10/08/2009 14:47:07
Madagascar: sortie de crise
Les responsables malgaches signent à Maputo un accord de sortie de crise
Jean-Philippe Rémy
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Depuis qu'a éclaté, fin 2008, la crise politique, c'est la première promesse solide de solution. Au terme d'un sommet de quatre jours, l'équipe de médiation dirigée par l'ex-président mozambicain Joachim Chissano a amené les protagonistes malgaches à signer à Maputo, dans la nuit du samedi 8 au dimanche 9 août, un accord destiné à trouver une issue à l'impasse dans laquelle se trouve la Grande Ile, isolée et menacée d'une escalade de la violence.

Dans la capitale mozambicaine, les deux principaux protagonistes de la crise, l'ex-président Marc Ravalomanana, exilé en Afrique du Sud depuis son renversement, et celui qui l'a évincé avec l'appui de caciques politiques et d'une partie de l'armée, Andry Rajoelina, 35 ans, se sont engagés aux côtés de deux ex-présidents à s'associer à un gouvernement d'union nationale pour organiser des élections "dans un délai n'excédant pas quinze mois", donc avant fin novembre 2010.

Le futur gouvernement devrait être pléthorique, avec un premier ministre, trois vice-premiers ministres et pas moins de vingt-huit ministres. A côté d'autres institutions spécialement créées, il devrait absorber les représentants des quatre "mouvances" malgaches et garantir leur participation à la transition.

Alors que les Eglises, dont le rôle est crucial à Madagascar, n'ont pas été associées aux négociations, les protagonistes politiques étaient pratiquement acculés à mettre fin à leur intransigeance des mois passés. Marc Ravalomanana, tout en affirmant représenter les autorités légitimes, avait les plus grandes difficultés à se faire entendre. M. Rajoelina, à Madagascar, se trouvait en butte à de fortes pressions internationales. Des bailleurs de fonds ont gelé l'aide non humanitaire à Madagascar et le pays a été suspendu des instances de l'Union africaine et de la Sadec, l'organisation régionale des pays de l'Afrique australe.

"BEAUCOUP DE CONCESSIONS"

A Madagascar, l'économie tourne au ralenti dans un contexte de tension à la suite d'une série d'explosions. "J'avoue que nous avons fait beaucoup de concessions", a déclaré Andry Rajoelina à la fin du sommet, en acceptant notamment le principe du retour au pays de son rival, Marc Ravalomanana.

L'accord sera-t-il appliqué ? Didier Galibert, un universitaire spécialiste de Madagascar, invite à la circonspection : "Dans quelle mesure Andry Rajoelina a-t-il l'autorité politique pour imposer l'accord sur place ? On ignore encore les réactions de certains de ses alliés et de l'armée."

L'une des avancées des négociations a été l'annulation des poursuites à l'égard des chefs des "mouvances" et de leurs équipes. L'ex-président Didier Ratsiraka, exilé en France depuis 2002, pourra rentrer à Madagascar. Son successeur, qui avait été condamné à quatre ans de prison dans le cadre du financement controversé de l'avion présidentiel, verra lui aussi les poursuites à son encontre annulées.

Mais M. Ravalomanana demeurera en exil "jusqu'à l'instauration d'un environnement politique et sécuritaire favorable", selon le texte, et ne participera pas au gouvernement d'union nationale auquel sa "mouvance" sera associée. Il pourra se porter candidat à l'élection présidentielle, ce qui est interdit aux membres du gouvernement de transition, exception faite de son principal responsable, M. Rajoelina.

Dimanche, les participants du sommet ont quitté Maputo sans s'être mis d'accord sur la distribution des responsabilités au sein du nouveau gouvernement. Ils devraient se retrouver bientôt pour cette seconde phase.

Le Monde

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