14/05/2012 04:10:55
Psychose. Yaoundé quadrillée après l'arrestation d'Abah Abah
Pris en filature par les éléments de la Dgre depuis sa sortie de la maison d’arrêt de Kodengui pour des soins dentaires dans un cabinet de la place, l’ex-Minefi, tombe « malgré lui » dans un « traquenard » bien huilé d’où, il est cueilli et « traité » avec beaucoup de brutalité. A la clé, un interrogatoire bien musclé. 
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Polycarpe Abah Abah

Polycarpe Abah Abah, arrêté dans son domicile à Odza

Pris en filature par les éléments de la Dgre depuis sa sortie de la maison d’arrêt de Kodengui pour des soins dentaires dans un cabinet de la place, l’ex-Minefi, tombe « malgré lui » dans un « traquenard » bien huilé d’où, il est cueilli et « traité » avec beaucoup de brutalité. A la clé, un interrogatoire bien musclé. 

Les pensionnaires en séjour dans la maison d’arrêt de Kondengui et au Sed, principalement ceux « épinglés » dans le cadre de la fameuse «opération Epervier» ont la peur au ventre et vivent depuis quelques jours, une grande panique dans leurs milieux carcéraux. La majorité d’entre eux, qui croyaient passer un week-end tranquille, sont entre le désespoir et la mélancolie, craignant pour leur vie depuis vendredi 11 courant. Et pour cause, le branle-bas observé autour de la vraie fausse et non moins spectaculaire tentative d’évasion de Polycarpe Abah Abah.  Selon des sources dignes de foi, tout serait parti d’un fait plus ou moins banal. Bénéficiaire d’une autorisation à la régulière, comme il en a souvent eu pour rencontrer son médecin dentiste dans un cabinet dentaire, l’ex-Minefi, a quitté la maison d’arrêt de Kondengui en fin de matinée. Après de nombreux quiproquos, la complaisance et des tiraillements autour de sa sortie, il arrive trop tard à son rendez-vous médical. Pour ne pas faire une sortie totalement inutile, l’ex-Minéfi, escorté par ses geôliers, met à profit ce « temps mort » pour se rendre à son domicile. Chemin faisant, ils ne se rendent pas compte qu’ils sont pris « en chasse » par une voiture de marque Mercedes de couleur noire.

Des sources présentes  sur le lieu du « crime », affirment que Polycarpe Abah Abah a fait installer ses hôtes dans une de ses salles de séjour, où il leur est offert de quoi se rafraichir, le temps pour lui d’humer à nouveau le parfum de sa salle de bain et de se re-familiariser avec sa baignoire en prenant une douche moins infecte. Mais il déchante, car son plaisir est de courte durée. A l’intérieur, un vacarme assourdissant doublée d’un violent tintamarre, provoque une frayeur inédite. Alors qu’on croit à un braquage, les « assaillants », arrivés à bord d’une fourgonnette, s’enprennent au vigile, sans ménagement, avec des méthodes à la rambo. Une fois à l’intérieur de la concession, ces individus en cagoule, font irruption dans la cuisine, et foncent sur la nièce de l’ex-Minefi qui s’affairait  à lui mijoter un repas.

Ces « bourreaux » des temps modernes, poursuivent leur raid en passant à grand bruit et à coups de crosse toute la maison au crible. Les portes sont défoncées jusqu’à celle de la salle de bain où Polycarpe Abah Abah a juste le temps d’enfiler un peignoir. Il en est tiré manu militari, malgré ses cris de détresse. Indigné et surtout impuissant devant ce qui lui arrive, l’ex-grand argentier du Cameroun est conduit ilico presto dans les locaux de la Direction générale de la recherche extérieure (Dgre). On découvre plus tard que ce sont des éléments des service secrets et du contre-espionnage qui ont été lancés aux trousses de l’ex-Minefi et qui ont mené cette opération digne de la Gestapo, la police secrète allemande sous le régime nazi.

A qui profitent le crime et les traitements inhumains

La violence de la descente de ces barbouzes dans le domicile de Polycarpe Abah Abah, leurs méthodes, laissent plutôt interrogateur sur la face cachée et le voile qui enrobe cette affaire. Une fois dans les locaux de la Dgre et après un interrogatoire musclé, l’ex-Minfi est conduit par ses « cerbères » à la prison centrale de Kondengui. Malheureusement, la nuit est tombée, le pensionnaire qui était attendu plus tôt que prévu, est interdit d’accès. Personne ne veut prendre la responsabilité d’ouvrir les portes à l’ex-Minfi, après l’interférence « suspecte » et les « non dits » de l’intervention des éléments de la Dgre.

Lorsqu’avec beaucoup de recul, ceux qui ont pris en otage Polycarpe Abah Abah, se rendent compte qu’ils ont entre les bras, un « client » encombrant ; ne pouvant le garder sans en déterminer la flagrance du délit, ils l’amènent à la direction de la Police judiciaire de Yaoundé où, il est écroué depuis la nuit de vendredi. A en croire une source policière, de tels coups d’éclat, surtout à l’approche de la célébration de la fête du 20 mai, charrient de nombreux « appétits » de la part des hauts gradés de l’Armée.  La psychose qui s’est installée permet d’engranger de faramineuses sommes d’argent dans les caisses noires, au prétexte de la lutte tous  azimuts  contre l’insécurité grandissante.

Indigné, un cadre du Rdpc a eu ce commentaire teinté d’humour : « On a sorti le bazouka pour attraper une mouche ». Et si c’est de la désapprobation ?


Après l’arrestation d’Abah Abah. Yaoundé quadrillée par les forces de l’ordre

Les éléments de la gendarmerie et de la police sont descendus dans les grandes artères de la ville dès vendredi, 11 mai au quartier Odza.

Vendredi 11 mai 2012, dès  la soirée, quelques temps après l’expédition punitive des services secrets à la résidence de l’ancien ministre de l’Economie et des finances, le quartier Odza a été aussitôt pris d’assaut par des patrouilles de la police, inhabituelles dans ces lieux.  A bord de cars et pick-up, les éléments  de délégation générale de la Sûreté nationale ont procédé à la reconnaissance des lieux jusque tard dans la nuit. Faisant monter la fièvre de la suspicion déclenchée par la rumeur de l’enlèvement de Polycarpe Abah Abah répandue par ses avocats, puis de son « évasion » et finalement  de sa garde à vue à direction de la police judiciaire.

Certains « yaoundéens » ont remarqué la forte présence inhabituelle de la police à Odza et dans les environs. Toute la nuit la police a sillonné les quartiers Mvog-Mbi, Mvan, Messamendongo, Nkomo et même Nsimeyong. Les noceurs de la ville ont remarqué cette présence de flics qui ne procédaient pas à des contrôles  de véhicules ni de fouilles individuelles. Dès le lendemain, c’est la gendarmerie nationale qui est entrée en scène.

Le samedi 12 mai en effet, des  pandores  en treillis étaient visibles dès la fin de l’après-midi dans les grandes artères de la capitale. Aussi a-t-on pu les voir au carrefour dit de l’Education, au Carrefour Warda, à la Poste centrale, dans la plupart des points stratégiques de la ville. Pourtant, selon les usages, la gendarmerie opère généralement en périphérie. Laissant les zones  urbaines à la police. Au secrétariat d’Etat à la défense, quelques gendarmes rencontrés précisent que leurs camarades qui sont descendus dans les rues de Yaoundé pendant le week-end dernier étaient juste en reconnaissance. Pour preuve, « ils n’ont interpellé personne, ils n’ont procédé à aucun contrôle », soutiennent-ils. De fait, armés de kalachnikov quasiment indifférents à leur  entourage, les gendarmes étaient postés également dans les quartiers Nlongkak, Messa, Ekounou etc.  Bien qu’étant en tenue de combat, ils étaient presque inoffensifs, se contentant d’observer leur environnement. Ça s’appelle de la dissuasion.

Souley ONOHIOLO / Rodrigue N. TONGUE

Polycarpe Abah Abah. Même en prison, « Hua… tarrâ » secoue le sérail

Dans les milieux de la jeunesse Beti, on l’avait surnommé du temps où il  occupait les fonctions de directeur national des impôts, « Hua… tarrâ, [Toi le père de l’Ewondo au français, Ndlr] ». En raison des gestes de largesse du fils de Zoétélé qui faisait recruter quasi systématiquement les jeunes originaires de son aire cultuelle comme « temporaires » aux Impôts.

Mais, du fait de l’homophonie de ce surnom avec le nom  de l’actuel président ivoirien Alassane Dramane Ouattara présenté entre 1995 et 2004 où Abah Abah trônait à la direction générale des impôts comme un homme populaire et dont l’entregent avec les forces étrangères donnait les nuits blanches aux différents  régimes d’Abidjan, Abah Abah sera classé comme un homme à craindre à Yaoundé.

Nommé à la tête du  nouveau  ministère de l’Economie et des finances le 8 décembre 2004, Abah Abah a pour  mission principale d’atteindre le point d’achèvement de l’initiative Ppte que le Cameroun avait raté quelques mois avant après avoir pourtant atteint le point de décision sans peine en 2000. « Hua… Tarâ » tisse sa toile. Ses « hommes » sont nommés à de postes importants. Célestin Tawamba à la Campost, Paul Ngamo Hamani à la Camair, Pierre Camille Akoa au Feicom,  Bagueka Assombo à la commission de restructuration des entreprises publiques, Laurent Nkodo à la nouvelle direction générale des impôts etc. Le Cameroun est admis au rattrapage et atteint le point d’achèvement en avril 2005. Les pro- Abah Abah exultent. Les ennemis du fils de Zoétélé rongent leur frein. Une partie de la presse est mise à contribution.

L’inspecteur des impôts hors hiérarchie, cuvée de l’Enam 1979 est présenté comme un « brigand ». Pis, comme un individu prêt à tout pour atteindre Etoudi après avoir atteint le point d’achèvement. On lui prête une colossale fortune capable de financer « 20 ans de rébellion ». La rumeur est prise au sérieux par le Garde des Sceaux de l’époque. Amadou Ali ouvre une enquête sur ses prétendus avoirs au Brésil. Le Minefi encore en poste se bat comme un beau diable pour relooker son image malmenée au sein de l’opinion.  Les journaux  qui tirent sur lui à boulets rouges sont poursuivis dans le cadre d’une dizaine procès sur l’ensemble du territoire.  Abah Abah les « gagnent » tous. Mais son image reste écornée

A Yaoundé, chacun croit connaître une des nombreuses maîtresses de « Hua… Tarâ ». Des plaisanteries du genre, « je ne suis pas le fils d’Abah Abah » pour justifier l’indigence sont distillées et suscitent d’autres quolibets. Du coup l’ex-Minefi soupçonné autrefois d’avoir soudoyé quelques officiels pour faire fuir Caroline, son épouse, hors du pays alors qu’elle était en noise avec la Justice, est présenté comme l’incarnation du «  vol à col blanc ». En sus, ses relations avec quelques fonctionnaires des institutions de Breton Woods contribuent à ternir son image… jusqu’à ce 7 septembre 2007 où Polycarpe Abah Abah est limogé de son poste de Minefi. Ce ministère disparait d’ailleurs dans la foulée. L’Economie est reversée au ministère de la Planification et un ministère des Finances revient dans l’organigramme du gouvernement.

G11

Nous sommes rendu à quatre ans de la présidentielle de 2011.  La guerre des dauphins de Paul Biya qui est (officiellement) à son dernier mandat, monte d’un cran. Abah Abah et Atangana Mebara sont identifiés comme des chantres de la nébuleuse G11. Leur arrestation est dans le « pipe ». Un coup, ils sont annoncés aux arrêts. Un coup, on annonce le retrait de leurs passeports. Un autre coup, on les annonce en fuite. Après annonces et contre-annonces, Polycarpe Abah Abah est happé par l’Epervier à son domicile d’Odza en avril 2008. Au lendemain de la modification de la constitution permettant à Biya de se représenter en 2011. Un symbole ?

L’ex-Minefi est placé au frais mais on lui prêtera plusieurs fois des tentatives d’évasion jusqu’à ce raid de la Dgre du 11 mai 2012 alors qu’il est allé simplement faire un « coucou » à femme et enfants à sa résidence d’Odza. Comme le font généralement les « Eperviables » de chez-nous.

Rodrigue N. TONGUE

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