10/08/2009 14:57:15
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En promouvant les voleurs de la République dans diverses fonctions, Paul Biya les encourage dans leurs malversations.
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En promouvant les voleurs de la République dans diverses fonctions, Paul Biya les encourage dans leurs malversations.

L'anecdote raconte que le frère de Christian Tobbie Kouoh a été embastillé pour détournement de deniers publics, alors que ce dernier était secrétaire général à la présidence de la République. Le président Ahidjo ayant trouvé dangereux pour lui-même qu'un homme avec tant de pouvoir laisse emprisonner son frère, écartera de son entourage immédiat monsieur Tobbie Kouoh. Le fait même qu'il ait sanctionné la rigueur de son mentor prouve à suffire qu'en matière de concussion, tout n'a pas non plus été blanc du temps du Président Ahidjo.

Que n'a-t-on pas dit en ce qui concerne les pots-de-vin versés lors de la réalisation de l' "axe lourd" Douala-Yaoundé ? Ou encore de la gestion opaque des ressources pétrolières ? Avec son système à deux vitesses, le président Ahidjo va promouvoir, de-ci de-là, et des hommes d'affaires et des cadres de haut niveau issus du Grand Nord. Par mimétisme, l'ère des gandouras dans les couloirs des hautes sphères bancaires était née. Décideurs économiques et hommes politiques, musulmans ou non, originaires du Nord comme du Sud, chacun y allait du soulèvement alterné de ses bras au-dessus de sa tête pour ranger sur les épaules les manches amples de sa gandoura. Ce népotisme et ce clientélisme seront exacerbés sous le président Biya.

Pour comprendre le fonctionnement de ces deux régimes, l'un étant du reste l'émanation, pour ne pas dire la tuméfaction, de l'autre, il convient d'aborder les axes sociologique, organisationnel, économique, et démocratique, tant il tombe sous le sens qu'il y a une relation de cause à effet entre eux et la concussion, la corruption, la gabegie, l'incurie, le népotisme le clientélisme et l'affairisme qui constituent l'essence de la détérioration de notre gouvernance. Ces calamités existent dans toutes les vieilles démocraties, mais peu, parce qu'elles sont traquées, décriées et combattues dès qu'elles sont découvertes. Il ne suffit donc pas de casser le thermomètre pour faire baisser la température. De même, une litanie de griefs qui virent aux jérémiades ne servirait à rien sans ne serait-ce qu'une amorce de propositions, mais surtout d'actes concrets qui s'inscrivent dans la cohérence. Ecoutons, lisons, faisons lire et réfléchissons avec esprit de critique mais surtout d'autocritique. S'émerveiller devant les réalisations des autres et en rêver, comme un enfant d'un paquet de bonbons, pour en faire chez soi une réalité prodigieusement améliorée. L'enfer, c'est toujours les autres. Et il est permis de se tromper, mais pas de tromper les autres. Tels sont les enseignements que nous tirons du discours d'Accra de Barack Obama qui nous rappelle que l'Afrique ne peut être construite que par les Africains eux-mêmes.

Parce qu'il y avait donc anguille sous roche, le cri de guerre "rigueur et moralisation", ambition progressiste fort pertinente, lancé par Paul Biya lors de son avènement au pouvoir s'avèrera être plus qu'une bouffée d'air frais et sera accueilli avec des hourra. Le ci-devant Premier ministre étant mieux placé que quiconque pour savoir de quoi il retournait, l'espoir qu'il suscitera sera incommensurable, tant cette audace était porteuse de tenants et aboutissants assurant une incroyable avancée sociale. Pensez donc ! Un ancien séminariste agrémenté de solides études universitaires ne peut être qu'un humaniste, un homme sensible au bien-être d'autrui, par conséquent orienté vers le progrès, se dira-t-on. Il est à tout le moins étonnant que lorsqu'on connaît le rôle d'un président de la République dans notre système, ce dernier ne se rende compte qu'au bout de 27 ans (sans inclure les années au cours desquelles il était Premier ministre), de l'ampleur du pillage de la maison dont il est le gardien. Car la concussion et la corruption se sont étendues telles que les policiers dans leurs nombreux mais néanmoins illégaux (nous ne sommes pas en état d'urgence, que nous sachions !) barrages, en sont à négocier auprès des chauffeurs de taxis qu'ils interpellent, aux dires de ceux-ci, des capsules gagnant une bouteille de bière pleine. La "biyanie" n'en serait-elle donc pas à un acte d'opprobre près ? Après le top 50 des hautes personnalités supposées homosexuelles, nous avons lu la liste des prétendus fonctionnaires indûment milliardaires, bien que Albert Mbida ait semblé dans une interview, condamner les innocents de cette liste et en innocenter les condamnés. Le roi Midas, transformait en or tout ce qu'il touchait, mais, symbole significatif, il avait aussi une malformation qui le rendait antipathique.

Promotions
Elle est belle, notre République où, selon les journaux, pédérastes et mafieux se donneraient la main, s'ils ne se confondraient pas, dans les arcanes du pouvoir. "Man no run !"*. Lance pourtant le chef à ses acolytes qui connaissent tout de même un frémissement, une frayeur. Car, comme une sorte de prime aux meilleurs voleurs, il est anachronique que plus ces gens-là étaient soupçonnés de concussion et plus ils bénéficiaient d'une promotion. "Euh, un seul mot: euh continuez !", est la phrase chère à notre bien-aimé Président pour encourager les performances (...) de ses "chers euh compatriotes". Lorsqu'on compare les fortunes des barons de son régime à ceux d'un Zradoua ou d'un Tanko Hassan par exemple, on verra que ces derniers font figure de pauvres par rapport à leurs homologues de la “Réunion des pontes corrompus” (Rdpc). Toutes ces pontes rdpcistes ont un patron : le Président Biya avec sa double casquette. Il est assez curieux que dans l'un de ses discours, celui-ci ait demandé au peuple de lui présenter ceux qui détournent les fonds publics et qu'aujourd'hui, daignant donner un timide coup de botte à la fourmilière, il en trouve à foison. Tant et si bien que certains tentent même de prendre la poudre d'escampette avec nos milliards pleins les valises, en sonnant la cloche de bois.

Concussion
Un proverbe duala dit que le poisson commence à pourrir de la tête. Et pourtant ! François Mattei devrait faire une pétition demandant à l'Onu que La France récupère Paul Biya pour nous refiler, - les mauvaises langues se demanderont si ce n'est pas le moindre pire - Nicolas Sarkozy. Oui, Sa Pureté François Mattei, chez nous le poisson commence à pourrir de la tête. Vous avez canonisé saint, notre "président fondateur" à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession, l'éternel après l'Eternel, l'irremplaçable s'il en fut, l'inoxydable, "le Un des Uns" (comme dirait notre Petit Pays national), - n'en jetez plus, la cour est pleine ! -, en décryptant "Le Code Biya", sans déconner (oh, pardon !), sans être commandité et sans avoir rencontrer l'intéressé (une performance tout de même pour une telle hagiographie !), à vous en croire. Nous le trouvons aussi excellent, exceptionnel.

Oui mais, dans son rôle d'intermédiaire dans votre champ d'esclaves que vous n'avez eu de cesse d'exploiter. Quoi de plus normal donc que votre "saint homme" se rende en "pèlerinage" en "terre sainte" française recevoir son onction ? Seulement, voyez-vous, il est rattrapé par une enquête sur les biens mal acquis, ouverte par une Ong. Malgré la présomption d'innocence dont bénéficie tout mis en cause, ce soupçon nous conduit à nous poser des questions. Si c'était une " balance", monnaie courante si l'on ose dire, en milieux maffieux tel que celui qui l'environne, à en croire les journaux ? Et pourquoi pas une histoire d'arroseur arrosé, une sorte d'effet boomerang ? A moins que ce ne soit la vengeance contre une épuration politique qui n'a pas dit son nom dès le départ, mais qui consisterait à mettre derrière les barreaux ses potentiels rivaux ?

Si tel n'est pas le cas et si Paul Biya lui-même ne se fait pas attraper, il pourrait être sauvé par le principe du service a minima offert à leurs peuples par nos dirigeants, en prévision d'une distraction ou simplement d'une enflure du portefeuille directement proportionnelle aux richesses disponibles. Ainsi, la Guinée Equatoriale (avec un Pib par habitant de 7 802$), le Gabon (Pib/hab.: 6 527$) et le Congo Brazzaville (Pib/hab. : 2 147$), plus riches que le Cameroun (Pib/hab. : 1002$) par rapport à leurs superficies et à leurs populations, ont des présidents, leurs familles comprises, aux fortunes colossales, en tout cas sans rapport avec leurs émoluments, nous apprennent les médias. Ils n'ont même pas eu un bourdonnement de conscience leur dictant de réinjecter l'argent ainsi amassé dans les économies de leurs nations, pénalisant celles-ci par le fait même. Cela se ressent d'ailleurs quand on considère leur produit intérieur brut à parité de pouvoir d'achat (Pib/Ppa), puisque avec une évidente dépréciation, ils se retrouvent inversement au 127e rang (Congo), 124e (Guinée Equatoriale), 111e (Gabon) et 88e (Cameroun). Signalons que la Ppa est le principe selon lequel le taux de change entre deux devises est déterminé sur une longue période par le rapport entre leur pouvoir d'achat.

"Euh" nous "voici donc euh à Douala" (non, lapsus calami), nous voici tout de même face aux arrestations significatives et à la mise en examen des commis de l'Etat pour détournement de deniers publics et corruption. Cette délinquance financière s'explique par le manque de civisme et du sens de l'intérêt communautaire aggravés par notre incapacité à produire des richesses, des connaissances valorisables économiquement et l'absence d'une société organisée. Tout au long du règne de Paul Biya, on se rendra hélas compte que si sous le président Ahidjo, on était homme d'affaires, le président Biya a ouvert l'ère de l'affairisme, du bricolage économique et des trafics en tous genres. Déjà, il a supprimé les plans quinquennaux qui étaient d'excellents tableaux de bord pour un pays en construction, ainsi que tous les organismes ayant trait à la stimulation, à la régulation et à la promotion d'une économie organisée et industrialisante. A contrario, les salles obscures de jeux, propices au blanchiment d'argent sale qu'avait interdites le Président Ahidjo, prospèreront. L'argent est devenu roi.

Ses corollaires seront la cupidité et la vénalité qui sous-tendront les fortunes douteuses sans traçabilité surgissant çà et là ainsi que la concussion. Surtout que les salaires des agents publics avaient baissé de manière drastique, aggravant l'absentéisme dans les services administratifs, en même temps que le régime en place clochardisait bon nombre de professions libérales, dans une société de plus en plus chère, de plus en plus dure pour sortir la tête de l'eau. Le salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic) est de l'ordre de 35 000 FCFA, soit 10 à 15 fois moins qu'un budget, hors loyer, d'un couple aisé, classe qui représente 5% de la population (environ 900 000 personnes), dans l'hypothèse la plus optimiste. Les syndicats et autres groupes de pression sont, soit inexistants, soit bâillonnés par la répression dès qu'ils lèvent le petit doigt. Il y a à boire et à manger en ce qui concerne les volets social, éducatif et écologique dans notre Etat prédateur, à telle enseigne qu'en parler demanderait un livre entier à part. La formule "rigueur et moralisation" deviendra un simple slogan creux servi par les thuriféraires du régime Biya. L'homme du Renouveau incarnera la gabegie, l'incurie, au point de laisser la gestion de l'Etat aux institutions de Bretton Woods, tandis que des lustres de corruption enseveliront l'espoir des citoyens dans la précarité.
A suivre

Par Francis Kwa-Moutome*
*Terme pidgin camerounais signifiant:
" Ne vous enfuyez pas ".
Tél. (237) 99 63 31 03 ;
E-mail :
kwamoutomefran@yahoo.fr

Francis Kwa-Moutome

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