06/08/2009 17:29:41
La galère des «Cops »
Un an déjà qu’ils vivent sans bourse, un an qu’ils attendent le paiement du complément de bourse camerounaise qui n’arrive toujours pas, un an qu’ils souffrent du manque de moyens financiers pour faire face à leurs innombrables besoins...
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Chaque jour, ce sont les mêmes discussions qui les préoccupent : « La bourse là-même, c’est pour quand ? Les gens-là nous ont oublié ou quoi ? Vous êtes sûr que nous sommes toujours boursiers du pays ? On fait même comment aujourd’hui pour la bouffe (nourriture) ? ». Voilà quelques unes des intérrogations quotidiennes de cette jeunesse qui ce sent abandonnée à elle-même depuis 1 an maintenant.

L’attente a été longue depuis ce temps là, comme me le confiait un jeune boursier, « nous avons patienté, patienté, patienté, aujourd’hui, c’est plus fort que nous ; le pays c’est mieux car là-bas, j’ai jamais dormi sans manger ou tout simplement manger du pain avec de l’eau sucré (Café Bahoulé comme disent les Ivoiriens) ; Et dans ces conditions, on attend de nous des résultats exceptionnels ! C’est ce moquer de nous ça ».

Ce jeune boursier ne saurait avoir tort car comme le dit l’adage, « ventre affamé n’a point d’oreilles ». Durs les moments que vivent les Boursiers camerounais en Tunisie. Dans mon enquête, je leur est posé la question de savoir pourquoi cette situation et tous m’ont répondu à chaque fois de la même manière : « On ne sait pas car personne ne nous dit rien de concret lorsqu’on la pose la question. Ils se rejettent la responsabilité les uns les autres. Tantôt ce sont les ambassades (Tunis et Alger) qui sont responsables, tantôt c’est la direction de bourse à yaoundé, tantôt c’est le Ministère des Finances ».

Minsitère des Finances, oui, Peut être responsable de ce disfonctionnement. En effet, depuis près d’un an, le Cameroun s’est muni d’une représentation diplômatique à Tunis, capitale de la Tunisie. De façon logique, celle-ci devrait donc désormais s’occuper des préoccupations des ressortissants camerounais en Tunisie comme le fesait celle d’Alger en Algérie jusqu’à il y a un (1) an. Mais problème, un (1) an aujourd’hui, le personnel de l’Ambassade à Tunis semble n’avoir pas encore été désigné ; exception faite de Monsieur l’Ambassadeur déjà en poste. La question est donc de savoir pourquoi faut-il autant de temps pour rendre cette ambassade totalement opérationnelle ?

L’un des boursier me confiait que « la faute du Ministère des Finances c’est de n’avoir pas pris les choses en mains à temps en désignant un « percepteur » pour "l’AmbaCam" à Tunis. Mais on se demande comment les non-boursiers font pour recevoir leur aide financière ? ». Voilà là une interrogation qui nécessite d'être explicitée.

Il y a quelques temps, les étudiants boursiers camerounais de la ville de Sfax saisissaient différents organismes au Cameroun dont la Présidence de la République qui avait aussitôt réagit auprès des institutions compétentes. Mais aujourd’hui, la pression semble être retombée.

Découragés, désespérés, dégoûtés de ce systèmes qui semble désormais acquis aux « bras longs » (en reprennant l’expression de ces jeunes étudiants), ils ont choisi d’agir de la manière la plus inoubliable le « moment venu » : « Celui qui viendra nous payer ne nous oubliera jamais, jusqu’à Yaoundé, on entendra parler de nous ».

Abandonnés à eux-mêmes dans un pays où il n’est pas évident d’avoir le plus petit job qui soit compte tenu du fait que la Tunisie ne vit pas le plein emploi. « C’est tout à fait normal qu’on ne nous laisse pas travailler, nous-mêmes nous ferions pareil dans nos pays. Il est difficile d’offrir du travail à un étranger alors que natif n’a aucun revenu. Nous les comprenons parfaitement». Il poursuit en déclarant, « Ils font déjà assez pour nous, ils nous accueillent, nous hébergent à des prix dérisoires même-ci ce n’est que pour une année de foyer pour certains. La bourse qu’ils nous versent est comme programmée par ordinateur, à des périodes bien précises et sans faute ». Et un autre de continuer : « Mais on ne peut pas se contenter de leur bourse, la preuve, aujourd’hui nous vivons comme des gens de la rue ; Manger si nous en trouvons, se vêtir, satisfaire les besoins relatifs aux études, ... ça c’est autre chose ».

En effet, ces étudiants sont sous un régime coopératif entre le Cameroun et la Tunisie. Et selon eux, la cause de leur « Galère », « c’est le Cameroun ».

Comment expliquer que ces étudiants vivent des moments aussi difficiles au point d’avoir honte d’être les ambassadeurs de leur pays à l’étranger. « Si on me propose de rentrer aujourd’hui, j’hésite même pas ». Pays dont ils sont pourtant fiers ou dont ils étaient fiers de défendre les couleurs il y a quelques mois lors de la Mini-Can (Tournoi de football) à Sfax où ils ont été champions, Finalistes malheureux du même tournoi à Tunis, Champions du Tournoi de Basketball à Tunis et élus meilleurs organisateurs de journée culturelle à Tunis. Tout ceci au cours de la même année académique 2008/2009. Sur le plan académique, c'est aussi la fierté. "Après tout, dans de telles conditions, l'essentiel c'est d'avancer quel que soit le résultat".

Et comment comprendre que cette jeunesse soit délaissée lorsqu’on sait qu’il y a quelque temps, des représentations du Rassamblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) basées au Canada et en France, recevaient des dizaines de millions de Francs CFA (monnaie régionale en Afrique), environ 80 millions de Francs CFA soit  à peu près 120 000 €, seulement pour la représentation OJRDPC basée en France (pouvait-on lire dans certains journaux). Et quant on pense que le quart (1/4) de cette somme aurait pu soulager ces étudiants pour toute l’année académique qui s’achève et leur permettre de préparer au mieux celle qui débute dans moins de un (1) mois. Il y a parfaitement de quoi comprendre leur révolte et leur envie de se faire entendre très prochainement.

Avant de fermer cette page de la vie des Etudiants « Boursiers » Camerounais en Tunisie, Je voudrais partager avec vous ce qu’ils m'ont dit lors de notre séparation : « S’il vous Plait, Ne Nous Oubliez pas Vous Aussi ».

Henry F. LEVY

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