26/05/2012 15:36:21
Affaire Vanessa Tchatchou. Et la tempÍte s'estompa !
A mesure que le temps passe, l’affaire Vanessa Tchatchou s’enlise dans les décombres de la mémoire collective. Les rangs de la kyrielle d’associations qui se sont formées, pour donner de la voix à la contestation nationale au sujet du bébé volé, se sont fortement clairsemés.
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Ils sont assurément très peu nombreux , ceux-là qui auraient imaginé que l’affaire du bébé volé de Vanessa Tchatchou, serait à ce jour sans issue, ou pire, qu’elle ne susciterait plus l’intérêt des médias nationaux et internationaux . Tellement la pression était forte sur le régime de Yaoundé, exercée par un peuple camerounais debout comme un seul homme , qui en avait mare de ces enquêtes qu’on ne mène pas, ou qui n’aboutissent jamais, mare de ces affaires rocambolesques de vol de bébés, qui cachaient jusqu’ici une réalité bien plus perverse, le trafic des organes et des enfants.

L’affaire était tellement encombrante pour le gouvernement,  qu’elle avait réussi le tour de force de débusquer Paul Biya de son mutisme habituel, l’obligeant presque d’ordonner une enquête, pour faire toute la lumière et établir toutes les responsabilités. Des têtes étaient  même tombées, celle notamment de Anderson Doh Sama, alors directeur de l’hôpital gynéco obstétrique  et pédiatrique  de Ngousso.

Dans le même souffle et pour la première fois,  une « citoyenne  d’en bas » avait eu le courage de  trainer au tribunal plusieurs « hauts d’en hauts »parmi lesquels un ministre en fonction, une magistrate  et des hommes en tenue, scénario inimaginable il y a quelques mois seulement.

Vanessa TchatchouTous les camerounais se surprenaient alors de rêver qu’une société civile déterminée, plus informée de ses droits et surtout de son devoir d’influer sur la bonne marche des affaires de la République, pouvait significativement changer le cours des choses. Ils n’avaient pas tort. L’affaire Vanessa Tchatchou,  Parce qu’elle s’est nourri de l’accumulation des inégalités, des injustices et des  frustrations sociales au cours de longues décennies,était de l’envergure de celles qui, dans des « pays normaux », non seulement dessouchent des gouvernements, mais bien plus, provoquent des mutations profondes dans l’environnement sociopolitique, dans un espace pouvant s’étendre au-delà des frontières nationales.

Pour exemple, la révolution du jasmin qui a bouleversé la donne  sociopolitique et géostratégique en Tunisie, au Maghreb et dans la zone du Moyen-Orient en général, est partie d’une énième immolation par le feu d’un desperado tunisien, une immolation  de trop  qui a mis le feu aux poudres.

Au-delà du terrible réseau de trafic d’organes et de vols de bébés au profit des personnes nanties que cette affaire permettait de mettre à nu, l’image saisissante d’une enfant-mère déterminée, en proie à la férocité d’un système en faillite, représentait la parfaite allégorie de la condition de chaque camerounais aujourd’hui. Rien que pour cela, le combat désespéré mais résolu de Vanessa était un combat collectif et l’expression concrète  de ces douleurs muettes, ruminées au quotidien par d’autres femmes comme elles, violentées, humiliées et par-dessus tout dépossédées du fruit de leurs entrailles.

Silence éloquent

A mesure que le temps passe, l’affaire Vanessa Tchatchou s’enlise dans les décombres de la mémoire collective. Les rangs de la kyrielle d’associations qui se sont formées, pour donner de la voix à la contestation nationale au sujet du bébé volé, se sont fortement clairsemés. L’affaire est devenue une affaire bien camerounaise, comme beaucoup d’autres avec les temps forts qu’on connait par cœur ; le vacarme des chiens qui aboient au début, puis, les atermoiements d’une caravane judiciaire qui s’ébranle lourdement vers le silence éloquent de l’oubli éternel.

Quel camerounais a encore vraiment  espoir que la justice remettra son bébé à Vanessa Tchatchou ? combien de décennies  faudra-t-il pour parvenir  cette issue quasi improbable ? Quelle autre affaire plus ou moins  dans le même registre a-t-elle jamais débouché sur la manifestation de la vérité au Cameroun ?  Les neuf disparus de Bepanda le 23 janvier 2001, les assassinats jamais élucidés du père Engelbert Mveng le 24 avril 1995,  de Mme Ngongo Ottou en octobre 1988, de l’abbé Joseph Mbassi le 26 octobre 1988, de Ndjomo Pokam en 2006, des religieuses de Djoum en aout 1991, la liste est loin d’être exhaustive.

L’euphorie du départ avait disséminé une impression captieuse, que les camerounais avaient enfin compris que la pression tous azimuts de toutes les couches de la population, était bien plus accablante pour le gouvernement, et beaucoup plus efficace qu’une justice ouvertement aux ordres. Que non ! l’affaire a plutôt mis en évidence toutes les particularités spécifiquement nôtres, qui font qu’une révolution populaire du type tunisien , soit difficilement transposable au Cameroun.

Une société de castes et de tribus

On n’a pas attendu bien longtemps pour voir le drame d’une mère privée de son bébé, se déporter éhontément    sur le champ d’un tribalisme primaire. Certains ont perçu à travers l’engagement forcené des uns et des autres pour une cause pourtant noble, une rivalité, un duel entre la tribu de la principale accusée Caroline Mejang Ndikum Ateh et celle de la plaignante, Vanessa Tchachou. Un débat autant imbécile qu’inutile, qui n’a eu pour principale conséquence  que d’éroder les ardeurs et de détourner l’attention de l’essentiel.

Il en est toujours ainsi. L’argument tribal s’invite toujours fatalement, chaque fois que les camerounais doivent se déterminer par rapport à un problème de fond, d’intérêt vital pour la vie de la nation. Paul Biya ne le sait que trop bien. Il sait que le tribalisme est une arme de division massive, que les camerounais sont autant de feux de paille à qui il faut juste laisser le temps de se défouler pour que la vie reprenne son cours normal, qu’il n’existe pas au Cameroun  une conscience collective et qu’il ne faut surtout pas compter sur l’opposition politique, pour cristalliser une quelconque contestation. On l’a encore vérifié sur ce coup, les associations de femmes ont tout simplement démissionné et les hommes politiques, comme pour l’épidémie de choléra en 2010 ou les femmes séquestrées dans des hôpitaux après l’accouchement, sont restés de marbre.

Même les médias privés qui ont relayé l’essentiel du mécontentement populaire  se sont tu, ou ont entrepris d’entrainer le débat dans les profondeurs de la bêtise, comme cette publication de la nouvelle expression du 10 mai relative à l’expulsion de la jeune mère d’un monastère où elle avait trouvé refuge après son expulsion de L’hôpital le 12 mars dernier. On se demande bien ce que vaut pareille  révélation même fondée, à côté des enjeux et de l’épaisseur de l’affaire.

Vincent Sosthène FoudaJamais sans le « fey »

Il ne manquait plus que ce zeste d’indélicatesse, ce petit bout de tricherie, pour donner à l’affaire Vanessa Tchatchou, le goût fortement épicé d’une sauce bien camerounaise, on ne s’en est pas privé.

La frénésie initiale d’un Vincent Sosthène Fouda , à qui l’opinion publique nationale avait trop vite donné le bon Dieu sans confession, n’était que le masque hideux  d’un homme politique en mal de visibilité et de notoriété, la suite est connue : Des photos truquées, des rencontres fictives, des initiatives imaginaires sur le dos d’une tragédie, simplement pour exister. Depuis Vincent Fouda a appris à se taire.

De la même manière, la foultitude d’associations qui sont nées dans le sillage du bébé volé, entretenaient  un agenda caché, parfois aux antipodes de la profession de foi officiellement  affichée.

Ainsi, les mêmes causes dans les mêmes conditions produisant exactement les mêmes effets, l’affaire Vanessa Tchatchou comme beaucoup d’autres mentionnées plus haut, risque fort de s’encrasser aussi bien dans les labyrinthes obscurs de la justice camerounaise, que dans les recoins de la mémoire collective.

Arrivera ensuite un autre drame, les clameurs d’indignation se lèveront toujours au début, l’affaire s’évanouira à mesure que le temps passera, elle sera ensuite classée sans suite et la vie continuera, le Cameroun, c’est le Cameroun.

Joli-Beau Koube

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