25/05/2012 05:11:53
Xénophobie. Les Africains pourchassés en Israël
A la suite de vives manifestations racistes, le ministère de l’Intérieur de l’Etat hébreux annonce l’emprisonnement de sans-papiers noirs sans autre forme de procès. Le peuple demande quant à lui, le départ, sans délai du sol hébreux, de tous les Africains.
Le Messager
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Manifestations anti noirs Israel

A la suite de vives manifestations racistes, le ministère de l’Intérieur de l’Etat hébreux annonce l’emprisonnement de sans-papiers noirs sans autre forme de procès. Le peuple demande quant à lui, le départ, sans délai du sol hébreux, de tous les Africains.

C’est peut-être l’histoire de l’arrosé devenu lui-même arroseur. Car l’histoire contemporaine enseigne qu’autour des années 1940, en pleine seconde Guerre mondiale, les juifs ont farouchement été pourchassés de l’Occident par les régimes nazis d’Hitler et autre Mussolini qui avaient déjà étendu leurs tentacules un peu partout en Europe. Les Juifs étaient alors identifiés par les intégristes comme la cause des malheurs culturels et économiques du vieux continent. Ils étaient alors chassés, vilipendés, traqués et exécutés lâchement. Cette face hideuse de l’histoire de l’humanité a été résumée dans un euphémisme : La Shoah. Et une des portes de sortie de crise a été la création de l’Etat d’Israël en 1948, survenue dans le mouvement sioniste. Seulement, un peu amnésique, les juifs (constituants essentiels du peuple Israélien) qui se plaignent encore (à raison) 64 ans après des effets du nazisme ont tôt fait de transposer aujourd’hui sur les Africains, les frustrations d’hier.

S’ils n’appliquent pas la Shoah sur plus de 60 0000 originaires du continent noir (dont de centaines de camerounais) vivant sur leur territoire, ils administrent au moins, au monde entier qui s’est apitoyé sur son sort pendant des décennies, une leçon d’ingratitude. Car par dizaines de milliers, les Israéliens se sont levés ce 23 mai 2012 pour demander le départ des immigrés noirs (parmi lesquels figurent des Camerounais) qu’ils accusent d’arracher leur travail, de causer l’insécurité et des crises de valeur. Le même discours de départ tenus il y a maintenant 70 ans par les nazis vis-à-vis des juifs.

« Les noirs dehors »

En effet, Plusieurs centaines de personnes se sont livrées à la chasse aux Africains mercredi soir à Tel-Aviv, d’après l’annonce faite par les officiels israéliens eux mêmes. Selon les médias de ce pays, les manifestants ont scandé des slogans xénophobes ou racistes – « Les noirs dehors » -- et vilipendé « les belles âmes gauchistes » qui défendent ces étrangers. Des mêmes sources, Le Messager a appris qu’au moins deux manifestants ont frappé un travailleur étranger, et d'autres ont fait éclater les pare-brise de plusieurs véhicules à bord desquels circulaient des Africains. « Suite à des violences, nous avons arrêté cinq manifestants », a simplement déclaré Mme Samri porte-parole du ministère de l’Intérieur à l'Afp.

Mais ce matin contre toute attente, Elie Yishaï, le ministre de l’Intérieur de l’Etat hébreux a annoncé l’emprisonnement d’Africains en situation irrégulière en guise de mesures conservatoires qui pourrait calmer les ardeurs du peuple qui cultive depuis quelques années un sentiment anti africains très poussés. Mais personne ne sait dans quelles conditions ces immigrés seront détenus.

Une mesure dont l’opportunité est relativisée par le site d’informations Jss News, présenté comme modéré à Tel-Aviv. Selon son administrateur, Jonathan-Simon Sellem, un journaliste vivant en Israël et qui connaît le monde des médias, de la diplomatie, de la géostratégie, « On peut penser ce que l’on veut des sans papiers africains en Israël mais qu’importe la réponse, l’attitude des israéliens qui ont manifesté mercredi soir est terrible et choquante. Et le fait que des députés aient participé à ce rassemblement ne peut qu’ajouter du dégoût envers ces parlementaires ». Les réactions des Etats africains et de l’Union africaines restent attendues. L’holocauste n’avait-elle pas ces allures au départ ?

Rodrigue N. TONGUE

Focal. Des centaines de Camerounais en danger

Parmi les 60 000 africains qui risquent d’être pris pour cible à tout moment par les Israéliens, figurent environ 400 Camerounais ; d’après une estimation puisée auprès des sources non officielles au ministère des Relations extérieures camerounais (Minrex). Cet effectif est composé du personnel de l’ambassade du Cameroun à Tel-Aviv, d’étudiants camerounais, de commerçants enregistrés par les autorités consulaires, mais surtout d’environ 150 compatriotes sans-papiers dans l’Etat hébreux.

Et donc, ils risquent de faire partie des Noirs qui pourraient être emprisonnés par les autorités israéliennes, si l’on s’en tient à l’annonce faite par le ministre de l’Intérieur. Le standardiste de l’ambassade du Cameroun en Israël a confié au Messager que le chef de la mission diplomatique, Henri Etoundi Essomba prend en ce moment (hier 24 mai 2012 à 17 heures) des mesures d’urgence pour regrouper tous ses ressortissants à la chancellerie, à travers des messages par téléphone et autres formes d’appels multipliés auprès de tous les regroupements communautaires camerounais. Si le gros des effectifs d’Africains vivant en Israël est constitué majoritairement d’Ethiopiens et Soudanais, le sort des ressortissants camerounais n'est donc pas moins préoccupant.


 

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