10/05/2012 01:00:47
Le Cameroun, un pays extraordinaire
Mamadou, un viel ami originaire d’un pays de l’Afrique de l’Ouest m'a demandé: Chez vous, vous plantez au balcon et cela pousse, vous avez un pays extraordinaire ! Mais je constate que d’année en année votre pays dépérit, qu’est-ce qui vous est arrivé ?
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Extraordinaire,

-    Par ses sols
-    Par son sous-sol
-    Par son climat
-    Par ses hommes et femmes etc.

Mamadou, un viel ami originaire d’un pays de l’Afrique de l’Ouest  apprécie et visite notre pays depuis un certain temps. Dernièrement lors d’une énième visite, il m’a dit ceci : nous nous agitons beaucoup sur le plan international, mais tu sais en réalité nous n’avons que du sable chez nous, il faut souvent faire des incantations pour avoir une pluie. Chez vous, vous plantez au balcon et cela pousse, vous avez un pays extraordinaire ! Mais je constate que d’année en année votre pays dépérit, qu’est-ce qui vous est arrivé ? 

Devant cette remarque cinglante d’un observateur averti de notre pays, je ne pouvais pas tricher dans ma réaction. Je lui ai tout simplement dit qu’il y a ce que Dieu donne : un environnement favorable, la richesse du sol et du sous- sol, etc., mais il faut de la sagesse et de l’intelligence des hommes pour transformer tout ceci en prospérité,  en bien-être. C’est donc dire que nous n’avons pas des hommes et des femmes sages et  intelligents ? Que non, là aussi nous avons été gâtés par la providence divine.Ce qui pose problème c’est notre « casting » des hommes qui est exécrable. Un bon Casting permet de mettre l’homme qu’il  faut à la place qu’il faut.

Ce qui précède indexe la gouvernance de notre pays. La gouvernance doit non seulement mettre en place  un casting qui permet de sélectionner les meilleures compétences pour bâtir le pays, mais reposer elle-même sur des textes normatifs stables et inviolables, des institutions indépendantes, neutres. Nous avons mal à notre gouvernance. Gouverner un pays ne peut être assimilé à une partie de « damier » ou de « songo ». Nous ne vous ferons pas dans le cadre de la présente communication, un diagnostic de la gouvernance, nous pensons que la société civile, les médias, les experts et les organisations internationales le font avec plus de profondeur. Notre introduction n’est que le  prélude à ce que nous considérons comme une énième imposture du Renouveau national. L’actualité immédiate  met face à face  deux préoccupations majeures de la vie nationale. D’une part la nécessaire lutte contre les détournements publics et d’autre part l’élaboration d’un code électoral unique consensuel. A notre humble avis on ne saurait les mettre dans un même panier.

Pour une fois les Camerounais naïfs ont applaudi des deux mains lorsqu’enfin le monarque d’Etoudi a ouvert la porte à la refonte des lois disparates régissant les élections et l’élaboration d’un code électoral unique. Lorsque nous parlons de naïfs, loin de nous toute arrogance, nous voulons simplement relever que  tous ceux qui observent avec une certaine acuité les actes que pose le Chef de l’Etat, savent très bien qu’avec Monsieur Biya un train peut en cacher un autre et même plusieurs autres.

L’élaboration d’un code électoral consensuel, les élections à deux tours, etc., permettent de mettre en place des instruments d’une véritable démocratie, donnent la légitimité aux hommes et femmes appelés à gérer notre pays. L’élaboration d’un code électoral unique est donc d’une importance capitale. L’ouverture saluée et applaudie du Chef de l’Etat a  comme d’habitude accouché d’une souris. Le texte que vient d’adopter l’assemblée (Rdpc) est une imposture. Le code électoral unique est une revendication des partis politiques, de la société civile, des organismes internationaux qui datent de plusieurs années.

Après plusieurs années de sourdes oreilles, un navet vient de nous être servi en guise de réponse, c’est une insulte et une arrogance inqualifiables. Des velléités de manifestations ont été violemment dispersées par la soldatesque de service, comme quoi on ne change pas des méthodes qui gagnent (au Cameroun).  Face à la levée de boucliers des partis politiques, de la société civile, de la déception des pays amis et autres  organisations internationales, le monarque recourt à une tactique éculée : la diversion, à savoir servir à la nation et à la communauté internationale un puissant  dérivatif.

En Grèce Antique les monarques d’alors pour calmer les ardeurs d’un peuple surexcité ou  simplement solliciter ses bonnes grâces, jetaient en pâture aux lions dans  l’arène quelques pauvres chrétiens sur lesquels étaient focalisées toutes les rancœurs des populations.

Monsieur Biya  n’est pas dupe, il mesure la profonde déception causée par  ce code électoral inique qui vient d’être voté, et n’a donc pas lésiné sur les moyens pour créer la diversion, il a mis sur la table, jeté en pâture sous le couvert de l’opération épervier deux illustres personnalités de l’Etat autour desquels l’épervier tournait depuis plusieurs années sans jamais les inquiéter. Il s’agit en l’occurrence de l’ex-Premier Ministre et de l’ex-Ministre de l’Administration Territoriale.

Cette fois le bouchon est très gros et nous ne pouvons nous taire, le faire c’est nous transformer en complices conscients ou inconscients du système archaïque et roublard qui nous gouverne. Loin de nous de verser quelques larmes de crocodile pour tous ceux qui ont porté atteinte à la fortune publique, car les conséquences de leurs actes criminels ont plombé durablement le développement de notre pays. Ceci dit, il faut relever que l’opération épervier, telle qu’elle est mise en œuvre pose problème, elle instaure une justice à  géométrie variable, on ne sait toujours pas pourquoi un tel ou un tel est pris et pourquoi un tel autre est laissé en liberté.

Cela crée un profond malaise.

Dans un pays où la séparation des pouvoirs à une signification, la justice n’a pas besoin d’épervier pour traquer les détourneurs des fonds publics. Lorsque l’on constate la sélectivité avec  laquelle l’épervier attrape ses proies, on est en droit de se demander si réellement cet organe avait été mis en place pour traquer les gestionnaires indélicats ou pour servir simplement de chicotte personnelle à Monsieur Biya pour régler ses comptes.
On fait inutilement à notre avis des vagues autour de cette opération car elle n’est bénéfique ni sur le plan de l’économie, ni pour la morale, ni même pour la justice.

Sur le plan de l’économie, il était question de rapatrier  les fonds détournés, pour cette fin on a payé royalement  (des milliards) des experts, et au jour d’aujourd’hui aucun copeck n’a été récupéré ! Sur le plan de la morale, elle devait assainir les comportements et dissuader les éventuels détourneurs, aucun de ces deux objectifs n’a été atteint, l’épervier vole tellement haut et passe le  plus  clair de son temps  à faire des ronds qu’il ne fait plus peur à personne.

Quant à ce qui concerne la justice,  la manière par laquelle cette opération est gérée n’honore pas cette institution, les dossiers sont mal ficelés, les montants des fonds supposés détournés par les un et les autres fondent comme du cire au fil des audiences. Une justice digne de ce nom doit juger les personnes inculpées dans des délais raisonnables et non les laisser croupir pendant des années sans jugement, c’est malsain. Les espoirs et l’euphorie qui  ont entourés les premières arrestations se sont évanouis, compte tenu de la manière donc cette opération est pilotée et les présentes arrestations et celles qui suivront sans doute au gré des humeurs du monarque sont des non évènements. On a fait pendant près de trente ans un usage abusif de la ruse et de la roublardise dans la gestion de l’Etat. Ces pratiques mafieuses ont cependant des limites. Un dicton populaire reprenant la pensée d’un sage dit : « on peut tromper une personne tout le temps, mais on ne peut tromper tout le peuple tout le temps ».

Le peuple souverain en a marre et ne se laissera pas distraire une énième fois. Ce qui est important, capital pour notre pays à l’heure actuelle, ce n’est pas l’arrestation sélective de quelques membres du club tombés en disgrâce et même par  extraordinaire le rapatriement de quelques milliards ; c’est plutôt et cela a été identifié  depuis des lustres, la mise en place d’un système électoral neutre transparent  qui permettra de sélectionner des hommes et des femmes de valeur pour relever et rebâtir le pays. 

Nous attirons donc l’attention du peuple, de la société civile, de la communauté internationale, des médias sur cette manœuvre de Monsieur Biya qui tente de détourner l’attention de l’essentiel (le code électoral) pour la focaliser sur l’accessoire (l’opération épervier très spéciale). Nous dénonçons avec vigueur cette manœuvre malhonnête et refusons de jouer le jeu de Monsieur Paul Biya. On nous a claironnés pendant des années que la politique de la chaise vide est contreproductive.

Cet argument qui ne tient pas complètement la route au Cameroun a servi à certains pour justifier leur présence dans cette Assemblée monocorde. En tant que représentant du peuple, le député n’a pas été élu pour aller « chauffer» un fauteuil  à l’Assemblée, et recevoir quelques prébendes, mais surtout pour défendre les intérêts de ce peuple souverain. Qu’ils soient de ce que l’on appelle somptueusement majorité présidentielle ou de l’opposition, leurs voix sont étouffées par le vacarme du Rdpc, leurs actes et propositions écartés d’un revers de main  avec mépris. Lorsqu’ils sont écoutés c’est par pure politesse du Rdpc. Ils n’ont pas voix au chapitre.

La souveraineté appartient au peuple,  que vous soyez député Rdpc, de la majorité présidentielle ou de l’opposition, vous aurez des comptes à rendre à ce peuple  devant l’histoire. Le Rdpc a anesthésié, endormi, tué la conscience, etc., de ses militants par des distributions ciblées  de quelques gadgets (sacs de riz, caisses de sardines, pagnes et autres prébendes,  etc.). Demain le peuple endormi se réveillera et vous demandera des comptes.

Vous, député  de la majorité présidentielle, votre liaison contre nature avec le Rdpc est un cuisant échec. Le peuple souverain vous demandera des comptes. Vous, députés des partis dits d’opposition, vous êtes coupables d’être restés trop longtemps dans cette Assemblée de parti unique. Vous avez cru à votre dépend que quelques gouttes d’eau de javel pouvaient blanchir  l’océan « salé » de l’Assemblée Rdpc. Vous avez été marginalisés, neutralisés, passant le plus clair de votre temps dans la figuration quand vous n’êtes pas  simplement absents et vous y êtes tout de même restés jusqu’aujourd’hui. Le peuple souverain vous attend devant le tribunal de l’histoire.

En votant eux seuls cette loi, rapidement promulguée, le Rdpc a fait preuve d’un einisme sans nom et montré sa face la plus hideuse. Les dés sont jetés et personne ne peut plus faire semblant. Nous disons clairement à ceux-là qui aident le Rdpc  à l’Assemblée à narguer le peuple souverain à quitter cet endroit hostile à toute démarche démocratique. S’ils ne le font pas c’est dire qu’ils y sont pour eux-mêmes et non pour le peuple qui en tiendra compte. Nous avions raison, avec le Rdpc la politique de la chaise vide a un sens.

Ceux qui ont pensé un instant que Monsieur Biya pouvait lâcher quoi que ce soit pour améliorer  la gouvernance de ce pays, et donner de l’espoir à ses compatriotes saturés de pauvreté, de misère, de maladie, de chômage, etc. , se sont lourdement trompés.

Monsieur Biya et le Rdpc ne feront aucun cadeau, ils y sont et ils y restent pour l’éternité, et après eux leurs fils et petits fils etc. Compte tenu des enjeux, de la déliquescence continue de notre pays, nous devons nous lever et nous unir pour lutter autour de l’essentiel (le code électoral, les élections à deux tours). Il ne s’agit pas ici de la lutte des politiciens uniquement, le combat interpelle tout le monde, personne ne doit rester en retrait.

Le Front de Solidarité Nationale quant à lui n’a jamais reculé  lorsqu’il  s’est agi de lutter pour un Cameroun meilleur. Soyez conscients que personne ne viendra nous libérer, c’est nous-mêmes qui devons le faire et comme dirait l’autre WE CAN.

Pahmi Zachée Garringo
President national front de solidarité

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