13/05/2012 04:05:13
La CIA et Al-Qaïda au Yémen: Attentat déjoué ou propagande ratée?
De qui devrions-nous nous méfier?
mondialisation.ca
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Attentat manqué

Ravivant la crainte d’un attentat terroriste contre un avion de ligne, les médias nous annonçaient cette semaine que la CIA avait déjoué un attentat contre un avion de ligne étasunien au Yémen. La conviction avec laquelle de nombreux médias dominants rapportent cette nouvelle est plus frappante que la nouvelle même :

La CIA a déjoué un projet d'attentat de la branche yéménite d'Al-Qaïda, qui consistait à détruire un avion de ligne américain en utilisant une nouvelle bombe sophistiquée autour du premier anniversaire de la mort d'Oussama ben Laden, a appris l'Associated Press. (La CIA déjoue un projet d'attentat contre un avion selon Washington, Radio-Canada.ca, 7 mai 2012.)

L'agent, dont l'identité est gardée secrète, avait réussi à gagner la confiance des dirigeants d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique, considérée comme l'une des cellules terroristes les plus actives du globe. L'agent avait reçu une bombe qu'il devait faire sauter dans un vol commercial à destination des États-Unis.

Au lieu de mener à bien sa mission, l'agent s'est enfui aux Émirats arabes unis, puis en Arabie saoudite, où il a remis l'engin explosif à la CIA. Le dispositif perfectionné était dissimulé dans un sous-vêtement et était conçu pour être indétectable par la sécurité des aéroports. (Nicolas Bérubé, Attentat déjoué par la CIA: un «choc dévastateur» pour Al-Qaïda, La Presse, 10 mai 2012.)

Dans la course contre la montre entre al-Qaida et la CIA, l'agence de renseignements américaine vient de marquer un point en déjouant un projet d'attentat qui visait un avion à destination des États-Unis. (Adèle Smith, La CIA déjoue un projet d'attentat d'al-Qaida, Le Figaro, 8 mai 2012.)

Le projet déjoué d'attentat contre un avion à destination des États-Unis a révélé mardi un scénario digne d'Hollywood dans lequel un agent infiltré au sein d'Al-Qaïda s'était porté volontaire pour la mission suicide avant de s'enfuir avec la bombe et de la remettre à la CIA. (AFP, États-Unis: le projet d'attentat déjoué reposait sur un agent de la CIA infiltré, La Dépêche, 9 mai 2012.)

En n’osant pas utiliser le conditionnel, en ne rapportant pas la nouvelle comme une affirmation mais plutôt comme une vérité absolue, les médias se font les porte-paroles des services de renseignement étasuniens. S’agit-il de crédulité ou de complicité? Chose certaine, on il ne s’agit pas de journalisme.

Quiconque connaît un peu l’histoire de la CIA sait bien que leur rôle consiste d’abord à faire de la propagande et à désinformer en faveur des intérêts étasuniens déterminés en grande partie, sinon dans l’ensemble, par le complexe militaro-industriel. Cette histoire d’attentat déjoué est peut être bien réelle, mais il est sage d’en douter.

Des annonces publiques fracassantes du genre doivent être traitées comme des affirmations, non pas comme des faits. Or, comme ce fut le cas lors du présumé assassinat de ben Laden, dont on ne nous a fourni aucune preuve jusqu’ici, les médias rapportent une affirmation de représentants étasuniens, sans preuves à l’appui, comme s’il s’agissait d’un incident dont on peut visiter les lieux et voir les traces.

Un « remake » du kamikaze aux slip piégé?

Umar Farouk Abdulmutallab, le « kamikaze au slip piégé »
Umar Farouk Abdulmutallab, le « kamikaze au slip piégé »


Dans l’ensemble, les médias dominant ont rapporté que la CIA comparait cet événement à l’autre présumé attentat déjoué de Noël 2009. À bord d’un vol Amsterdam-Détroit, un homme avait tenté sans succès de faire exploser une soi-disant bombe dissimulée dans ses sous-vêtements. Cette tentative ratée avait soulevé de nombreuses questions, passées sous silence dans les médias.

En février 2012, lors de l’audience sur la détermination de la peine d’Umar Farouk Abdulmutallab, le « kamikaze au slip piégé », Kurt Haskell, passager de ce vol, a fait la déclaration suivante :

En attendant notre vol, nous nous sommes assis près de la porte d’embarquement […] C’est là que j’ai vu Umar, vêtu d’un jean et d’un t-shirt blanc, escorté vers la sécurité par un homme en habit brun clair qui parlait parfaitement l’anglais américain et l’a aidé à embarquer sans passeport. L’employée à la porte d’embarquement a d’abord refusé jusqu’à ce que l’homme à l’habit brun clair intervienne. […] La police néerlandaise a confirmé qu’Umar n’avait pas montré de passeport à Amsterdam.

[…] Lorsque nous sommes atterris, on nous a forcés à demeurer assis dans l’avion durant 20 minutes, même si la poudre de la présumée bombe s’était répandue partout dans la cabine. Les officiers qui sont montés à bord ne se sont pas assurés que nous étions en sécurité et n’ont pas cherché de complice ni d’autre engin explosif. Plusieurs passagers ont piétiné des morceaux de la bombe en sortant de l’avion […] On ne s’inquiétait pas pour notre sécurité même si Umar a mentionné qu’il y avait une autre bombe dans l’avion. (Kurt Haskell, Kurt Haskell Exposes Government False Flag Operation During Underwear Bomber Sentencing, Infowars.com, 16 février 2012.)


M. Haskell a raconté au FBI ce qu’il avait vu. Les autorités étasuniennes ont seulement admis l’existence de l’homme en habit un mois plus tard, le 22 janvier 2010 et n’y ont pas fait allusion par la suite. Kurt Haskell ajoute :

Lors des audiences du Congrès, Patrick Kennedy du département d’État a admis qu’Umar était un terroriste connu, qu’il était suivi et que les États-Unis l’ont laissé entrer au pays pour pouvoir attraper ses complices […] Vers la fin de 2010, le FBI a avoué avoir délibérément donné des bombes défectueuses au kamikaze du sapin de Noël de Portland, à celui du stade Wrigley Field et à plusieurs autres. […] Je réalise que mon gouvernement a intentionnellement permis une attaque contre moi.

M. Haskell devait être le seul témoin d’Umar à son procès. Cinq jours après qu’il eut été annoncé qu’il allait témoigner, Umar a « inexplicablement plaidé coupable ».

Kurt Haskell a pu faire cette déclaration en cour à titre de victime, puisque la loi du Michigan le permet. Il a terminé ainsi :

En terminant, je dirai simplement que peu importe comment le gouvernement et les médias tentent de modeler l’opinion publique dans cette affaire, je suis convaincu qu’un agent du gouvernement des États-Unis a intentionnellement donné une bombe défectueuse à Umar, l’a mis sur notre vol sans qu’il ait à montrer de passeport ou à franchir les contrôles de sécurité dans le but de mettre en scène un fausse attaque terroriste visant à implanter diverse politiques gouvernementales.

Umar Farouk Abdulmutallab a écopé d’un peine de prison à vie.

Voici comment Le Monde rappelle l’événement de Noël 2009 :

Al-Qaida dans la péninsule arabique (AQAP), implanté au Yémen, a tenté à plusieurs reprises par le passé d'exploiter les failles de la sûreté aérienne et de faire exploser des avions de ligne à destination des Etats-Unis. Le 25 décembre 2009, Umar Farouk Abdulmutallab, un Nigérian de 23 ans, avait tenté d'activer des explosifs qu'il avait dissimulés dans son slip à bord d'un vol reliant Amsterdam à Detroit, avec deux cent quatre-vingt-dix personnes à bord. Il avait été empêché d'agir par des passagers de l'avion, puis isolé par l'équipage. (Le Monde et AFP, La CIA déjoue un projet d'attentat sur un avion de ligne, Le Monde.fr, 7 mai 2012.)

Aujourd’hui la CIA affirme que l’engin explosif devant être utilisé dans l’attentat déjoué, une version améliorée de celui utilisé par Umar, était si sophistiqué qu’il n’aurait pas été détecté par tout ce nouvel arsenal sécuritaire dont se sont dotés les aéroports. En fera-t-on une raison de rehausser, une fois encore, les mesures de sécurité aéroportuaires? On peut se demander à quoi ça sert si les « terroristes » n’ont même pas besoin de passeport.

Il se pourrait que cette histoire « digne d’un scénario hollywoodien » ne soit qu’une tactique de propagande bien connue. Une propagande qui fonctionne est une propagande qui réussit à créer un réflexe conditionné et à le conserver. Afin que le public continue à se soumettre aux mesures de sécurité accrues portant atteintes aux droits et liberté au nom de la « guerre au terrorisme », sa crainte d’un attentat doit demeurée vive.

La secrétaire d'État Hillary Clinton appelle d’ailleurs à « rester vigilant ». De qui devrions-nous nous méfier?

Julie Lévesque

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