05/06/2012 01:18:07
Humeur. Rome modèle indépasable de l'impérialisme ?
«La propagande est à la démocratie ce que la matraque est à la dictature.»
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Le monde du tittytainment

Le mot tittytainment a été utilisé pour la première fois par l'idéologue néolibéral Zbigniew Brzezinski en 1995 lors d’une réunion de la Fondation Gorbatchev. Le 27 septembre, la ville de San Francisco a vu affluer 500 personnes qui devaient suggérer une politique globale pour le nouveau siècle.

Margaret ThatcherParmi les participants, on pouvait compter Mikhaïl Gorbatchev, Margaret Thatcher, George H. W. Bush, Bill Gates et Zbigniew Brzezinsk (conseiller pour la sécurité nationale auprès de Jimmy Carter de 1977 à 1981). Ce jour-là, la plupart des congressistes à l'hôtel Fairmont sont parvenus à la conclusion suivante : au nouveau millénaire, 20 % de la population active suffira à faire fonctionner l'économie mondiale et 80 % de la population restante sera superflue. Nos élites, qui se sont donné le droit de réfléchir et de prendre des décisions à notre place, avaient un seul souci : comment empêcher la révolte des 80 % dont le système de production n’a pas besoin ?

La réponse qui a été applaudie par nos élites est celle de Brzezinski, sans doute il était le plus brillant, la solution se nommait tittytainment. Ce terme inventé par Brzezinski est une combinaison des mots tit (sein en argot américain) et entertainment (divertissement). L’évocation du mot sein ne fait pas référence au sexe mais plutôt à l’effet soporifique de l’allaitement maternel sur le bébé. Le concept est un cocktail d’aliments et de divertissement qui endormirait la masse. Pour contenir la populace dans l’aliénation, il fallait non seulement lui donner des hamburgers et des boissons, mais aussi lui donner accès aux établissements de divertissement et de spectacles. C’est un totalitarisme des temps modernes. Noam Chomsky l’exprime si bien : «La propagande est à la démocratie ce que la matraque est à la dictature.»

En réalité, le tittytainment essaye de nous convaincre que la situation sociale et économique que nous vivons est le résultat naturel du développement de l'homme et n'a pas été crée volontairement pour servir l’oligarchie qui en profite actuellement. Le tittytainment cherche à convaincre l'individu qu’il ne peut rien faire pour changer la situation. Il lui suggère que le mieux à faire c’est se distraire. L’exemple des multinationales de la grande distribution illustre très bien le monde qui se prépare sous nos yeux, s’il n’est pas déjà en place. Le consommateur est en train de tomber dans un sinistre piège. Pour le moment, on lui propose une gamme étendue de produits à moindre coût.

Mais une fois les multinationales de la grande distribution auront éliminé le commerce de proximité, un accord sur le partage des territoires sera signé entre les barons. Quand ils auront le monopole du marché, l’augmentation des marges bénéficiaires sera décrétée et on dira adieu à la qualité autrefois assurée par le commerce de proximité. L’exemple des multinationales de la grande distribution n’est pas unique, le secteur de l’agriculture, des transports, de la fabrication du livre connaissent le même sort. La destruction programmée des ressources de la classe moyenne rencontrera-t-elle une résistance ou est-ce la fin de la lutte des classes ?

Le monde de Jacques Attali

Jacques Attali est un ancien professeur d'économie à l'École polytechnique, né en 1943 à Alger. Il a été conseiller de François Mitterrand avant d’être nommé président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. Il est l’auteur de plusieurs livres. Aujourd’hui, il est tout fier d’avoir repéré le jeune énarque François Hollande qu’il a fait venir à l’Elysée sous le règne de François Mitterrand. Il faut souligner que le livre de M. Jacques Attali, Demain, qui gouvernera le monde ?a été édité en Algérie en 2011. Depuis quelques années, l’auteur prône trois idées principales :

1) La démocratie ne trouvera son accomplissement que lorsqu’elle sera une structure avec un gouvernement mondial, des gouvernements régionaux et des gouvernements locaux.

2) Pour devenir un citoyen exemplaire dans le monde futur qui sera nomade et sans frontières, il faudrait rompre avec tous les enracinements comme l’attachement à un pays ou à une culture.

3) Jérusalem serait la meilleure capitale du monde unifié autour d’un gouvernement mondial.

Jacque AttaliJaques Attali (photo) a toujours eu des idées singulières, raison pour laquelle Nicolas Sarkozy lui a confié, en 2007, la présidence de la commission chargée d'étudier les freins à la croissance. Mais il faut dire que les idées de Jacques Attali suscitent beaucoup de questions, notamment chez ceux qui trouvent effrayant le monde dont il parle. Les réponses on va les trouver forcement dans des livres d’auteurs de la même envergure et non pas dans des émissions TV animées par des humoristes.

Ce serait intéressant de lire des auteurs qui ont critiqué les travaux de Jacques Attali. D’ailleurs, l’un des penseurs qui ne partagent pas sa vision du monde vient de lancer une idée intéressante. Selon le sociologue et essayiste Alain Soral, la nouvelle lutte des classes aura lieu entre les prédateurs nomades et les producteurs sédentaires. Face à l’apologie des multinationales prédatrices nomades prônée par Jacques Attali, nous avons donc l’apologie du producteur sédentaire. Alain Soral avoue qu’il n’est pas le premier à avoir eu cette idée, qu’elle est citée dans l’introduction du livre du sociologue allemand Werner Sombart sur Les juifs et la vie économique. Alain Soral tient à vulgariser cette idée de la nouvelle lutte des classes, il serait inspiré par Larbi Ben M'hidi qui disait : «Jeter la révolution dans la rue, le peuple la prendra en charge.»

En effet, si Larbi Ben M'hidi était vivant, il exploserait une révolution socioculturelle. Jacques Attali, lui, fait la révolution à sa manière. Mais il faut tout de même avouer que son livre Demain, qui gouvernera le monde ? publié en France en 2011 n’est pas un grand succés, alors que celui d’Alain Soral Comprendre l’Empire publié la même année dans le même pays est un bestseller. Sachant que les deux auteurs ne sont pas ennemis – bien qu’ils aient souvent confrontés leurs idées – et que chacun d’entre eux se présente comme un ami des Algériens, une question légitime se pose alors : pourquoi le livre d’Attali a été édité en Algérie contrairement à celui de Soral ?

Cette discrimination intellectuelle est incompréhensible. Le lecteur algérien est à la recherche des idées intéressantes et respecte tous les libres penseurs. N’a t-il pas le droit de lire Jacques Attali et Alain Soral ? Les Algériens font-ils tous partie des 80 % de la population concernée par le tittytainment ?

Belhaouari Benkhedda, enseignant universitaire et écrivain
Le soir d'algérie

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