05/06/2012 01:53:09
Préférence à la bière
Tous nos lecteurs savent que, n’avons jamais beaucoup aimé le Fmi, et pour 2 raisons simples.
Le Messager
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Bar Douala

Tous nos lecteurs savent qu’au quotidien Le Messager, n’avons jamais beaucoup aimé le Fmi, et pour 2 raisons simples.

D’abord parce que dans le contexte africain, nous ne savons pas ce qu’elle fait (et qui lui en a donné mandat) en dehors de générer la misère instantanée à travers les baisses drastiques des salaires des travailleurs, les suppressions réelles des services sociaux et éducatifs, et les fausses réductions du train de vie de l’Etat ;

Ensuite, parce qu’il fournit aux « Princes » africains, mandataires des intérêts capitalistes et géostratégiques de la néo colonisation, l’alibi pour brader le patrimoine des peuples africains aux plus corrupteurs desdits capitalistes, ou pour s’en approprier eux-mêmes sans autre droit que celui de la force, à travers des entreprises écrans… En tout cas, nous ne pouvons sympathiser avec une structure dont le rôle, en ce qui concerne l’Afrique, est en même temps d’accroître l’endettement, et de favoriser ce et ceux qui, par vocation ou par mission, doivent appauvrir les Africains pour maintenir plus aisément  l’Afrique en servitude, et l’empêcher de se développer durablement.

Lorsque le Fonds monétaire international (puisque c’est son nom) a débarqué au Cameroun avec son programme d’ajustement structurel (PAS), il ne s’est pas contenté de montrer techniquement comment le gouvernement camerounais devait « réduire le train de vie de l’Etat ». Il lui a surtout imposé une option ultra libérale de politique économique que l’on peut qualifier de prématurée et précipitée. Sans préparation adéquate, ni pour le gouvernement, ni pour le secteur privé national, il fallait passer du « libéralisme planifié » qui n’était rien d’autre que le dirigisme, avec sa plus-value sociale évidente, au capitalisme intégral, pour ne pas dire « sauvage», (sans dimension sociale justement), régulé, disait-on, par  « la loi du marché ».

La doctrine du FMI était qu’il fallait « moins d’Etat » dans l’économie de production, au motif que les fonctionnaires n’étaient pas de bons gestionnaires, et que de toute façon, pour réduire son train de vie, l’Etat devait cesser de subventionner ses entreprises. Il fallait donc les privatiser.

L’Etat est-il frappé d’incapacité naturelle à organiser et gérer une économie compétitive ? La montée en puissance de l’économie chinoise est là pour démentir cette théorie  intégrée sans critique par les experts camerounais, corrompus à l’époque pour la plupart par le Fmi, pour manipuler des dirigeants en manque de nationalisme ou de capacité de négociation. L’incapacité d’un « managérat » privé à faire prospérer une entreprise publique n’est pas davantage établie.

C’est pourquoi Le Messager a toujours pensé et dit que « la privatisation n’est pas une panacée pour l’économie camerounaise ». Elle l’est d’autant moins lorsqu’elle consiste simplement à passer un secteur économique d’un monopole public à un monopole privé (Aes Sonel, Camrail…) pouvant générer des inégalités et des injustices sociales incontrôlables par l’Etat régulateur et garant de la justice distributive, et d’entrainer de surcroît une spoliation du patrimoine nationale.

Ceci dit, si l’autorité gouvernante du Cameroun était patriote et responsable, et si elle pensait davantage à l’intérêt général du pays qu’à ses intérêts égoïstes, on ne voit pas comment, même sous la pression du FMI qui n’a reçu aucun mandat du peuple camerounais, elle aurait accepté de concéder aux étrangers, des secteurs stratégiques entiers de l’économie du pays tels que l’énergie, l’eau, et le transport (par mer, par terre, par air, par rail), les télécommunications, etc. qui dans nombre de  pays,  même capitalistes, et à fortiori fragiles comme le Cameroun,  relèvent ou devraient relever de la souveraineté et de la Défense nationale. Par rapport à la défense des intérêts de la Nation, pour laquelle cette autorité a reçu son mandat, il s’agit d’une faillite de gouvernance.

Cette faillite est-elle le fait d’un laxisme atavique, d’une ignorance des faits et données, d’une incompétence politique ou d’un effet de la corruption ? Toujours est-il que ce qui se passe aujourd’hui au Cameroun avec l’Aes-Sonel est, non seulement la preuve que la privatisation n’a pas été faite en faveur des intérêts du Cameroun, mais également que les dirigeants camerounais ne sont pas préoccupés par ces intérêts, dont font partie le niveau de vie et le bien-être des populations du pays.

Non seulement on est encore fondé aujourd’hui de se demander si l’autorité gouvernante du pays a enfin compris que son pouvoir est un mandat au service du bien-être des Camerounais, mais encore, il faut s’inquiéter que cette autorité n’ait véritablement pris l’option d’une politique de mépris de ce bien-être. Il suffit de comparer l’attitude du  ministre camerounais du Commerce se mettant en quatre pour empêcher une société brassicole de Douala d’augmenter de quelques francs le prix de sa bière, à son silence assourdissant devant cette augmentation des tarifs de l’électricité qui ne se justifie pas par  la quantité et la qualité des services du prestataire, mais seulement par la volonté de réaliser le plus de profits possibles, sur des infrastructures que ce dernier a trouvées en place, et qu’il exploite sans trop en faire pour leur maintenance.

Pour bien comprendre cette comparaison, il faut savoir que l’entreprise brassicole peut vendre sa bière même à 2 000 francs sans dommage pour la société camerounaise, nul n’étant obligé de boire de la bière ; et qu’au contraire, l’énergie électrique est un facteur de progrès individuel et collectif que l’Etat, de surcroît actionnaire à 40% de l’Aes-Sonel, doit promouvoir et protéger. Faut-il croire alors que le gouvernement camerounais a plus d’intérêt à rendre la bière plus accessible que l’électricité aux populations du pays ? En fait, il n’y aurait rien d’étonnant  à cela, dans un pays où l’électricité est, entre autres, un facteur de progrès social et culturel donnant au peuple la capacité de penser et de contester, alors que la bière est un bon exutoire anesthésiant.

 Les quelque 40% de Camerounais qui après 50 ans d’indépendance ont plus ou moins accès à l’électricité, peuvent toujours se plaindre des délestages intempestifs, des surfacturations, voire de longues queues pour payer les factures pour défaut de guichets, et autres nuisances, ce qui compte pour le concessionnaire, c’est prendre le plus d’argent possible, puisque son but légitime est de faire des profits, même sans éthique, la mission du développement et du bien-être des consommateurs étant seulement l’affaire de l’Etat (qui en est pourtant actionnaire).

Reste que ce gouvernement a besoin d’entreprises pour lui fournir des ressources, et que pour fonctionner et produire, ces entreprises ont besoin d’une énergie électrique dont les interruptions ne paralysent pas leur production de 20% par an, ou ne leur imposent pas de 50 000 à 600 000 francs par jour de frais de carburant pour des groupes électrogènes poluants.

La solution à la problématique est pourtant simple : le gouvernement qui, pour des raisons inavouées, n’avait pas cru utile à l’époque, de prendre un concessionnaire national devrait mettre fin au monopole privé qui a remplacé le monopole public, et faciliter la déconcentration de l’entreprise par une spécialisation des opérateurs (producteurs, transporteurs et distributeurs) dont l’activité sera suivie par une structure de régulation moins complaisante, et plus soucieuse des intérêts des consommateurs que l’Etat à l’obligation de protéger.

Jean Baptiste Sipa

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