06/06/2012 01:09:38
Léon Tuam sur les délires et dérives liés à l'incarcération des membres du gouvernement
Lorsqu’en brousse des carnassiers qui ont signé un pacte pour causer le déséquilibre de l’écosystème arrivent à se battre et se déchirent entre eux-mêmes, la sagesse recommande aux herbivores de se mettre ensemble et à l’écart des lutteurs afin de tirer le maximum de profit du bordel en cours...
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Léon Tuam se penche sur les délires et dérives liés à l’incarcération des membres du gouvernement, directeurs des structures publiques et parapubliques et membres du régime de Paul Biya, et en profite pour attirer l’attention de l’opinion nationale.

Lorsqu’en brousse des carnassiers qui ont signé un pacte pour causer le déséquilibre de l’écosystème arrivent à se battre et se déchirent entre eux-mêmes, la sagesse recommande aux herbivores de se mettre ensemble et à l’écart des lutteurs afin de tirer le maximum de profit du bordel en cours, sans toutefois prêter trop attention à aucun de leurs bourreaux en grand danger, quels que soient la profondeur et le caractère à la fois poignant et convaincant du timbre des cris poussés.

Ceci doit s’appliquer au cas du Cameroun et de tout pays africain où la dictature ou la corruption pollue la vie politique, économique, culturelle, religieuse et spirituelle. Dans un tel contexte, cette démarche doit se dicter à tout individu ou corps social qui comprend et perçoit le changement radical comme une nécessité.

Mais que n’a-t-on pas vu, entendu et bu depuis quelque temps avec l’Opération Epervier lancé par le très corrompu et assoiffé du pouvoir Paul Biya contre les membres de son propre gouvernement et directeurs de sociétés qui l’ont servi avec fidélité, cécité et zèle ?

Pour certains, les détenus doivent payer cher pour avoir détourné les deniers publics ; pour d’autres, ce sont des innocents qui sont appréhendés et humiliés ; d’autres Camerounais par contre voient en cela une façon pour Paul Biya d’écarter des personnages ombrageux pour mieux sécuriser son pouvoir, pendant qu’un autre groupe de Camerounais en profitent pour proférer des injures ou procéder à des règlements de comptes. Tout ceci à mon avis ne devrait pas préoccuper les Camerounais qui représentent des herbivores face à des carnassiers déterminés à saccager l’écosystème. 

Les Camerounais jusqu'à présent n’ont pas réagit et agit comme il se doit, bien que quelques avis considérables ont été émis qui en même temps connaissent des points intenables, sombres  et inacceptables. A ce stade de la vie du peuple camerounais ou africain, il faut à chaque instant se demander pourquoi nous sommes restés à ce stade rétrograde. L’histoire nous punit d’abord pour notre naïveté, puis pour notre propension à délivrer des clémences à nos bourreaux, et enfin pour notre peur.

Nous croyons que les bourreaux peuvent changer, nous croyons que nous ne pouvons pas opérer des changements par nous-mêmes, que nous avons besoin des gens qui connaissent et comprennent mieux que nous pour nous libérer. Bévue ! C’est pour cette raison que des lâches et naïfs misent sur l’élection de François Hollande en France pour des changements au Cameroun et en Afrique. C’est pour cette fuite et ce refus de poser les yeux de sincérité et de responsabilité sur notre situation que nous demeurons là où nous avons toujours été.

Mais aussi, comment comprendre que certains Camerounais croient fermement que des détenus de Paul Biya aideraient notre peuple à se libérer ou à obtenir le changement tant attendu au Cameroun ? Il ne faut pas se leurrer. Ces détenus et d’autres qui l’ont servi ou le servent encore sont tous dangereux à des degrés différents pour le Cameroun. Ils collaboreront avec les forces du changement, ils les laisseront même prendre les rênes du pouvoir, ils se placeront derrière elles, et puis les frapperont dans le dos pour saisir la direction du pays et perpétuer le vieil ordre.

La peur ; le vrai problème de notre peuple n’est pas la souffrance qu’il endure comme résultante de la mauvaise gestion des biens et des personnes. Notre peuple souffre plus de la peur de souffrir sur le chemin d’une lutte radicale et déterminée pour sa libération totale des dominations internes et externes.

Les occidentaux sont en avance sur nous en ce qu’ils ont tôt compris les vertus du vrai désordre ; ils ont compris que l’ordre naît du grand désordre, du chaos, et ainsi n’en ont pas peur. Mais au Cameroun et un peu partout en Afrique nous voulons la paix, nous aimons la paix, une paix dont nous ignorons complètement la vraie senteur ; une paix restée jusqu’ici illusoire. Poussé dans la nuit de la misère et de la pauvreté, un peuple ne peut connaître ni la vraie paix ni voir ses droits respectés. C’est ainsi que quand devant l’ordre injuste nous ne causons pas de désordre pour nous parfaire, les occidentaux nous en imposent et les alimentent pour nous vider là où ils veulent quand ils veulent.

Quant aux détenus de Paul Biya, plus ils feront des déclarations et révélations qui éclaboussent leur maître et son système, plus le peuple camerounais se demandera comment sachant tout cela du régime RDPC, ils l’ont servi et ont continué à le servir. Plus ils déverseront ces choses-là, plus le peuple se demandera comment ils pouvaient voir et savoir tout ce qui l’écrasait et rester là à jouer les courroies et l’huile qui ont aidé au bon fonctionnement de cette inoubliable machine infernale installée au Cameroun depuis 1982.

Les prisonniers de Biya et autres sont tous des couteaux que celui-ci a utilisés pour poignarder et déchiqueter le peuple camerounais pendant des décennies. Il a utilisé les uns pour créer et conduire un système judiciaire et électoral scélérats pour voler les libertés des Camerounais, a utilisé d’autres pour tuer dans les universités et dans les rues du Cameroun dans les années 90, dévorer des religieux ou les 9 morts de Douala, tuer des centaines de jeunes en 2008, a utilisé d’autres encore pour piller l’économie, créer la misère, les divisions et favoriser le développement des maladies qui ont fauché des milliers de vies, a établi un ordre inique pour décourager et combattre les investisseurs nationaux au profit des étrangers.

Ces prisonniers et presque tous ceux qui ont servi ce régime ont tous nagé en toute gaieté dans un système judiciaire qu’ils savaient mauvais, en battant toutes les nageoires d’approbation, de satisfaction et de louanges. C’est le même système qui les saisit brusquement et les anéantit aujourd’hui.

A ce titre, hormis des Camerounais traversés par l’ignorance, la passion amicale et la fibre régionale ou tribale, il devient incontestable que dans un Cameroun appelé à renaître de ses morsures et brûlures, un Cameroun résolument tourné vers le progrès et la justice pour tous, un Cameroun où la compétence et l’excellence sont encouragées et reconnues, tous les prisonniers de Paul Biya, qu’ils soient des victimes ou des innocents, tous, y compris ceux qui ont levé l’étendard de ce système, ne méritent de place ni dans un gouvernement ni dans une structure publique ou parapublique. Car tous ces gens savaient où ils allaient et savaient très bien où ils se trouvaient, et connaissaient très bien celui qu’ils servaient, à savoir : le diable.

N’oublions jamais ! Quand le diable vous invite dans sa maison et vous y entrez et prenez place à sa table, soyez prêts à assumer les conséquences : devant le diable lui-même, et puis devant les masses averties et assagies. Biya est un diable, et l’on ne flirte pas impunément avec le diable.

J’insiste ici : contrairement à ce que d’aucuns pensent et disent, un Cameroun qui veut poursuivre et conquérir son indépendance politique, économique et culturelle ne saurait puiser dans cette poubelle. Le Cameroun est un nouveau pont qui doit être construit. Pour un pont digne de ce nom, un pont solide, un pont admirable, un pont durable qui doit susciter l’espoir en Afrique, il serait un fiasco d’y faire entrer des fers rouillés et tombés en désuétude. Peu importe la solidité de ces vieux fers, ils ne devront pas être visibles sur le nouveau pont.

Quant à l’Opération Epervier elle-même lancée par Paul Biya, j’opine qu’elle ne doit pas recevoir l’attention des vrais patriotes camerounais pour la raison première que son initiateur et conducteur n’est que le premier malfrat de son propre système et ses proies des antipatriotes. L’autre raison c’est que cette Opération est une diversion. Une diversion qui cependant apporte  de grandes divisions çà et là et qui, sous l’œil de bons politiques ou groupes bien organises, portent les fleurs de l’heure des actions de la libération nationale.

Mais en regardant aujourd’hui cette pénombre où se battent les carnassiers, comment faire taire ou comment gérer les élans égoïstes, attentistes, pessimistes et séparatistes et toutes les passions qui chantent si fort dans les cœurs des camerounais pour se battre pour cet Enfant abusé qui crie et râle dans la nuit et veut retrouver le jour ? C’est toute la question. 

Léon Tuam,
Ecrivain, activiste des droits humains et enseignant.

Boston, 05 juin 2012.                               

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