19/05/2012 16:53:01
Absence au G8 : quand Poutine signifie aux Occidentaux qu'ils ne sont plus le centre du monde
Alors que le G8 réunit ces 18 mai et 19 mai les dirigeants des puissances économiques mondiales, le président russe Vladimir Poutine a invoqué la formation de son nouveau gouvernement pour expliquer son absence au sommet. Il a préféré envoyer à Camp David Dmitri Medvedev, le nouveau Premier ministre, pour le représenter. Un choix stratégique ?
atlantico
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Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev.

Vladimir Poutine n’est pas aux Etats-Unis ce week-end pour le G8. Fraîchement réélu Président de la Fédération de Russie, il a donné priorité à la formation de son nouveau gouvernement et est resté à Moscou. C’est Dmitri Medvedev, son Premier ministre et  prédécesseur au Kremlin, qui le représente à Camp David.

Cette décision suscite un tollé en Europe et en Amérique. Il faut cependant se garder de l’appréhender sur le registre de l’émotionnel. Car elle marque la rentrée de Vladimir Poutine sur la scène internationale après quatre années de « parenthèse ». Et ce come-back, qui commence par une politique de la chaise vide mais résonne comme un retour en fanfare, est trop paradoxal pour ne pas avoir été soigneusement muri.

D’entrée Poutine provoque, surprend. En politique cela s’appelle gagner...suivant bien entendu l’angle depuis lequel on observe la situation.

Si on se place du point de vue occidental l’attitude de Vladimir Poutine est inacceptable.

En envoyant son Medvedev à sa place, il prend les Occidentaux à témoin du jeu de chaises musicales auquel les deux hommes se livrent en Russie depuis 2008. Il les contraint à s’y adapter, à s’en faire complices, fusse à leur corps défendant.

Toutefois la véritable motivation de l’indignation est sans doute ailleurs : ce que l’Occident ne supporte pas c’est qu’on puisse considérer qu’il n’est plus incontournable. Qu’on lui signifie qu’une invitation à sa table, surtout celle de la Maison Blanche, n’est ni un honneur, ni une grâce, mais une simple proposition qu’un égal peut accepter ou décliner sans trembler.

C’est justement de ce point de vue que, dans une optique russe, le « boycott » de Vladimir Poutine est extrêmement habile.

Après des élections entachées d’irrégularités le Président russe avait besoin de redorer son blason dans son pays. En ne se rendant pas à Camp David, il a atteint son objectif.  

Car l’opinion publique russe, aussi divisée qu’elle puisse être, fait bloc sur une valeur : le patriotisme. Connaissant cette corde sensible, Poutine en a joué en virtuose sur deux temps.

Premier temps : En privilégiant la politique intérieure à la diplomatie, il a envoyé un message aux Russes : « Je suis de retour aux affaires et vous êtes ma première préoccupation. »

Second temps : En reléguant ce sommet à la marge de ses préoccupations, Poutine, devant tous ses compatriotes, a signifié à ses homologues occidentaux que, quoique réélu de fraîche date, il n’a nul besoin de leur onction. Parvenu au pouvoir fin 1999, il est le doyen des chefs d’Etat en exercice au sein du G8 si l’on fait abstraction de « l’intermède » Medvedev. Il n’est pas François Hollande, petit nouveau dans la cour des grands. Victorieux en Tchétchénie et en Géorgie, il n’est pas Obama non plus.

En refusant de faire allégeance Poutine se place sur un autre plan, met ses pas dans ceux d’Ivan III « le Grand ».

Celui-ci restaura la puissance russe en la délivrant du joug mongol. Ce bilan l’amena, le premier, à se faire proclamer Tsar. Totalement méconnaissant des réalités russes, Frédéric III, chef d’un Saint-Empire romain germanique en pleine déliquescence mais prétendant toujours à la suprématie en Europe, lui proposa de lui accorder le titre de roi. Ivan III répondit avec hauteur : « Dans le passé nous n’avons jamais eu besoin d’aucune confirmation d’où qu’elle vînt. Nous n’en souhaitons pas davantage aujourd’hui ».

 

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