13/05/2012 04:31:39
Avant-scène. Des artistes camerounais contre le concert de P. Square
Ekambi Brillant. « ...Je soutiens de tout cœur cette contestation. Il est inadmissible que des artistes étrangers viennent jouer chez nous pour des cachets de millions et que des artistes camerounais ne puissent bénéficier du même traitement»
Le Messager
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

P Square

C’est une initiative du Syndicat camerounais des musiciens (Sycamu).

18 mai 2012. Des artistes musiciens camerounais, sous la houlette du Syndicat camerounais des musiciens, entendent protester contre le concert du groupe nigérian P. Square. Ce duo est annoncé au Cameroun pour deux spectacles. Notamment les 18 et 20 mai 2012, respectivement à Yaoundé et à Douala. Sur scène, ils seront accompagnés des artistes locaux, tels Lady Ponce et Petit Pays. Lesdits spectacles sont organisés par la société de téléphonie mobile Mtn.

Certains artistes camerounais entendent profiter de cette occasion, pour attirer l’attention de la société Mtn sur les « téléchargements des œuvres musicales sans autorisation des producteurs,  sans  reversement des droits », confie Roméo Dika, président du Sycamu. Ce dernier souhaite que « Mtn cesse toute exploitation d’ œuvres musicales sur le sol camerounais ». Du côté de Mtn, on reste très serein. On ne se fait pas du mouron. Ces concerts auront sans doute lieu.

Intérêts divergents

Roméo Dika, a fait l’annonce de cette marche de protestation mardi 8 mai 2012 au palais des Congrès de Yaoundé lors d’une réunion d’échange entre la ministre des Arts et de la culture (Minac), les sociétés de gestion collective de droits d’auteur et des syndicalistes. Il était question à l’issue de cette rencontre, de plancher sur le  piratage d’œuvre de l’esprit, de la gestion du droit d’auteur, des droits voisins, du compte d’affectation spéciale et du fonds d’aide annuelle. Depuis lors, des réactions fusent de partout suite à cette annonce. Des passions se déchaînent. Et on se mêle un peu les pédales. Si M. Dika, entend par ce mouvement d’humeur, amener Mtn à payer les droits issus de l’utilisation des œuvres musicales, pour d’autres artistes qui comptent l’accompagner, ce n’est pas le cas.

8 mai 2012 à la carrière au quartier Akwa-nord à Douala. Il est un peu plus de 17 heures quand le mentor Ekambi Brillant prend la parole lors de la conférence de presse marquant le lancement des activités de la célébration des 15 ans de carrière de Devi’s Mambo, dont il est le parrain. Il déclare suite à l’interrogation d’un journaliste : « Je n’ai pas été personnellement contacté pour cette marche mais je soutiens de tout cœur cette contestation. Il est inadmissible que des artistes étrangers viennent jouer chez nous pour des cachets de millions et que des artistes camerounais ne puissent bénéficier du même traitement». Il marque une pause et continue en ces termes : «Il faut que prochainement quand un artiste étranger vient jouer ici, qu’il ait le même cachet que l’artiste camerounais qui l’accompagne ou qui est sollicité dans le même cadre parce que c’est l’argent des Camerounais qu’on utilise ».

Des déclarations saluées par des salves d’applaudissements d’artistes présents. Un débat surgit entre confrères de la presse. D’un côté, ceux qui sont d’avis avec Ekambi Brillant. Ils estiment qu’il faut promouvoir « à tout prix » les artistes locaux et encourager la culture camerounaise surtout en ce moment, où elle va mal. Un vœu que partage le camp d’en face non sans émettre des restrictions. Comme argument majeur, la carence de professionnalisme de la part des artistes camerounais qui ne savent pas se vendre. « Généralement, l’artiste est à la fois le manager, le communicateur, le chorégraphe, le maquilleur, l’habilleur…et tout à la fois », confie un confrère qui pense que ce cumul de fonction ne participe pas de l’évolution de l’aura de l’artiste auprès des grosses structures qui « les achètent très souvent comme ils se vendent ». Fotemah Mbah, vice-président de Konvick music, la maison de production d’Akon, artiste musicien américain qui a récemment joué pour plusieurs millions au Cameroun à l’invitation du groupe Diageo, nous confiait que « plus d’une centaine de personne travaille pour l’image d’Akon ».

Deux jours avant sa prestation à la place du gouvernement à Bonanjo le 24 mars 2012, une équipe de techniciens, l’avait précédé pour installer le matériel. C’est aussi le cas pour des artistes camerounais comme Etienne Mbappe ou Richard Bona qui sont très exigeants quant à la qualité de leurs prestations. Aucune fausse note. Certains s’abstiennent de jouer quand le cachet et ou les conditions techniques ne sont pas à la dimension de leur statut. A titre d’exemple, Vincent Nguini. En janvier 2012, il était annoncé pour l’ouverture officielle des programmes du Centre culturel français qui devenait Institut français. Le concert n’a plus eu lieu. Son manager au Cameroun, Ebeney Donald Wesley nous avait confié que « le cachet qu’on proposait au chef d’orchestre de Paul Simon était minable. C’est pourquoi, il n’a pas joué ». Etienne Mbappe aussi. Invité à la clôture du Weedin’art l’année dernière, il s’est abstenu de jouer pour préserver son image.

Raison ? La capacité du groupe électrogène prévu pour la circonstance ne pouvait supporter son matériel. On le voit aussi aujourd’hui avec le groupe X-maleya qui est très sollicité autant sur la scène nationale qu’internationale, pour des prestations de haute facture. Leur manager, Pit Baccardi, se montre très exigeant envers ceux qui les sollicitent. Lors des dernières causeries musicales à l’Institut français de Douala, le 8 mai 2012, Ajajo Nkembe, manager-producteur, Michel Ndoh, secrétaire général du Conseil national de la musique et Julius Essoka, artiste soutenaient tous, que pour s’assurer une bonne carrière, il faut en plus du talent, s’entourer des services d’un bon manager qui « doit négocier tous les contrats de l’artiste, les publicités, revoir toutes ses contraintes non artistiques. Bref, un qui préserve et améliore l’image de l’artiste au quotidien ».

Absence de politique culturelle

En marge de l’absence de professionnalisme chez des artistes camerounais, il faut quand même reconnaitre que l’environnement camerounais n’est pas très favorable au professionnalisme. Le piratage des œuvres musicales qui se fait au vue et au su de tous ne permet pas aux artistes d’être indépendants. A côté, il y’a malhonnêteté des uns. On a vu des entreprises arnaquées par des artistes pour qui ils sponsorisaient pourtant des événements. Dans tous les cas, le mal serait plus profond. Le Cameroun ne dispose d’aucune politique culturelle. Les quotas de diffusion par exemple, ne sont pas du tout respectés dans nos chaînes de radios et télévisions, qui font la part belle à des productions étrangères au détriment des locales. Peut-être qu’au terme de cette semaine de concertations initiées par Ama Tutu Muna, ministre des Arts et de la culture,  les arts et la culture camerounaise en gros, vont afficher un visage plus reluisant.

Adeline TCHOUAKAK

Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE