16/05/2012 02:45:21
Pourquoi mÍme...
La peur a quitté les chaumières enfumées des quartiers populeux pour s’installer dans les salons cossus de la République. L’oiseau rapace a supplanté les gangsters qui n’ont qu’à aller se rhabiller. Les personnalités se terrent le soir dans leurs enclos confortables. On ne sait jamais...
Le Messager
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Palais d'Etoudi

La peur a quitté les chaumières enfumées des quartiers populeux pour s’installer dans les salons cossus de la République. L’oiseau rapace a supplanté les gangsters qui n’ont qu’à aller se rhabiller. Les personnalités se terrent le soir dans leurs enclos confortables. On ne sait jamais.

Quand passe l’épervier, trépassent les mauvais garçons en col blanc. Il a une technique imparable, cet oiseau de malheur qui brise les vies, ternit les réputations, dénude et ampute l’homme dans tout ce qu’il a de plus humain. L’épervier volet au dessus de nos têtes pour descendre en piqué au moment voulu par lui, selon un timing arrêté plusieurs années à l’avance. Cet alors qu’il choisit la victime en toute démocratie. Sans distinction de sexe, de tribu, de classe sociale ou même, tu sais quoi ? De proximité …princière.

De fait, avec le temps, l’opération épervier se révèle à nous aujourd’hui comme une œuvre d’art, que dis-je, d’artiste. Cette démarche participe des grandes réalisations, qui elles-mêmes prolongent les grandes ambitions, à l’origine conçues pour nous sortir d’un interminable et réfractaire tunnel, où les manches retroussées, nous nous débattions avec l’énergie du désespoir. Dans ce Cameroun de 475 000 km2 de barreaux et grillages derrière lesquels survivent, entre la peur et la sueur, des Camerounais qui, somme toute, ont toujours quelque chose à se reprocher, l'épervier se fait surtout remarquer du grand public par ses incursions de chasse aux environs des habitations.

Ce qu’on sait de l’épervier c’est que «silencieux une grande partie de l'année, son vol est caractéristique, onduleux, composé de battements d'ailes rapides entrecoupés de courts vols planés en arcs de cercle. Les qualités de vol, au démarrage fulgurant et aux brusques changements de direction, lui sont facilitées par des ailes larges, courtes et arrondies, ainsi que par sa longue queue ». Cette vitesse et l'acharnement que ce rapace met à poursuivre ses proies lui sont souvent fatals: l'oiseau se heurte violemment et souvent mortellement à un obstacle inattendu. On sait aussi que l'épervier chasse toujours par surprise. : « La rapidité de son vol lui permet de fondre sur ses proies à une vitesse incroyable, parfois il attaque ses proies par dessous en les renversant totalement ». L’épervier peut frapper à n’importe quel moment. Au sortir du bureau comme au sein du barreau. Il s’invite au cabinet ministériel comme au cabinet médical. Il frappe au conseil d’administration et au conseil des ministres. Il survole les sanctums célestes et sonne chez les frères de lumière.

Tous les Camerounais sont éperviables et corvéables à merci, car chacun a un petit quelque chose à se reprocher :

le bulletin de naissance trafiqué ; le compteur d’électricité déconnecté ; le branchement direct de l’eau boueuse des canalisations de la Snec ou de ce qui en tient lieu aujourd’hui ; la visite technique du véhicule au compteur kilométrique trafiqué ;

la femme de ton meilleur ami ou la nurse des enfants ; la route dégradée de Bonabéri ou le petit cadeau du maire au préfet ; le gombo du journaliste ou le marché de gré à gré ; la chèvre du ministre ou la dotation des députés pour les microprojets ;

le sang du christ ou la lévitation de marie-mère-de-Dieu ; le bébé vendu de Vanessa ou les urnes tronquées ; le 20 mai ou le cinquantenaire de la réunification ; les morts piétinés par balle de Bamenda ou la révision constitutionnelle etc.



L’épervier plane. Assombrit de ses ailes sinistres le soleil de justice et des droits de l’Homme, sous le regard vigilant du roi soleil, grand maître du temps et du silence. Ecoutons le grand Roger Milla interrogé sur sa promesse de dénoncer tous les fossoyeurs du football camerounais. « Il n’y a pas que le football camerounais qui est pourri, le sport camerounais en général va mal, je suis membre du gouvernement et j’ai un devoir de réserve. Mais cela ne saurait durer longtemps, vous savez bien que je n’ai pas ma langue dans la poche. Je n’ai peur de personne si ce n’est de Dieu et ensuite du président Biya qui peut décider de vous envoyer en prison quant il veut ».

C’est d’un vrai devoir d’injustice qu’il s’agit dans l’opération épervier. Mais qui tire les ficelles ? Selon Me Jean De Dieu Momo : Biya « n'attrape plus systématiquement les gens pour les mettre en prison parce qu'il y a une divergence d'opinions politiques. Le Cameroun a une subtilité qui consiste à vous adjoindre une infraction de droit commun qui lui donne la latitude de vous arrêter. On dit détournement de deniers publics ou corruption, par exemple ».

Albert Dzongang n’en pense pas moins. Dans une lettre au président de la République, le candidat à la dernière élection présidentielle indique notamment que «depuis quelques années, des hautes personnalités de notre pays ont été interpellées et emprisonnées, dans le cadre de l’opération de lutte contre les détournements de deniers publics baptisée : «Epervier». Si les desseins de cette démarche sont louables, sa mise en œuvre a été, dès son origine, polluée par les maux qui minent le Cameroun : instrumentalisation politique, équilibre régional, népotisme, corruption et autres règlements de compte ont vite fait de vider de sa substance l’opération Epervier qui, au lieu d’être juste et impartiale, a revêtu les habits d’une justice à deux vitesses ».

Prions, mes chers frères en crise. Prions : « Seigneur, ce rêve n’est pas de moi. Ce sont les dominations et les principautés sataniques qui m’attirent vers Etoudi. Eloigne de moi cette tentation présidentielle. Je soutiens avec émotion le Rdpc qui (r)égorge d’intellectuels et nous tous participons aux ‘idiots’ du parti. Merci Seigneur de me protéger contre la convoitise. Il n’y a qu’un seul fauteuil. Et ce fauteuil est occupé par mon président. Dis-moi Seigneur, si quelqu’un voulait prendre ta place à coté du Père, accepterais-tu ? Et le Père Eternel, qui est comme dit la Bible, un Dieu jaloux, peut-il laisser sa place à quelqu'un ? Pourquoi les gens compliquent la vie qui passe » ?
Pourquoi même ?

Bon mercredi et à mercredi

Edking

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