12/08/2009 14:43:01
Cameroun-FMI : erreurs d'experts sur un emprunt
Les vingt années d’ajustement structurel au Cameroun ont profondément traumatisé la pensée économique des chercheurs et autres experts. Des peurs injustifiées au regard du dernier emprunt Inoni qui a donné lieu à une mémorable levée de boucliers. Et si les experts camerounais s’étaient trompés de diagnostic?
La Nouvelle Expression
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Les vingt années d’ajustement structurel au Cameroun ont profondément traumatisé la pensée économique des chercheurs et autres experts. Des peurs injustifiées au regard du dernier emprunt Inoni qui a donné lieu à une mémorable levée de boucliers. Et si les experts camerounais s’étaient trompés de diagnostic?

L’objectif de cette contribution est d’éclairer l’opinion publique nationale sur les principes fondamentaux de la finance, les concepts théoriques et leurs applications en tant que décisions financières.

Il s’adresse aux étudiants qui suivent un enseignement de finance, aux professionnels déboussolés par ce qui se dit dans la presse et désireux de rafraîchir ou compléter leurs connaissances en matière de gestion des finances publiques sur la plan national et international, les enseignants y trouveront certainement des illustrations non seulement des matières qu’ils enseignent, mais également des concepts portant sur les théories récentes pour lesquelles les applications pratiques sont encore rarement abordées et qui sûrement restent méconnues de certains de nos experts. Nous avons choisi de limiter notre intervention à l’essentiel, et nous nous levons pour dire stop aux «impostures», car il nous semble depuis un certain temps que le Cameroun est devenu un pays d'imposture, où chacun se lève pour pérorer en expert de ceci ou de cela, sans jamais montrer ni les références professionnelles ou académiquesdans le domaine d'intervention. Le ton et le style adoptés ne signifient pas que les notions abordées soient élémentaires, car la finance n’est sans doute pas parmi les sciences de gestion, la matière la plus facile, puisqu’elle fait appel à plusieurs autres disciplines, à savoir: l’économie dont elle est issue, la comptabilité, les mathématiques et les statistiques. Nous avons choisi de limiter le niveau mathématique et statistique à ce débat, afin de rester accessibles à toutes les cibles de cette contribution. Les concepts auxquels nous faisons allusion pour soutenir notre argumentation constituent la pierre angulaire de la finance moderne; leurs applications réelles nécessitent parfois de faire appel à des outils plus sophistiqués que ceux utilisés par nos experts locaux pour l’évaluation des dettes risquées.

Pour revenir sur l’essentiel. Le Cameroun avait-il besoin de se réendetter auprès du Fonds monétaire international de l’ordre de seulement 67 milliards de francs Cfa, alors que le pays tient une position financière plutôt confortable au regard de ses dépôts auprès du système bancaire ou de ses avoirs extérieurs qui lui garantissent un pouvoir d’autofinancement de près de 3000 milliards?

La querelle fait des étincelles dans les colonnes de la presse locale depuis le mois de juillet, l’arsenal des arguments déployés par des «experts» en fait perdre jusqu’au sens élémentaire de la logique économique à un public désorienté.

Pour recentrer le débat, il faudrait commencer par disqualifier la logique arithmétique de la macroéconomie et descendre (ou remonter, tout dépend du point de vue où on se situe) aux dures logiques de la gestion économique d’un Etat. Et disqualifier des maximes du type «un tiens vaut mieux que deux tu l’auras.»

Un Etat se gère comme une macro entreprise, avec les mêmes règles, à la seule exception que la gouvernance d’entreprise n’est pas la même que la gouvernance étatique, simplement parce que le gouvernement peut être amené à prendre des décisions qui n’obéissent à aucune rationalité économique, pour des raisons électoralistes par exemple.

Les adversaires de l’emprunt auprès du FMI se trompent de modèle

Mais il faut, d’entrée de jeu, se fonder sur le postulat qu’un Etat se gère comme une grosse entreprise, et, pris sous cet angle, le chef du gouvernement est comme le dirigeant d’entreprise, et à ce titre, il dispose de plus d’informations que les autres citoyens pris comme actionnaires de l’entreprise. De cette position, il est mieux à même de prévoir les retombées futures susceptibles de rembourser l’emprunt contracté. Il sait mieux que quiconque dans quel état la nature de l’économie du pays se trouve. Dans cette perspective, tout signal émis par lui tendant à faire croire que les flux futurs seront meilleurs que prévus ou que le risque sera moindre, a une signification dans le monde de la Finance. Même dans le cas d’une asymétrie d’information, on ne peut pas comprendre qu’un dirigeant sachant qu’un emprunt est très risqué et a de faibles retombées par rapport à son pays, s’endette pour le financer. Vous voyez à quoi il peut s’exposer?

De toutes manières, le dernier emprunt auprès du Fmi n’affecte en rien l’indépendance ou la liberté de choix économiques du Cameroun, simplement parce qu’il n’est assorti d’aucune conditionnalité. Son taux d’intérêt, à 0,5 % sur dix ans, est cent fois plus avantageux que n’importe quel autre concours d’une banque de développement ou d’un emprunt public à l’épargne privée auprès d’une place boursière.


Le Cameroun a 1600 milliards de réserves, c’est un détail; de taille certes, mais qui ne justifie pas qu’il s’interdise de s’endetter pour 67 milliards à un taux zéro sur dix ans. Nous sommes en plein dans la logique d’une entreprise qui a bien intégré la loi de l’effet de levier financier. Si les 67 milliards sont investis dans des secteurs productifs avec seulement une rentabilité de 10 % sur l’année, le Cameroun sort largement gagnant au bout de dix ans. L’Etat ne devra dépenser que 335 millions en intérêts alors qu’il aura engrangé 6,7 milliards. Aucun client d’aucune banque commerciale ou de développement ne peut bénéficier d’une telle facilité.


Si les 67 milliards sont investis dans des secteurs productifs avec seulement une rentabilité de 10 % sur l’année, le Cameroun sort largement gagnant au bout de dix ans. L’Etat ne devra dépenser que 335 millions en intérêts alors qu’il aura engrangé 6,7 milliards de retours sur investissement. Aucun client d’aucune banque ne peut bénéficier d’une telle facilité.Le débat sur le prêt du Fmi est d’autant plus hors de propos que la situation macroéconomique du Cameroun aujourd’hui devrait inciter à un peu de retenue. Si on peut saluer le sursaut de nationalisme des experts camerounais, il y a lieu de déplorer leur totale absence d’intelligence économique globale alors que la finance internationale peine à se relever des scandales des fonds spéculatifs en Europe ou aux Etats-Unis, et que dans tous ces pays durement frappés par la crise, les incitations à donner du crédit aux entreprises et autres ménages sont conseillées et recommandées du fait de la corrélation entre le volume de crédit et la croissance, nous ne voyons pas en quoi serait-ce une mauvaise chose pour un Etat. Ces Messieurs nous donnent l’impression d’avoir hérité d’un traumatisme majeur au sortir de deux décennies d’ajustement structurel qui ont conduit le Cameroun au rang de pays pauvre et très endetté.

Feu le Professeur Joseph Tchuindjang Pouémi, l’auteur de «Monnaie, Liberté et Servitude», s’invite au débat, malgré lui, dans l’argumentation de l’un des experts insurgés. On peut ainsi lire: «Les connaissances codifiées et accessibles à l’heure actuelle établissent clairement que les réserves de change ne garantissent nullement une monnaie et encore moins une économie, mais elles en découlent. Les réserves de changes constituent des avoirs ou actifs financiers extérieurs qui servent en l’occurrence à assurer les paiements internationaux d’un pays». Le passage est extrait d’une contribution de Babissakana ( Le Messager N° 2909 du 31 Juillet 2009, c’est nous qui soulignons). Ce passage appelle deux réflexions. Il faudrait dépasser Tchuindjang qui a eu raison en son temps, et se ressaisir à présent que le pire est derrière nous et savoir tirer le meilleur parti du système financier international.

Premièrement. Que les avoirs extérieurs ne garantissent pas une monnaie ou/et une économie, mais en découlent plutôt, la leçon a été dispensée par Tchuindjang Pouémi il y a bientôt trente ans. C’est une sorte d’imposture que de déclarer que nous le savons avec «les connaissances codifiées et accessibles à l’heure actuelle.»

Dans la lancée du même paragraphe, on lit que les réserves de changes constituent des avoirs ou actifs financiers extérieurs qui servent en l’occurrence à assurer les paiements internationaux d’un pays.»

Nous naviguons en plein dans une séance de démonstration d’évidences. Les dollars ou les euros gardés au Trésor français ne servent pas à payer le paysan des BAMBOUTOS qui a vendu une tonne de tomates sur le marché de Rungis. Le pauvre paysan veut des CFA ici, au Cameroun. Cette figure entraîne une petite conséquence. A chaque fois qu’un paysan vend un kilogramme de café à l’étranger, il faut faire tourner la planche à billets Cfa pour lui tenir à disposition la contre-valeur de son kilo d’arabica en Cfa. Le modèle s’inverse lorsque les mêmes Camerounais, paysans, hommes d’affaires ou hauts fonctionnaires, s’achètent des Mercedès au Cameroun. A chaque grosse berline achetée à Paris ou à Berlin, les réserves extérieures du Cameroun fondent d’autant.

Sur les 1600 milliards de réserves de changes, si le Cameroun ne produit pas suffisamment pour compenser ses importations de biens d’équipements, de limousines ou de marbres importés d’Italie, la situation de la balance des paiements sera bien vite déficitaire si l’on s’en tient aux notes de conjoncture de la BEAC. Avec la crise, le bois du Cameroun ne se vend plus. Les cours du pétrole se sont effondrés en même temps que ceux de l’aluminium et de tous les autres métaux d’exportation. La méchante crise commencera lorsqu’on aura acheté pour 2000 milliards à l’extérieur, de Toyota, de Mercedès ou de Hummer, alors qu’on n’aura pas vendu 1000 milliards de pétrole, de bois, de cacao ou de banane. C’est là que commencent les déficits des balances de paiements qui nous mènent droit vers le Fmi.

Y avait-il mieux à faire que de recourir à un endettement pour anticiper ce déséquilibre de la balance, surtout lorsqu’on sait que les grands projets miniers des grandes ambitions, si chères au président de la République, nécessiteront d’importantes importations en équipements et en matériels? Il y a lieu de recommander la prudence. Parce qu’on doit s’aventurer à consommer des importations que notre production commercialisée de bois ou de pétrole, projetée sous un modèle binomial (à la hausse comme à la baisse) à l’export ne couvrira pas avant une certaine période, et de peur que notre «expert» aux compétences réelles ou supposées ne nous fasse des recommandations avec sa boussole financière, il faut attendre que cela se produise avant de constituer un dossier pour demander cet emprunt? A Jdé wa...

Or, il était tout à fait normal dans une telle situation de recourir à un endettement; ce qui n’est qu’une bonne mesure de prudence et d’anticipation, et on ne voit pas pourquoi notre «juge des opportunités d’endettement;» n’est pas convaincu de la pertinence et de la justesse des arguments du ministre des Finances et Mme Malengu.


A propos de l’endettement,
Christian Penda EKOKA avait toujours l'habitude de me dire que ce n'est pas l'endettement qui est mauvais, c'est ce qu'on;en fait. Il y a une dette productive par opposition à une dette improductive; un endettement mort et un endettement vif. Le problème dans le passé avec nos pays (africains) a été d'investir des fonds empruntés dans des projets non viables, qui devaient être en définitive remboursés par les sommes issues de la vente de café, cacao, pétrole et autres matières premières. Toutes mes excuses, Monsieur l’expert. La prochaine fois, intéressez-vous aux utilisations des sommes empruntées, vous comprendrez que vous ne vous serez pas investi pour rien, et quant à votre nationalisme débordant, la nation toute entière vous sera à jamais reconnaissante...


L’illusion des réserves extérieures
Les réserves extérieures sont des avoirs officiels extérieurs exprimés en différentes monnaies-clés (yen, dollar, euro, livre sterling etc.), placées au niveau de plusieurs établissements financiers de par le monde. Cette diversification des placements, des établissements et des pays fait partie de la politique de sécurisation de ces avoirs. Généralement, ces réserves se déclinent en dépôts en principe rémunérés ou en souscription de titres publics, comme l’a si bien expliqué le ministre des Finances. A moins que l’institution dépositaire ne sombre dans la faillite, les dépôts ne sont pas exposés au risque de non - restitution. Quant à la souscription de titres publics (du genre des bons du Trésor américain ou français), leur remboursabilité ne peut être une source d’inquiétude. Le seul grand souci à avoir, à la faveur de cette crise, pourrait procéder de la volatilité des parités, des cours de change, volatilité susceptible d’induire des pertes de change et compromettre les équilibres de la balance des paiements. Est-ce ce qui inquiète tant nos experts? Au point où leurs recommandations visent plutôt à les utiliser qu’à recourir à un emprunt?

Ils devraient tenir bon, car ce souci fait partie du lot quotidien et du fonctionnement du marché des changes et les gars de la Banque centrale sont préparés à ce type de gymnastique.

Par ailleurs, dans le monde, on a observé que des décisions intelligentes de politique économique travaillent à préserver les avoirs extérieurs. Ces politiques se formulent généralement en termes de restriction d’importations de biens manufacturés. Un pays comme l’Algérie a interdit sur dix années l’importation de biens manufacturés. Pas tous les biens manufacturés, mais ceux qui n’ont pas valeur de biens d’équipement et qui, en tant que tels, ne participent pas à la création d’une valeur ajoutée du PIB.

Le Cameroun dans un avenir immédiat ne soutiendra pas longtemps la comparaison avec une puissance émergente comme l’Algérie. L’Algérie a sa monnaie, le Cameroun n’en a pas une. Le problème est forcément ailleurs.

Que valent des réserves extérieures de 1600 milliards de francs CFA pour un pays dont l’endettement extérieur est de 10 mille milliards? Une telle situation n’est pas viable, ou simplement fiable. Ce tableau peut mener à une conclusion que le Cameroun est un pays insolvable. Si on s’en tient aux analyses de nos experts de la saison, un Etat se porterait très bien si ses avoirs extérieurs couvraient à la fois sa dette extérieure, ses déficits budgétaires et les déséquilibres de sa balance commerciale.

L’Algérie a des avoirs extérieurs qui représentent 140 milliards de dollars US, soit 70 mille milliards de francs CFA; soit à peu près 35 fois le budget actuel de l’Etat de du Cameroun.

Les réserves de change du Cameroun, comme celles de la Chine, peuvent être sûrement placées dans les bons de trésor américains, sans pour autant compromettre la capacité d'endettement du Cameroun. Aucun pays ne peut se développer sans dette, toute la question est de savoir ce qu’il en fait. C'est dans le choix des investissements que doit jouer la rationalité économique, et non dans une peur frénétique ou morbide de la dette. A ce sujet, Monsieur l’expert, il serait d'ailleurs intéressant pour vous occuper, de comparer le niveau d'endettement du Cameroun par rapport à son PIB, à celui de la France, des Etats Unis... pour tirer la sonnette d'alarme, dès que vous aurez terminé, nous payerons pour vous les pages du Times, Herald etc… pour y étaler votre ignorance.

Redevenons sérieux. Nous croyons qu'on ferait mieux de renforcer l'économie productive du Cameroun pour qu'elle exporte davantage de produits oeuvrés, non traditionnels, qu'elle crée davantage de richesses, au lieu de contempler des réserves de change nées d'une conjoncture favorable des cours pétroliers, car comme elles pourraient se volatiliser tout aussi rapidement, si on continue à tout importer - denrées alimentaires et autres -, et si la conjoncture mondiale s'inversait en défaveur du pétrole?

Si les réserves de changes ne garantissent pas la monnaie et qu’elles en découlent plutôt, il faut en tirer les conséquences. On ne prête qu’aux riches, et le Cameroun n’est pas encore classé pays riche. Mais pays pauvre, aucun banquier au monde ne refusera un prêt au Cameroun. Tout le monde parie sur le Cameroun.

Avec ses barils comptés dans le secteur du pétrole, l’Etat du Cameroun doit travailler dur pour rattraper ses retards sur le chemin de la croissance. Les experts qui sortent de leurs gonds aujourd’hui n’étaient pas de la bataille intellectuelle lorsqu’il fallait disqualifier les plans d’ajustement structurel du Fmi. Les experts insurgés sont de toute évidence en retard d’une petite leçon: chaque fois qu’un Etat sous-développé doit compter sur les secours financier de la communauté financière internationale, il doit s’entendre avec le Fmi et la Banque mondiale.

Le Cameroun est un bon exemple de ce schéma. On a coupé les salaires dans la Fonction publique de 70 %. C’était une conditionnalité de la Banque mondiale et du Fmi. La Banque mondiale a institué des programmes d’investissements prioritaires, pour nous interdire de construire des routes ou des hôpitaux, c’était le plan d’ajustement, et du coup, personne ne voulait plus entendre parler de la Banque mondiale ou du Fmi.

Mais, on se fait une raison de composer avec eux parce que le monde de la finance internationale est ainsi fait. Si vous ne vous entendez pas avec le Fmi et la Banque mondiale, vous n’aurez pas droit à un seul centime de la communauté financière internationale; c’est comme le disait Christian Penda Ekoka, dans une de ses multiples interventions, «si tu veux un financement du Vatican, il faut tout au moins commencer à être catholique.» Omar Bongo Ondimba ne s’est pas converti à l’Islam pour les versets coraniques de Mahomet, mais bien pour les secours garantis de la Banque islamique.

La leçon que nos experts n’ont pas apprise est celle-là. La gouvernance mondiale de la finance internationale est assurée par Bretton Woods. G8 ou G20, ces Messieurs de Washington ont toujours le dernier mot. Ce système-là contrôle les 70 % des bailleurs de fonds de la planète. Essimi Menye notre actuel ministre des Finances, qui en est un produit, le sait. Il vaut mieux composer avec eux plutôt que de créer des dissidences. Le Cameroun a besoin de beaucoup d’argent pour financer ses projets des grandes ambitions. On ne les financera pas avec les petits milliards de réserves. Il faudra pouvoir compter avec la communauté financière internationale.

Modigliani et Miller interpellés
Le signal donné au marché financier s’invite au débat; toujours dans l’argumentation de l’un des experts insurgés. On peut ainsi lire: «Ainsi en l’absence des difficultés réelles et disproportionnées de balance des paiements en 2009, l’emprunt des 144,1 millions de dollars US obtenu du Fmi donne un signal aux agents économiques nationaux et internationaux que le Cameroun est en crise et a d’énormes difficultés de balance de paiements alors que tel n’est pas le cas». Ce passage interpelle Modigliani et Miller, Prix Nobel d’économie. Comme nous l’affirmions en début de cette contribution, un Etat est comme une grosse entreprise. En effet, avant l’article fondateur de Franco Modigliani et Merton Miller, les théoriciens et praticiens de la finance pensaient que la structure de financement avait une importance, mais ceci pour des raisons erronées (Cf Franco Modigliani et Merton Miller, «The cost of the capital, corporation finance and the theory of investment» qui ont démontré qu’il n’existe pas une structure optimale de financement d’une entreprise, c'est-à-dire une meilleure combinaison fonds propres - endettement qui garantisse une valeur optimale de l’entreprise. En tout cas, si les marchés sont à l’équilibre, cela n’est pas vrai. L’expert prétend que l’endettement auprès du Fmi est un mauvais signal pour les investisseurs. Cette affirmation est fausse et sans fondement théorique aucun. Pourquoi ? Parce c’est une myopie de ne pas comprendre que tout Etat est, dans une certaine mesure, une grande entreprise aux moyens limités, qui a des obligations financières et détient également des actifs et des créances et sa gestion financière, malgré des règles spécifiques, n’est pas sans rappeler celle d’une entreprise. L’Etat du Cameroun est tenu de servir à l’économie, tous secteurs confondus, dans le cadre de la réglementation des changes, les devises dont elle a besoin pour fonctionner. En tant qu’entreprise de grande taille, ce n’est pas sa structure financière qui représente le signal, mais plutôt sa modification. C’est la bonne raison pour laquelle, dans les marchés boursiers, l’annonce d’une augmentation de capital entraîne, le plus souvent, une baisse du cours de l’action, car les investisseurs se disent que les dirigeants ne procèdent pas à une augmentation de capital lorsque la valeur leur parait sous-évaluée (compte tenu des informations internes qu’ils détiennent) afin de ne pas diluer leurs actionnaires actuels dans les mauvaises conditions.

Par contre, c’est lorsque les investisseurs apprennent que le Cameroun est en train de convertir ses réserves de changes et ses placements pour solder quelques difficultés internes que le mauvais signal est lancé à la communauté financière internationale. Par exemple, si les informations circulent sur les marchés financiers internationaux que le Cameroun est en train de réduire ses réserves de changes, les vendeurs de Hummer, Mercedès et marbre vont prendre peur, parce qu’ils n’auront pas la certitude de disposer des euros, des dollars ou des yens en compensation des biens et services échangés. Autre leçon pour nos vaillants experts

Lorsqu’un Etat qui doit financer ses investissements fait appel à un financement externe d’une institution comme le Fmi et il l’obtient, cela traduit seulement que cet Etat vis-à-vis de cette institution est crédible. Car, dans la pratique en général, ces apporteurs de capitaux externes vont exiger un état détaillé de l’utilisation des fonds et devront être convaincus que l’investissement réalisé va dégager suffisamment d’argent pour justifier les dépenses engagées. Ces bailleurs de fonds ne peuvent donc en aucun cas être complaisants, surtout en ce moment de crise financière aigue.


Leçon à notre expert supposé…
Le fait que le Fmi commence à prêter au Cameroun, en dehors de toute conditionnalité va donner un signal aux marchés financiers pour de bonnes raisons…

1) Emprunter suppose qu'on a la capacité financière et le crédit pour le faire; ce qu'on appelle capacité d'endettement. Il y a un temps où le Cameroun n'était pas capable de lever un sou sur les marchés financiers internationaux, parce que nombre de critères économiques fondamentaux - niveau d'engagements, des réserves, déficits budgétaires, situation de la balance des paiements - n'étaient pas bons. Au contraire de ce que pense notre ami Babissakana, le fait que le Fmi commence à prêter au Cameroun, en dehors de toute conditionnalité, va donner un signal aux marchés financiers internationaux que ce pays est de nouveau fréquentable...

2) Tout le monde n'a pas le privilège de lever un crédit ; le terme crédit vient du latin "credere" qui veut dire croire, faire confiance... Quand on te fait crédit, cela veut dire qu'on a confiance... Babissakana peut-il lever un crédit de 10 millions de francs Cfa auprès d'une banque ou encore moins un crédit de 5 millions auprès d’un établissement de microfinance local?

 

par Jean-Beaudry MANGUELE
Formateur dans les Masters de Finance

Jean-Beaudry MANGUELE

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