité en octobre 2011, suivi par un deuxième veto en février de cette année. Ce qui signifie que toute attaque de l’OTAN contre la Syrie ne pourrait pas se prévaloir de l’accord de l’ONU et serait perçu comme un acte d’agression unilatéral non seulement contre la Syrie mais potentiellement contre la Chine et la Russie aussi.

Aussi vicieux et irresponsables qu’ils soient, même Cameron, Sarkozy et Obama n’ont pas nécessairement l’étoffe pour mener ce genre de bataille. Il ne restait plus alors qu’à confier la destruction de l’état syrien aux mercenaires de l’OTAN sur place, l’Armée Libre Syrienne » - un ramassis de milices locales et (de plus en plus) étrangères, en majorité des extrémistes salafistes, avec une poignée de déserteurs ainsi que des forces spéciales occidentales.

Mais cette armée n’avait pas été créée pour abattre l’état syrien, une tâche qui était censée revenir à l’OTAN. Comme en Libye, le rôle des milices était simplement de provoquer des représailles de l’état afin de justifier une guerre éclair de l’OTAN. Sans aide extérieure, ces forces n’ont aucune chance de remporter une victoire militaire, chose que beaucoup d’opposants ont réalisée.

« Nous ne croyons pas que l’Armée Libre Syrienne puisse aider la révolution syrienne » a récemment déclaré le dirigeant du mouvement interne de la résistance syrienne, Haitham Al-Manna. « Il n’y a pas d’exemple d’une lutte armée victorieuse contre un régime dictatorial. » Bien sûr, on pourrait lui citer Cuba ou le Vietnam du sud, et beaucoup d’autres, mais ce qui est certainement vrai est que la lutte armée seule n’a jamais réussi lorsque le gouvernement est la seule partie en présence à bénéficier d’un soutien significatif auprès de la population, comme c’est le cas en Syrie.

La réalité s’est brutalement imposée au début du mois de mars lors de la bataille décisive autour du quartier Baba Amr dans la ville de Homs. On disait que c’était le fief de l’Armée Libre Syrienne, où elle a pourtant été encerclée et défaite, annonçant d’autres défaites similaires dans les zones qu’elle contrôlait encore. Les groupes d’opposition prennent conscience que leur meilleure chance pour obtenir un changement significatif n’est pas par les armes, un combat où ils ont toutes les chances de perdre et par la même occasion de se faire tuer et aussi de perdre leur soutien et crédibilité, mais par la voie de négociations et de la participation au processus de réformes et de dialogue que le gouvernement a offerts.

Une telle perspective – la fin de la guerre civile et une paix négociée qui aboutirait à des réformes politiques sans déstabiliser le pays – a provoqué une certaine fébrilité chez les puissances impérialistes. Malgré leurs affirmations contraires, la dernière choses qu’elles veulent est une Syrie stabilisée car cela permettrait à la Syrie de demeurer un état fort, indépendant et anti-impérialiste – exactement le contraire du résultat recherché.

Ainsi, quelques jours après le plan de paix de Kofi Annan à la fin du mois de mars qui avait été positivement accueillie des deux côtés, les puissances impérialistes ont ouvertement promis, pour la première fois, des millions de dollars à l’Armée Libre Syrienne : en matériel militaire, pour payer ses soldats, et pour verser des pots de vin aux forces gouvernementales pour provoquer des désertions. En d’autres termes, terrifiées à l’idée de voir la guerre civile en Syrie s’éteindre, elles cherchent à l’institutionnaliser. Si la possibilité de provoquer un changement violent de régime semble s’éloigner, il leur reste l’espoir d’affaiblir le pays et de le mettre à genoux en l’obligeant à dépenser son énergie dans une guerre civile.

Au risque de faire apparaître le Conseil National Syrien comme étant encore plus en dehors des réalités et déconnecté des Syriens ordinaires qu’elle ne l’est déjà, les soutiens occidentaux de l’organisation ont augmenté la pression pour lui imposer cette stratégie, en allant jusqu’à lancer ouvertement des appels aux dirigeants du CNS en faveur d’un armement à grande échelle de la rébellion et d’un bombardement aérien par l’Occident.

Ce qui a provoqué de très grosses tensions au sein de l’organisation et trois de ses membres dirigeants viennent de la quitter le mois dernier parce qu’ils refusent d’être « les complices d’un massacre du peuple syrien par des manœuvres, des mensonges et la monopolisation des prises de décision. » Le CNS, selon un des trois, Kamal Al-Labwani, est «  soumis à des objectifs de l’étranger qui visent à prolonger la bataille en attendant... que le pays soit entraîné dans une guerre civile. »

Ce mois-ci, un des rares dirigeants du CNS à être actuellement basé en Syrie, Riad Truk, a appelé l’opposition à accepter le dialogue avec le gouvernement – un appel qui n’a pas été relayé par ses collègues à l’étranger. De même, le principal groupe d’opposition pacifique en Syrie – le Comité de Coordination Nationale – a quitté le CNS à cause de son rôle de plus en plus agressif et de porte-parole des puissances étrangères.

Le dirigeant du CCN, Al-Manma, s’en est récemment pris à l’Armée Libre Syrienne en déclarant « la militarisation de la révolution syrienne signifie la mort de la révolution interne... Nous savons que le gouvernement turc joue un rôle important dans les décisions politiques de l’Armée Libre Syrienne. Nous ne croyons pas qu’un groupe armé puisse être basé sur le territoire turc tout en restant indépendant des décisions turques. »

Il y a donc cette idée qui fait son chemin, y compris au sein du mouvement d’opposition syrien lui-même, que l’Armée Libre Syrienne ainsi que le Conseil National Syrien sont tous deux au service des intérêts de puissances étrangères qui cherchent à prolonger une guerre civile inutile.

Les politiciens occidentaux jouent à un jeu dangereux. A part une attaque par l’OTAN, leur meilleure option pour déstabiliser et neutraliser la Syrie est de faire échouer tout cessez-le-feu et prolonger les combats. Dans cette optique, ils sont en train d’encourager les milices mercenaires de multiplier les provocations : le but des déclarations du Secrétaire d’Etat US Hillary Clinton et du Ministre des Affaires Etrangères français Alain Juppé sur « d’autres mesures » encore envisageables est de préserver dans l’esprit des rebelles l’idée qu’une attaque de l’OTAN est encore possible et de les encourager à poursuivre les combats.

De fait, beaucoup de nouveaux combattants ont été acheminés dans le pays au cours des dernières semaines, selon le Washington Post, et ils ont lancé des attaques à la bombe dévastatrices à Damas et Aleppo. L’ambassadeur US en Syrie Robert Ford est un protégé de John Negroponte, qui a organisé les escadrons de morts pour déstabiliser le Nicaragua dans les années 80 (et qui fut aussi ambassadeur US en Irak – et qui dirige encore aux dernières nouvelles la NSA, l’agence qui chapeaute tous les services secrets US – NdT) ; il est très probable qu’il ait organisé des groupes similaires en Syrie et pour les mêmes objectifs lorsqu’il était encore en poste l’année dernière.

Néanmoins, le programme de déstabilisation ne se passe pas comme prévu. L’opposition interne en Syrie devient de plus en plus frustrée devant le cours des événements, et une scission fait jour entre ceux qui sont basés à l’étranger, contents de voir la Syrie condamnée à la destruction pour la plus grande satisfaction de leurs bailleurs de fonds et de leurs carrières, et ceux qui ont à subir les conséquences.

Les attaques irresponsables lancées par les milices armées les coupent de plus de plus de ceux qui avaient une certaine sympathie pour eux, surtout depuis que les dirigeants à l’étranger se révèlent de plus en plus pour ce qu’ils sont. Ayant montré leur incapacité à libérer et occuper un territoire, ces milices se livrent à des tactiques de guérilla. Mais la guérilla, comme l’a dit Mao, est comme un poisson qui ne peut survivre que dans l’eau du soutien populaire. Et l’eau est en train de s’évaporer rapidement.

Dan Glazebrook

http://weekly.ahram.org.eg/2012/1096/op8.htm

Traduction "John Negroponte, Robert Ford... année après année, d’un continent à l’autre, on retrouve les mêmes fils de p..." par VD pour le Grand Soir avec probablement les fautes et coquilles habituelles.

Dan Glazebrook

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