30/05/2012 02:48:47
Yaoundé. Des policiers tuent un Nigérien et s'emparent de son argent
Aboubacar Zaba a été agressé à mort et dépossédé de son argent à son domicile du quartier Mokolo Elobi, le jeudi 24 mai 2012, par 5 éléments de la police de l’Emi-immigration, qui ont pris la fuite à bord d’un pick-up de couleur blanche. Le consul du Niger se saisit du dossier et exige des explications.
Le Messager
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Yaoundé

Aboubacar Zaba a été agressé à mort et dépossédé de son argent à son domicile du quartier Mokolo Elobi, le jeudi 24 mai 2012, par 5 éléments de la police de l’Emi-immigration, qui ont pris la fuite à bord d’un pick-up de couleur blanche. Le consul du Niger se saisit du dossier et exige des explications.

Le climat est encore très tendu au quartier Mokolo Elobi ce mardi 29 mai 2012 à 11 heures. Non loin d’une petite mosquée de fortune située à quelques mètres en face de la « pharmacie Elobi », des groupes de personnes commentent encore les évènements malheureux survenus dans ce très bouillant quartier, le jeudi 24 mai 2012 vers 14 heures. Ce jour là, en effet, Aboubacar Zaba, jeune Nigérian marié à deux femmes et père de 10 enfants résidant tous au Niger, aurait été violenté et finalement tué par cinq éléments de la police camerounaise. Ils ont par la suite pris la poudre d’escampette. Mais comme un crime n’est jamais parfait, leur départ fracassant a suscité des interrogations chez des curieux, qui sont retournés dans la résidence du jeune Aboubacar, le trouvant moribond. « Il avait le cou tordu », lance le porte-parole d’une communauté étrangère résidant dans ce quartier. Il préfère rester dans l’anonymat, par peur de représailles.

Nos sources multiples et concordantes rapportent que la victime était en repos dans son domicile après avoir participé à la prière de midi, lorsque les forces de l’ordre en tenue de ville ont débarqué. «Ils étaient arrivés vers 14 heures et avaient stationné leur car Hiace neuf de couleur blanche. Deux des 7 policiers qui s’y trouvaient sont descendus en compagnie d’un Malien bien connu ici, et l’on amené chez lui pour prendre l’argent comme d’habitude. Un seul des policiers est sorti quelques temps après avec le Malien, et est entré dans la maison avec un renfort de 4 autres policiers en civile », révèle un tailleur malien, témoin oculaire de ces va-et-vient. L’on apprend alors d’un autre Malien trouvé sur place, que les deux policiers auraient tenté d’extorquer de l’argent à la victime sans succès, avant d’envisager l’hypothèse de la violence. « Quand ils ont fini avec le Malien, ils ont entendu les bruits dans la chambre du Nigérien. Puis, ils ont frappé à sa porte. Lorsqu’il a ouvert, il a sorti de sa poche ses papiers qu’il a présentés. Malheureusement en les sortants, les policiers ont vu de l’argent et ont exigé qu’il leur en donne. Ce qu’il a refusé. Ils ont tenté de prendre par la force. Il s’y est rudement opposé. C’est pourquoi l’un est sorti, a appelé le renfort de 4 autres policiers qui l’ont finalement molesté et laissé mourant », raconte-t-il en larme.

Ces policiers « agresseurs » sont bien connus des habitants du secteur. Ce d’autant plus qu’ils y viennent très régulièrement, pour se remplir les poches dans les opérations de contrôle de conformité des papiers des étrangers. Le chauffeur à bord du véhicule de police ce jour fatidique, porterait le pseudonyme de « bon blanc ».

Deux deuils pour une famille

Des personnes proches à feu Aboubacar Zaba rapportent qu’il était vendeur de vêtements de friperie. Le pauvre chef de famille envisageait de se rendre dans son Niger natal samedi 26 mai dernier, pour assister aux obsèques de son fils ainé, mort la veille. « Il me l’a fait savoir à la mosquée lors de la prière. C’est un monsieur qui est toujours en règle. Il avait tous ses papiers encore valides et ne craignait rien. Mais lorsque nous sommes arrivés dans sa chambre, nous n’avons vu aucun sous, aucun de ses papiers. La police l’ayant tué a ramassé tout cela pour dissimuler son forfait. Ce monsieur vient et repart régulièrement dans son pays puisqu’il y est chef d’une grande famille », rapporte un doyen de la communauté malienne résidant dans ce quartier, qui dit être l’ami de la victime.

La nouvelle de cette agression s’est rependue comme une traînée de poudre. «C’est le porte parole de la communauté nigérienne qui a passé des coups de fils pour annoncer ce crime aux chefs de la police et même aux assassins pour qui il sert souvent d’intermédiaire lorsqu’un nigérien est en difficulté. Par la suite, il a saisi le consul du Niger à Yaoundé », apprend-on sur place. Le sous-préfet de Yaoundé II, Kidadi Taguieke Boukar, le commandant de la brigade de gendarmerie de Tsinga, le consul de Niger au Cameroun et de nombreux hauts gradés de la police se seraient par la suite rendus sur les lieux, pour s’enquérir de la situation. « Le consul a expédié 100 mille francs au Niger pour que quelqu’un de la famille de la victime vienne identifier le corps qui se trouve à la morgue, avant l’inhumation, car on a jusqu’ici trouvé aucun papier d’identité », indique un Nigérien sous cape. Lundi dernier, une bonne brochette de témoins aurait été entendue à la police judiciaire de Yaoundé, qui a ouvert une enquête sur ce qui apparait aujourd’hui comme un crime, et non une mort fortuite suite à une agression nocturne, comme la police a voulu faire croire sur les antennes de la Crtv. Affaire à suivre.

Joseph Flavien KANKEU

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE