28/05/2012 01:20:59
Québec: Appui populaire à l'État policier?
En s’appuyant sur des sondages douteux pour imposer une loi liberticide visant à tuer un mouvement étudiant qui ne s’essouffle pas et manifeste depuis une centaine de jours, le premier ministre du Québec a plutôt, pour employer une expression qu'il affectionne particulièrement, « tout mis en œuvre » pour provoquer le suicide politique de son gouvernement et donner naissance à une lutte populaire dépassant largement le conflit étudiant.
mondialisation.ca
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Manifestation des étudiants à Montréal

Désobéissance civile totale face à la loi spéciale.

En s’appuyant sur des sondages douteux pour imposer une loi liberticide visant à tuer un mouvement étudiant qui ne s’essouffle pas et manifeste depuis une centaine de jours, le premier ministre du Québec a plutôt, pour employer une expression qu'il affectionne particulièrement, « tout mis en œuvre » pour provoquer le suicide politique de son gouvernement et donner naissance à une lutte populaire dépassant largement le conflit étudiant. La lutte estudiantine s’est métamorphosée en véritable lutte populaire.

Depuis un mois des manifestations se déroulent quotidiennement dans la métropole. Si elles sont surtout pacifiques, elles ont tout de même ouvert la porte à des casseurs, à des problèmes de circulation parfois chaotiques et engendré une répression policière souvent brutale. Le gouvernement a laissé la situation se détériorer en restant campé sur ses positions, tout en accusant les étudiants de faire la même chose.

De nombreux citoyens et commerçants touchés se sont fait entendre dans les médias et ont blâmé le mouvement étudiant pour ces débordements, comme l'ont fait bien des chroniqueurs. Même si ça et là dans les médias on blâmait le gouvernement pour son inaction et son refus de dialoguer avec les associations étudiantes, tout semblait jouer en faveur du gouvernement selon les sondages.

Après l’annonce d’une loi spéciale devant forcer le retour en classe, on pouvait lire dans les deux grands quotidiens de la métropole que l’appui aux étudiants était à la baisse et que la majorité de la population était derrière le gouvernement :

Questionnés par CROP en mars sur leur appui à la position du gouvernement de hausser les droits de scolarité et l'idée de forcer le retour en classe, 59% des gens se disaient en accord. La proportion a grimpé à 68% moins de deux mois plus tard. (Pascale Breton L’appui aux étudiants s’effrite, La Presse, 4 mai 2012)

La tendance est sans équivoque. Le gouvernement gagne encore un peu plus les faveurs des Québécois sur la hausse des frais de scolarité, puisque 60 % des sondés soutiennent l’augmentation. (Mélanie Colleu, Appuis au plus bas, Le journal de Montréal, 10 mai 2012.)

Fort de cet appui dans les sondages, le gouvernement a mis en place la Loi 78 allant bien au-delà du retour en classe forcé, brimant des libertés fondamentales telles que les libertés d’opinion, d‘expression, de réunion et de manifestation, un geste politiquement suicidaire pour un parti politique entaché par des scandales de corruption et vivement critiqué pour ses nombreuses décisions néolibérales impopulaires, comme la vente à rabais et en secret des ressources naturelles de la province à des entreprises étrangères.

Un sondage paru dans le quotidien La Presse au lendemain de l’adoption de la loi réitérait l’appui massif des Québécois à la loi spéciale : 68% de la population en faveur de la « ligne dure » disait-on. Ce sondage, effectué avant même que l’on connaisse le contenu de la loi adoptée le 18 mai vers 17:30, a immédiatement soulevé un tollé et mis le quotidien dans l’embarras. Pour plus d’un, il s’agissait d’une tentative de manipulation de l’opinion publique.

Julie Lévesque

 

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE