04/06/2012 03:34:39
Cameroun. Des pontes encombrants
De Ahidjo à Biya. La prison : une arme de destruction politique. Exception: Le Cameroun a désormais son «Guantanamo»
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Coup de tonnerre dans le ciel de l’administration pénitentiaire au Cameroun, vendredi 25 mai 2012. Le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Laurent Esso publie des décisions portant création des prisons secondaires à Douala et Yaoundé, respectivement dans les arrondissements de Douala Ier et Yaoundé VIeme.

La mesure du patron de la Justice est aussi assortie d’un acte nommant les nouveaux régisseurs des prisons secondaires qui en réalité, officient aussi par ailleurs, à la prison de Kondengui à Yaoundé et de New-Bell à Douala. Deux cumulards ! Soit. Pour les observateurs du landernau sociopolitique du Cameroun, les décisions de Laurent Esso viennent ôter le manteau d’illégalité qui frappait le transfèrement envisagé et finalement effectué, de certaines grosses prises de l’Epervier.

Au rang de celles-ci, Marafa Hamidou Yaya, ex-secrétaire général de la présidence de la République, qui secoue le régime et provoque la panique à travers des sorties épistolaires par médias interposés, Abah Abah Polycarpe, ex-ministre de l’Economie et des finances,  à qui le juge d’instruction a signifié un nouveau chef d’inculpation d’«évasion aggravée » et Yves Michel Fotso, un milliardaire moulé dans le privé et emporté par la gestion de la défunte Camair, lequel s’est farouchement opposé à son exfiltration de Kondengui.

A la vérité, les actes de Laurent Esso ambitionnaient de taire les critiques qui fusaient de toutes parts sur une exfiltration taxée de violation de la règle de droit par des juristes chevronnés. Malgré cela, d’autres avocats sont encore montés au créneau pour démonter les arguments brandis par les thuriféraires du régime de Yaoundé pour justifier un transfèrement toujours illégal, car le trio qui séjourne désormais à la prison secondaire de Yaoundé n’a pas encore été jugé, encore moins condamné pour qu’une telle mesure lui soit appliquée. C’est dans ce sillage, que le quotidien Le Messager effectue une plongée dans l’espace labyrinthique de l’administration pénitentiaire.

Des reportages proposés ci-contre, permettront aux lecteurs, de prendre le pouls de quelques prisons à la réputation tristement célèbre, dans quelques coins du pays à l’instar de Yoko, Tcholliré, Mamtoum et autres. Un voyage dans l’histoire pour passer en revue et de façon arbitraire et subjective, quelques célèbres anciens bagnards, va également fixer l’opinion sur une arme politique (les prisons) que les régimes de Ahidjo et Biya ont utilisé ou utilisent encore, pour régler quelques comptes à certains pontes en disgrâce, devenus ipso facto, encombrants.

Alain NJIPOU

NB. Lire de dossier spécial dans Le Messager de ce jour

De Ahidjo à Biya. La prison : une arme de destruction politique

Exception. Le Cameroun a désormais son «Guantanamo»*

Les quartiers généraux de la gendarmerie de Douala et de Yaoundé ont été érigés en prison secondaires en violation de toutes les conventions et traités internationaux sur la  détention des hommes. Explication.

Le fonctionnement de l’univers carcéral camerounais va-t-il à rebours ? Alors que sous d’autres cieux la société civile, les intellectuels et même une bonne frange de la classe politique crient haro sur les centres de détention d’exception à l’instar de la prison de Guantanamo, le régime de Yaoundé juge le moment propice pour en créer. L’illustration parfaite de cette reculade, c’est l’arrêté du ministre de la Justice, garde des sceaux créant àYaoundé VIe  et Douala Ier « des prisons secondaires ». Ce texte rendu public vendredi 25 mai 2012, quelques heures avant la déportation de Marafa Hamidou Yaya, Polycarpe Abah Abah et Yves Michel Fotso est accompagné d’un autre arrêté qui fait des régisseurs des prisons centrales de Douala et de Yaoundé les patrons respectifs des nouvelles prisons secondaires. En d’autres termes, les nouveaux pénitenciers dépendront (du point de vue administratif) des anciens.

Seulement, en dehors de la relation conjoncturelle qui existe entre le timing de la publication des arrêtés de Laurent Esso et du transfèrement brutal de Marafa et de ses compères au Sécrétariat d’Etat à la défense (Sed)  vendredi 25 mai 2012, la localisation des prisons secondaires montre à suffire que le camp de la gendarmerie nationale de Yaoundé et de Douala sont les nouvelles « prisons Esso ».

Car le Sed où sont incarcérés Yves Michel Fotso et Cie depuis vendredi ou encore Ondo Ndong et Titus Edzoa depuis quelques temps déjà ; puis la légion de gendarmerie  du Littoral où est détenu Alphonse Siyam Siewé depuis 2006 sont respectivement situés à Yaoundé VIe et Douala Ier. Et donc, par  un encadrement  judiciaire d’exception que le socio politiste, Mathias Owona Nguini taxe « de maraboutage judiciaire » des prisonniers dits pourtant de droit commun (et non pas des combattants comme les terroristes) seront gardés dans un camp militaire à Yaoundé, 22 ans après la session des libertés qui consacra, au Cameroun, le début de la dynamique du respect des libertés individuelles et collectives.

« Masque de fer »

Un excès  que même l’administration américaine  sous Georges W. Bush n’a pas atteint, au plus fort de la lutte contre le terrorisme accéléré après les terribles attentats du 11 septembre 2011. Car soucieux de sa constitution, des conventions des nations unies, de la déclaration des Nations unies pour les droits de l’homme et même des recommandations de la Pastorale des prisons faites par l’église catholique, Georges Bush Fils n’avait pas osé,  malgré le bilan de 3000 personnes  tuées en quelques minutes le 11 septembre 2001,créé sur le sol américain, une prison dont le personnel est issu des rangs de l’armée.

Le projet ignoble a pris corps à Cuba reconnu notoirement comme une des plus dures dictatures contemporaines. A contrario, la célèbre prison de Guantanamo devenue Camp delta pour la détention, dès 2002, de terroristes fait l’objet de vives critiques. Le président Obama a d’ailleurs annoncé sa fermeture décriant « une sauvagerie » humaine.

En revanche, au Cameroun on se fiche certainement mal de cette vision humaniste. Puisque en plein centre urbain à Douala, et en plein quartier résidentiel à Yaoundé se trouvent des centres de détention d’exception peuplés de militaires armés jusqu’aux dents. Pis, si à Guantanamo bay,  le camp de militaire Delta sert de prison pour des terroristes, à Yaoundé et Douala  Guantanamo land  accueille d’ex collaborateurs du chef de l’Etat camerounais tombés en disgrâce auprès de lui pour des raisons dont l’Histoire élucidera certainement un jour, tous les contours.

Les clients de Guantanamo land  accusés  par le discours officiel de détournement de deniers publics et officieusement  d’avoir voulu être "calife à la place du calife" seront donc traités comme de dangereux terroristes et jugés par une juridiction d’exception : le tribunal criminel spécial.  Le Cameroun a ainsi ses « masques de fer ». Car au Sed, Marafa Hamidou Yaya, Polycarpe Abah Abah  et Yves Michel Fotso retrouvent Gilles Roger Belinga, Emmanuel Gérard Ondo Ndong, Joseph Edou, Michel Thierry Atangana et Titus Edzoa, tous d’anciens barrons. Ces détenus gardés à vue en journée par les gendarmes armés de kalaches  et enfermés en cellules durant les  nuits (quelques-uns dans les sous-sols) en toute violation du code de procédure pénale en vigueur au Cameroun et du devoir de respect de la dignité. Ce, par la seule volonté  du Prince… pas celui de Machiavel. Non. Mais celui que décrivait Bertrand Téyou dans L’ante Code Biya. Il paraît que ce Prince là est plus perfide.


Rodrigue N. TONGUE
*Article paru dans le Messager du 29 mai 2012

 

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