23/05/2012 02:31:10
C'est quoi la vérité ?
C’est la 9è heure. Bientôt les écritures vont s’accomplir.
Le Messager
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Lumière obscurité

C’est la 9è heure. Bientôt les écritures vont s’accomplir.

Face au gouverneur romain, un juif accusé de blasphème par ses compatriotes comparait. Il a suffit d’une rumeur savamment distillée pour que l’Agneau devienne la proie des loups : « Pilate lui dit: Tu es donc roi? Jésus répond: tu le dis, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la Vérité. Quiconque est de la Vérité écoute ma voix. Pilate lui dit: Qu'est-ce que la Vérité? Après avoir dit cela, il sortit de nouveau pour aller vers les Juifs, et il leur dit : Je ne trouve aucun crime en lui ».

Mais il est trop tard. Le peuple a soif du sang. Alors le gouverneur indifférent à sa responsabilité historique et malgré le doute s’en lave les mains. Jésus le Christ, le juif, devient ainsi la première victime d’une cabale dont ni ses contemporains juifs, ni ponce Pilate, n’ont mesuré les conséquences. La population, chauffée à blanc par les scribes et les principaux sacrificateurs jaloux de leurs pouvoirs, de leur domination sur des gens incultes et de leurs privilèges exorbitants, ont choisi la conspiration pour lutter contre le nouvel ordre des choses à venir.

Avec une mise à mort à grand spectacle, histoire de décourager plus d’un ! Depuis les rois mages qui suivaient des yeux l’étoile du Berger, jusqu'au voile du temple qui s’est déchiré, la cabale contre l’Innocent et ses « étranges idées qui ont tant fait souffrir Marie », s’est perpétuée et accentuée. ‘Mektoub’ disent les arabes. « Il est écrit »…Les incapables, les jaloux, paresseux, les amputés du bulbe rachidien, les gardiens du temple, la camorra, les copains et les coquins, ont installé un système durable à travers le monde, où certains s’en sortent et beaucoup laissent leur peau sur le carreau. Mektoub !

Justement nous apprenons que la cabale, dans son entendement premier, est une tradition ésotérique du judaïsme, présentée comme la « Loi orale et secrète » donnée par Dieu à Moïse sur le Mont Sinaï, en même temps que la « Loi écrite et publique » (la Torah). Mais si la cabale se veut un outil d'aide à la compréhension en ce sens qu'elle incite à modifier notre perception du monde, elle sert aussi, du moins dans son entendement contemporain, à anéantir les vies, à transformer la terre en un enfer pour celui qui en est victime. La Cabale comme visage intérieur et mystique du judaïsme se révèle être dans nos sociétés où la tolérance a foutu le camp, « une forme de complot ourdi par un groupe de personnes unies autour d’un projet secret visant à conspirer pour le succès de leurs opinions et de leurs intérêts au sein d’un État ou d’une communauté donnée ». On peut ainsi la comprendre comme menées secrètes, intrigue contre quelqu'un ou quelque chose, complot, conspiration, machination, etc.

La cabale peut vous précipiter de l'effroi à la colère, en passant par tous les sentiments d'un homme au bord du gouffre et qui tente de récupérer simplement sa dignité. Le film ‘La Chasse’ de Thomas Vinterberg a retracé la descente aux enfers d'un homme victime d'un mensonge. Ou plutôt de la rumeur, ce mensonge qui enfle, se nourrit de la suspicion, cette «fumée du bruit», disait Victor Hugo. Dans son film, le réalisateur danois Thomas Vinterberg débusque la cabale, la soupèse et observe froidement ses ravages dans les cœurs et les esprits. Avec elle, tout devient irrationnel, incontrôlable. L'enfer c'est les autres, le doute s'installe dans leur regard. Il suffit d'un mot, d'un geste pour basculer dans une spirale cauchemardesque. La cabale, « comme la neige qui tombe, recouvre tout, lentement, sournoisement », affirme t-il.

Il suffit d'un mot, d’une accusation infondée, d'un fantasme pour déclencher un véritable séisme dans la communauté et clouer un homme au pilori. Pas de preuves, pas de faits, pas d'indices. Juste une rumeur qui se propage comme un virus et transforme des braves gens en boules de haine. Une véritable arme de destruction massive. Un père accusé d'abus sexuel ; une attaque en règle contre une adolescente qui réclame son bébé ‘volé’ et que l’on peint comme une perverse ; la médisance d’un collègue ; la convoitise d’une voisine ; la rumeur sur la pédophilie d‘un père de famille ; la publication d’une liste de présumés homosexuels jetés à la vindicte populaire ; la grossesse imaginaire d’une présidente de la rue publique ; la vraie fausse évasion d’une personnalité acculée dans ses derniers retranchements ; etc.

Automatiquement, la machine à broyer l’homme se met en mouvement. Par paresse, les gens suivent, font enfler et acculent la victime. Personne pour chercher à comprendre. Ecoutons Dieudonné Tine Pigui, ancien présentateur vedette de l’ancienne Ctv aujourd’hui Crtv. « A la Ctv, nous avons eu un premier directeur général, M. Florent Etoga Eily, un grand homme pour qui j'ai beaucoup de respect, qui nous a laissé les coudées franches, qui nous a demandé de faire notre métier. Il nous a avoué qu'il n'était pas un homme de télévision, qu'il était un grand commis de l'Etat, responsable de la gestion administrative et politique de la maison. Au départ, on a cru qu'on allait y parvenir, mais subitement il s'est passé ce que vous savez. Le Cameroun est un pays des cabales, on monte des cabales contre les gens parce qu'on veut leur peau... M. Etoga a été victime d'une cabale. Quelqu'un d'autre a été nommé à sa place. »

Forjindam aussi ? Et Etonde Ekoto ? Et Paul Eric Kingue ? Amadou Ali était un homme de confiance du système.
En 2001, le curieux incendie d’une soute à munitions au quartier général de Yaoundé le met en première ligne. Il fait l’objet d’attaques dans les salons de Yaoundé. Ses contempteurs lui prêtent les intentions les plus inavouables. Le malaise est réel. Quelques mois plus tard, à la surprise générale, Amadou Ali est nommé ministre d’Etat chargé de la Justice. Au grand dam de ceux qui lui prédisaient la perdition. Significative est sa réaction à cette nomination. « Le chef de l’Etat m’a blanchi », dira t-il.

Des mots qui sonnent comme une délivrance publique. Il était condamné d’avance. A son tour, peut-être à son corps défendant, il enverra d’autres vers l’échafaud. Sans discernement ! Les chiens et les chats dans le même panier. Pour souscrire au rite sacrificiel de la nuit des temps ! La liste des agneaux du sacrifice ou de ceux qui se présentent comme tels est loin d’être exhaustive. Kadhafi, Saddam Hussein, Att, Um Nyobé, Enoh Meyomesse, Atangana Mebara, Olanguena Awomo Urbain, Ahidjo, Paul Biya himself? Voire…

Mais comme le dit un proverbe arabe, « chercher à se justifier quand on n’est pas coupable, c’est s’accuser ». Le juif de Nazareth avait choisi le silence, si fécond. Mais lui il avait les moyens de se taire. Peut-on frapper sur un enfant et l’empêcher de crier ?

Bon mercredi et à mercredi

Edking

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