10/05/2012 01:07:42
France. Stabilité politique des liens caverneux avec l'Afrique
Au demeurant, restons vigilants et ne nous dispersons pas dans l’euphorie du changement politique qui vient d’avoir lieu en France. Sachons raison garder et travaillons sur la réconciliation des fils africains d’avec leur continent car c’est cet attachement à la terre qui fera naître en chacun de nous le sentiment d’être un homme libre et autonome.
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Rassurez-vous, jeunes gens, Sarkozy a bien perdu les élections en France. Il ne sera plus là pour nous bourrer les yeux et les oreilles avec son arrogance qui a bien fini par jouer contre lui lors de ce rendez-vous qu’il a raté avec son propre orgueil. Rassurez-vous, Sarkozy ne promettra plus ce qu’il a omis de réaliser lors de sa campagne électorale de 2007 quand il disait vouloir terminer avec la Françafrique.

Il ne viendra plus au Sénégal prononcer un discours rétrograde qui en fait l’a plombé dans une forme de racisme et d’étiquetage stéréotypé de la civilisation noire dans une caricature dont seuls l’arriérisme et l’absence de lucidité sur la vérité africaine ne pouvaient que justifier cet autre loupé dans sa communication.

Feignant de rompre avec la Françafrique, il proposait donc l’Eurafrique dans un instinct de paternalisme qui veut que l’ancien « maître » soit toujours là pour guider et conseiller à ce fameux « peuple grand enfant dormant sous la tutelle », dont parlait encore le Père Engelbert Mveng, où se trouve la voie de son soi-disant « salut ».

Sarkozy est donc parti avec toute sa « passion », sa « vitalité », son « énergie ». Il n’a servi à rien d’autre qu’à manifester l’hyper-présidentialité de son règne. Il a déçu plus d’un ; à commencer par le peuple français lui-même dont il a prétendu mener avec succès le destin glorieux et prospère. L’insécurité apportée au triple A français et  la chute drastique des possibilités des jeunes sur le marché de l’emploi n’auront été qu’un brin des déconvenues dont la gravité cache bien la réalité qu’Hollande ne tardera pas bientôt à découvrir une fois aux affaires.

En plus donc de la déception française, il y a celle africaine, celle de ces Africains naïfs qui continuent de penser qu’il y a un président de la République française qui voudra bien les sortir des ténèbres de leurs quotidiens à leur place. Ces Africains sont déçus de savoir que rien n’a changé pour eux. Au contraire, leurs statuts de pays indépendants n’ont jamais souffert de tant d’ingérences que sous le règne de Sarkozy, le prometteur intarissable de la « rupture » par rapport à une certaine tradition coloniale dans les milieux politiques français qui se sont succédé au pouvoir en Hexagone.

Il restera incontestable que c’est Sarkozy qui a décidé unilatéralement de la personne qui devait présider aux destinées du peuple ivoirien. On se souvient du sort infligé à Gbagbo. Cette mainmise de la France sur les affaires internes de la Côte-d’Ivoire n’avait aucune autre explication que de punir Gbagbo de sa témérité et de sa prétention à s’estimer indépendant, c’est-à-dire à se débarrasser de ses reflexes de colonisé. On se souvient du rôle qu’a joué Sarkozy en Lybie. Il visait la suppression physique de celui qui symbolisait la résistance africaine face à l’instinct de colonisateur dont les traits étaient devenus de plus en plus explicites chez Sarkozy.

Bref, la France est un empire colonial. Cela est un acquis historique indéniable qu’il semble difficile pour les dirigeants français d’ignorer. Il leur est aussi difficile de penser se déshériter de la gratuité que leur offre la relation incestueuse, immorale et inhumaine qu’est la Françafrique. C’est donc pour cela, et à ce titre uniquement, que les Africains doivent absolument cesser de croire que la défaite de Sarkozy et la victoire d’Hollande changeraient quelque chose dans leur quotidien. Hollande est le président des Français et il ne recherchera que leurs intérêts à eux. Il ne sera jamais, et au grand jamais, le président des Etats africains pour souhaiter avec faste leur libération, leur souveraineté ou leur prospérité inconditionnée en lieu et place d’eux-mêmes. Rien ne va changer. Il faut que cela soit bien clair pour tous.

Pour ce faire, seul l’acharnement au travail doit compter. La continuité de la lutte pour l’indépendance, la vraie, doit se poursuivre. Et cette lute passe par l’éducation des masses à travers des paradigmes qui sont pertinents pour l’Afrique et réfléchis par les Africains. Cette lutte concerne également la bonne gestion des capitaux publics pour le bien de tous. L’Afrique doit produire pour les Africains et ses richesses doivent enrichir ceux-ci exclusivement.

L’expropriation de l’Afrique par les Africains, et parfois malgré eux, doit cesser. Qu’il soit aussi accepté que seules la science et la technologie développent un pays et non nécessairement la mobilisation de grands fonds qui ne sont malheureusement pas toujours maîtrisés par nos dirigeants qui sont par ailleurs très extravertis dans leurs politiques et leurs esprits enclins aux reflexes de soumission à tue-tête.

Au demeurant, restons vigilants et ne nous dispersons pas dans l’euphorie du changement politique qui vient d’avoir lieu en France. Sachons raison garder et travaillons sur la réconciliation des fils africains d’avec leur continent car c’est cet attachement à la terre qui fera naître en chacun de nous le sentiment d’être un homme libre et autonome. Avec Sékou Touré donc, acceptons d’être pauvres, si nous le sommes en fait, mais libres, pour que par l’ardeur à l’effort, nous soyons désormais riches et libres, si nous n’avons jamais cessé de l’être en réalité. Tous les nationalistes africains y ont payé de leurs vies jusqu’ici.

Man Bene

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