06/06/2012 01:54:12
Le pathétique aveu d'incompétence du géostratège Pougala
... Non, docteur Pougala, il n’y a pas plus grave et plus sérieux que la question de l’Histoire comme condition de sécurité et de construction sereine de son rapport au monde!
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Le pathétique aveu d’incompétence du géostratège Pougala autour de la problématique de la Renaissance africaine

La sortie insistante et incorrigible de Pougala autour de “l’afrocentricité” [ les liens suivants :(1) http://www.cameroonvoice.com/news/news.rcv?id=6706 et (2) http://www.cameroonvoice.com/news/news.rcv?id=7013 ] nous oblige à intervenir pour deux raisons majeures : dénoncer un dangereux égarement prétentieux, et contribuer à éclairer l’opinion sur cette question intellectuelle et stratégique de première importance dont il convient de rappeler sereinement qu’elle explique en grande partie aussi bien l’histoire contemporaine et actuelle des Noirs dans le monde, la nature et la qualité du rapport qu’ils entretiennent avec les autres communautés, que la condition actuelle de l’Afrique et le caractère problématique de sa projection dans l’Histoire. Ce constat de réalité invalide évidemment les élucubrations méprisables de Stephen Smith (2005) dont notre géostratège ne semble avoir compris ni les raisons “géostratégiques” de l’encensement du livre ni les enjeux sous-jacents à sa consécration dans une certaine opinion occidentale.

Jean Paul Pougala
Jean Paul Pougala

À la suite de la première excursion de Pougala que l’on aurait vite pardonnée sous le prétexte d’un enthousiasme exalté, la médiocrité continuée de la seconde intervention exige de faire le point sur la gravité de la problématique que formule le projet de la Renaissance africaine –la restauration de la trajectoire de l’Afrique dans le temps en tant que condition décisive de repositionnement durable et projection de ses peuples dans l’Histoire –afin de suggérer davantage de sérieux et de rigueur dans le traitement des implications intellectuelles, théoriques, idéologiques et politiques que l’Histoire présente sur la situation présente de l’Afrique et des peuples noirs partout dans le monde (Runoko Rashidi, 2005).

Dès l’entame de son second texte dont il dit qu’il est consacré à l’analyse de la faillite de “l’afrocentrisme”, Pougala évoque tour à tour les insultes et accusations dont il fait l’objet, la mentalité soumise, la pensée unique, la théorie sociale du statu quo, la lignée théorique à laquelle appartient la Renaissance africaine, le projet de fédératif africain, le péché de l’unanimisme, l’évolution aussi vertigineuse que changeante des connaissances, ses projets et stratégies pour l’Afrique, confirmant sans l’ombre d’aucun doute le sentiment subodoré à lecture du premier : il s’est trompé de sujet. Par l’ampleur de son égarement général, l’imprécision de son propos, l’approximation de son analyse, la légèreté et le simplisme de sa démarche, on cesse alors de résister à l’envie de dire : Que c’est lamentable et décevant, tellement il vole bas!

Cependant, il s’agit tout juste dans les présentes lignes de dire la méconnaissance du sujet par Pougala, et non de procéder à un démantèlement méthodique, structural et complet de sa malencontreuse sortie : ca serait injuste et disproportionné.

Au sujet de la préoccupation intellectuelle défendue dans le cadre de la Renaissance africaine ou du Paradigme africain, Pougala ignore complètement l’enjeu vital du combat pour l’Histoire (L. Febvre, 1992) et fait preuve d’une incroyable incompétence sur le sujet. La qualité du discours qu’il développe et le niveau de ses arguments frisent les gamineries, preuve qu’il est très peu informé non seulement de la trajectoire et de la diversité production scientifique sur ce sujet développé depuis la fin du XIXème siècle , mais également et surtout de la portée de l'intention idéologique et du projet historique.

Sa deuxième sortie n'arrange pas les choses. Jean-Paul Pougala est resté sourd aux observations formulées à la suite de son premier texte. Je comprends que sa fière personnalité l’ait emporté sur la raison et amené plutôt à se défendre qu’à confesser son ignorance. Malheureusement, il le fait lamentablement mal, confortant ainsi son incompétence criarde et sans appel sur le sujet.

En effet, des tout premiers mots aux tout derniers, Jean-Paul Pougala montre clairement qu’il est absolument dépourvu de ressources techniques pour traiter de la problématique spécifique du double enjeu “stratégique” de l’écriture de l’Histoire et de la production endogène de la pensée opératoire performante. Aussi s’empresse-t-il, dans une logique distractive souvent accusatrice, allusive et stigmatisante, de verser dans le détail et le quasi anecdotique, de se dérober en formulant des questions incidentes non moins sensibles mais techniquement très éloignées de la problématique, certainement destinées à jouer les ersatz et à lui servir d’exutoires. Je m’attarder sur quelques questions.

Quoique la critique de la pensée unique qu’il suggère s’avère d’une certaine importance par ailleurs, elle est hors de contexte et ne s’inscrirait au cœur de la problématique qu’à deux conditions : quand on est resté au service de la pensée dominante, et lorsqu’on n’a pas compris le double enjeu de l’Histoire et de la production endogène de la pensée opératoire. À ce sujet Yvette Balana (2004) écrit avec une foudroyante perspicacité :

« Il ne s'agit pas de tomber dans la manie très africaine de courir dans "l’universel" avant même d'avoir cherché le particulier. Ailleurs, on n'a pas besoin de prouver qu'on fait dans le cosmopolite et l'universel. Le métissage culturel, c'est l'Afrique seule qui semble l'avoir adopté. L'autre veut être lui-même, il revendique sa patrie et impose ses valeurs comme universelles à une Afrique toujours en quête de légitimation exogène.

L'autre n'a pas peur d'être chauvin. Mais l'Afrique fuit l'africanité (…) Les autres peuvent se donner le droit à l'errance, voire à l'oubli de leurs racines et à l'amnésie, mais pas l'Afrique. Nous devons trouver l'universel dans l'africanité. Il ne s'agit pas de retourner à des "sources" qui n'ont pas été sauvegardées et adaptées au contexte actuel. Il est question d'interroger ce qui reste, de fouiller la mémoire pour réinventer une nouvelle Afrique (…) ».

C’est dans ce sillage qu’en affichant sa sympathie pour la conjoncture et l’arbitraire, non seulement Pougala ne se donne pas les moyens d’accéder au fond des choses puisqu’il ignore la complexité, et confond la vérité de l’être dans son immutabilité ontologique avec les faiblesses méthodologiques et théoriques humaines pour dire son invariable vérité, mais il se rend coupable d’affirmer l’existence d’une vérité éclatée, contradictoire et sans cesse changeante, s’emprisonnant ainsi dans la flexibilité interprétative postmoderniste qui n’est que le débordement anarchiste de la même pensée dominante de laquelle il s’agit impérativement de s’émanciper.

Cheick Anta Diop
Cheick Anta Diop

Il en est aussi de la critique qu’il ose à l’égard Cheikh Anta Diop, et surtout de la qualité des propositions qu’il entend lui substituer. Car en plus de manifester une naïveté et une légèreté déconcertantes, l’opinion de Pougala sur le monumental Diop dont les travaux cristallisent pour le moins fermement l’approche africaine inaugurée avec le nom moins impressionnant William E. B. DuBois, est tout simplement vide de toute substance théorique. En effet, les arguments formulés au soutien des sujets incidents énoncés plus haut sont aussi simplistes que non viables, notamment quant il parle des ressources susceptibles de provoquer la transformation intellectuelle paradigmatique des Africains. Dès lors, on imagine aisément qu’il ne disposait pas des outils requis pour identifier les bonnes questions et les préoccupations indépassables portées par les recherches réalisées dans le cadre de ce que l’on nomme niaisement “l’afrocentrisme”.

De même, lorsque Pougala tente d’élaborer sur la question de la configuration étatique de l’Afrique post-Berlin. Il convient de préciser ici aussi, que même si le développement résolu et volontariste d’une démarche de dénonciation des conditions d’application du modèle westphalien à l’Afrique en est une conséquence essentielle souhaitée de l’approche de la Renaissance africaine, la dissolution des États actuels et la reconfiguration confédérale en Afrique ne sont pas le cœur du problème de la réévaluation objective de l’Histoire africaine. La réévaluation objective de l’Histoire africaine qui est l’histoire d’une empreinte hautement plus structurante des peuples noirs dans l’histoire universelle, est un devoir intellectuel de mise en cohérence qui incombe aux Africains.

La redéfinition des frontières de la réalité étatique africaine est un souci essentiel mais incident qui s’articule complémentairement au cœur du problème de la construction d’une nouvelle conscience des peuples noirs, d’une conscience conséquente de leur histoire réelle destinée à motiver un repositionnement plus assumé de leur destin dans le monde, un destin qui soit fonction des misères mais aussi des grandeurs réels de leur passé. Dans quelles dispositions d’esprit peut-on ignorer le caractère indiscutablement opératoire de la conscience historique ?! Pour quelles raisons les autres tiennent-ils éternellement à la conscience historique (Winston Churchill, 1946), et au nom de quoi seuls les Africains devraient-ils y renoncer ?!

J’ai beau essayer, mais je ne peux m’abstenir longtemps d’affirmer que Pougala a certainement ouvert une brèche dans sa bornure intellectuelle, en tentant de s’articuler à une attache intellectuelle d’épaisseur majeure et à forte portée. Cependant, au modèle des pseudos intellectuels dominants dont il manifeste la très heureuse volonté de dénoncer l’invalidité sociale et les préjudices irréversibles que leur opérabilité cause sur l’Afrique et le Cameroun, et par l’obsession de la médiation intellectuelle chinoise qui l’empêche de s’aménager une distance une distance critique suffisante, sa double sortie dans “l’afrocentricité” révèle qu’il est aussi resté entièrement captif de l’incapacité à se soustraire des schèmes de pensée et des catégories dont les volants de la gestion leur échappent du fait qu’ils sont tenus par des communautés ayant chacune un rapport essentiellement négatif et négationniste à l’égard de l’Afrique et des Noirs.

De ce point de vue, Pougala aurait l’humilité de se mettre à l’école des théoriciens de la Renaissance africaine qu’il se donnerait un autre argument théorique pour dénoncer l’invalidité des contenus désuets délivrés aux jeunes internationalistes africains, pour ainsi motiver une nouvelle diplomatie parfaitement consciente des raisons pour lesquelles la présence et la contribution des Africains dans l’histoire du Brésil, de l’Inde, de la Russie, du Japon, de la France, de la Chine, de la Colombie, de l’Islam ou des États-Unis, est systématiquement ignorée, pire encore, niée (W. H. Ferris, J.C. Coovi-Gomez, Runoko Rashidi, etc.).

En fait, par son incapacité à accéder aux enjeux pourtant clairs de la théorie de la Renaissance africaine, Pougala se rend gravement aussi incapable de trouver les véritables fondements ainsi que les piliers les plus solides à toute “géostratégie africaine” crédible soucieuse d’efficacité.

L’invocation permanente de généralités, l’usage systématique de truismes, et la convocation incessante de trivialités tout au long de ses deux textes dénotent à souhait son aveu d’incompétence, par une attitude défensive et une démarche à vocation distractive mais qui dissimulent maladroitement son déficit d’arguments techniques. Est-il besoin de confesser qu’on « ne cherche pas l’unanimité » dans le champ intellectuel, pour se rendre disponible à la critique, quand on sait que le destin de la production scientifique est de se mettre à la disposition de l’examen critique, qui plus est, à cette époque de désenfermement où la moindre opinion est mise à disposition partout dans le monde à l’appréciation universelle (A. Giddens, 1991)?!

Très souvent, Pougala inspire la pitié et l’on a envie sinon de rire, du moins de se demander sérieusement s’il fait exprès ou s’il déploie tout simplement son ignorance et sa naïveté au sujet des enjeux de l’Histoire. C’est ce qui m’est arrivé à la lecture des idées par lesquelles, en se réfugiant aussi maladroitement que très grossièrement sous le chapeau de la sociologie, il esquisse très approximativement la théorie de la société et son opérationnalisation de la reproduction sociale : en réalité, les idées auxquelles il se réfère s’articulent au concept de “classes”, idées à partir desquelles R. Michels ou G. Mosca ont développé une sociologie aussi mal intentionnée et dangereuse qu’oligarchique et statique dont la faiblesse a très tôt été mise à nue par la critique marxienne, surtout tocquevilienne, et plus tard wébérienne.

Il s’agit d’une vieille théorie sociale oublieuse du conflit, du changement, de la mobilité sociale, de l’individualisme méthodologique, alors même que depuis Platon il est connu que « la classe des pauvres ne rêve que révolution » (La République, 555d). « En sociologie, », avertit-il présomptueusement, avec le cynique objectif d’occulter son incompétence, d’étouffer toute velléité inquisitrice, de bâillonner toute critique peu assurée, et surtout d’impressionner le lecteur inattentif et profane.

Lamentable!

Comment tout cela a-t-il pu échapper au professeur Pougala, que la théorie formulée par l’école de R. Michels (1904, 1914) ou G. Mosca (1896, 1927) a très tôt été disqualifiée aussi bien par le péché de son incapacité à intégrer les facteurs de rupture, de dynamique ou de changement que par les dynamiques modernes de contraction spatio-temporelle identifiées par A. Giddens (1991)?!

Jean Paul Pougala
Jean Paul Pougala

Non, docteur Pougala, il n’y a pas plus grave et plus sérieux que la question de l’Histoire comme condition de sécurité et de construction sereine de son rapport au monde! Comme tous les autres, les intellectuels Africains doivent y prêter la plus grande attention qu’il est possible et se donner les moyens les plus sérieux pour la traiter le plus efficacement possible, afin de donner aux peuples noirs la confiance nécessaire ainsi que la source d’inspiration suffisante destinées à juguler l’urgent besoin de transformation de leur position et de leur condition. C’est à ce travail d’émancipation de la dépendance radicale de la pensée opératoire et de la procuration intellectuelle, qui se préoccupe aussi de restaurer une théorie propre inspirée d’une conception cohérente éprouvée du monde qui lui aurait évité “le risque” économique et écologique (U. Beck, 1986) ou social (Nlend V, G. B., 2012) auquel le monde est confronté aujourd’hui, que s’est vouée la recherche déjà centenaire pour la Renaissance africaine par ailleurs très consciente de ce que « La théorie se change en force matérielle en pénétrant les masses » (K. Marx, 1845).

Ainsi, au rebours de ses approximations autour de “l’afrocentricité”, les aspects problématiques pertinents se déclinent davantage en termes d’identification aussi bien des causes de l’assoupissement permanent des Africains, que des contenus théoriques et des moyens qui permettraient de procéder au renversement durable de cette situation, intellectuels et idéologiques, la question fondatrice étant de savoir quels sont les facteurs et les mécanismes qui entretiennent la torpeur des Africains et les maintiennent dans la dépendance intellectuelle et totale, et par conséquent à la sous-performance endémique ?    

L’inspiration, le génie et le courage avec lesquels nombre de chercheurs s’attèlent depuis plus de cent ans, nourris de la légitimité de restituer la vérité de l'Histoire universelle et de réécrire l'Histoire universelle telle que l'Afrique et les Noirs y sont impliqués, ne souffrent d’aucune faiblesse et sont d’une validité absolue. Contrairement à ce qu'en dirait la critique postmoderniste et dominante insidieusement de mode, c'est bel et bien la seule et unique condition qui permette d'opérer un repositionnement historique positif et construire un projet historique proprement africain c'est-à-dire pleinement et sans biais ni interférences illégitimes, soucieux de l'Afrique dans le monde et par lequel les peuples noirs apportent à nouveau leur inspiration originale à l’universel, une inspiration dont le monde aurait plus que jamais besoin. À cet égard, on pourrait lire le texte signalé ci-haut dont j’ai présenté la substance récemment sur la “Cosmovision et socialité féminine. Le double enjeu de la production de la pensée et de la transition paradigmatique” (Conférence annuelle de l’Association canadienne des études africaines, CAAS-ACÉA, Université Laval, mai 2012).

D’un bout à l’autre de son texte et à travers les sujets à l’aune desquels il a prétendu aborder la problématique de la Renaissance africaine, Pougala démontre un pathétique aveu d’incompétence sur le sujet. C’est pourquoi il aurait dû se taire. Il n’y a aucune honte à ignorer ni un ou plusieurs aspects de la réalité ni une ou plusieurs informations produites dans les quêtes auxquelles se consacrent la curiosité et l’intelligence humaine. D’ailleurs, en dehors de Dieu au ciel, ils ne sont plus nombreux sur Terre ceux qui pourraient se prévaloir d’un savoir “encyclopédique” complètement opératoire. Mais redisons les choses telles qu’elles sont : l’économiste et géostratège n'a rien compris de l’enjeu de la reconstruction ou reconstitution de l’Histoire, et ne dispose pas encore de ressources techniques appropriées lui permettant d'accéder au projet intellectuel de la Renaissance africaine que l'on désigne abusivement par "afrocentrisme" tel qu’il est porté par les travaux d’U. Al Jahiz, I. Van Sertima, K. A. Al Mansour, Molefe Asante, Alfonso O. Stafford, Ch. Anta Diop, V. D. Rao, A. Francis Chamberlain, Th. Obenga, N. G. Munro, Nkoth Bissek, Mbog Bassong, M. Bernal, etc.

S’il est vrai qu’aucun domaine de connaissance n’est l’arrière-cour exclusive de personne, il n’en demeure pas moins que la compétence sectorielle s’acquiert laborieusement et se manifeste par la capacité à produire des outils spécifiques et à mobiliser des informations techniques les plus adéquates de leur raffinement! Aussi ai-je envie de demander à Jean-Paul Pougala s’il est possible à tout le monde de parler de la “géostratégie” avec la même compétence, la même aisance et le même à-propos que lui.

Je veux croire que les étudiants de Pougala –dont ils faut reconnaitre qu’ils sont incomparablement plus chanceux que ceux des “professeurs” complexés et des “docteurs” patentés de la répétition dont la préoccupation essentiellement exhibitionniste des titres épuise leur inopérante science dans le m’as-tu-vu tropical, sans articulation aucune à la réalité sociale intime, c’est-à-dire aux besoins locaux de vie ou de mort auxquels les populations et les collectivités sont confrontées –sont épargnés d’une leçon consacrée à "l’afrocentrisme". En même temps, j’avoue ma profonde inquiétude pour Jean-Paul Pougala qui, en affichant une méconnaissance aussi lamentable de l’enjeu de production endogène de la pensée et de la nécessaire démarche de transformation de notre rapport psychologique à nous-mêmes, de notre rapport intellectuel à l’Histoire, de notre rapport politique au monde, ignore la trame sur laquelle s’enracine structurellement la “Géostratégie” dont il est le chantre.

William E.B Dubois
William E.B Dubois

De grâce, professeur Pougala, ne leur parlez surtout pas, à vos chanceux étudiants, du Paradigme africain ou de la Renaissance africaine, si ce n’est pour leur suggérer la lecture de travaux compétents, mille fois plus autorisés en nature que ce que vous en dites (E. A. Johnson, R. L. Perry, C.-A. Winters, J. M. Boddy, R. L. Hotz, G. Wells Parker, J. Samuel E. Cornish, C. B. Copher, J. B. Russwurm, Pauline E. Hopkins, E. W. Blyden, G. Washington Williams, etc.). Et surtout ayez l’obligeante humilité d’inviter les Oum Ndigi, Mubabingé Bilolo, A. Moussa Lam, A. Anselin, F. Iniesta, Babacar Sall, Bruce Williams, Grégoire Biyogho, James E. Brunson, J.-P. Omotunde, et d’autres plus nombreux encore, pour commenter ces lectures afin d’en expliciter à l’optimum la portée théorique, intellectuelle, idéologique, politique, et finalement vous en suggérer la portée “géostratégique”.

C’est pourquoi, contrairement à ce qu’il croit, les solutions qu’il propose pour requinquer l’Afrique n’ont pas le contenu adéquat pour « être préalables » : ce ne sont ni des solutions de référence ni des solutions radicales, encore moins des solutions fondamentales; en revanche, ses projets –fondés sur “le village” comme unité sociale opératoire –sont effectivement novateurs et se présenteraient plus bénéfiquement comme des solutions intermédiaires dont l’efficacité opérationnelle seraient conditionnée par leur enracinement aux textes fondateurs de J. Augustus Rogers, E. W. DuBois, A. Césaire, Marcus M. A. Garvey, C. Anta Diop, Um Nyobè, Nelson Mandela, J. H. Clarke, Frantz Fanon, etc. ainsi qu’aux préoccupations défendues par Mbog Bassong. À cet égard, la démarche théorique et méthodologique proposée par Jean-Paul Pougala est originale et créative, et méritent les encouragements de tous ceux qui sont soucieux de rompre avec la navigation à vue, la sous-performance et l’échec.

Force est de reconnaitre qu’en cette époque critique où l’Afrique s’enlise dans l’échec, au moment où l’Occident se démène frénétiquement pour éviter de sombrer dans une crise diverse irréversible, et où la Chine déploie sereinement sa toute-puissance économique, la contribution énergique que Jean-Paul Pougala apporte depuis quelque temps dans le débat intellectuel est très intéressante à plusieurs égards, notamment en tant qu’elle participe de la nécessaire démarche de rupture qu'il s'agit d'opérer en urgence avec la logique du mimétisme et de reproduction mécanique de la pensée dominante, avec les schémas classiques intellectuels sous-performants, et avec le formalisme intellectuel folklorique et désuet, toutes choses sur lesquelles reposent et fonctionnent toujours malheureusement les sociétés africaines actuelles, et qui déterminent leur enracinement désespérant dans l’échec.

De ce point de vue, l'émergence de Pougala et la vitalité intellectuelle qu’il manifeste sont indiscutablement pertinentes dans le contexte global africain camerounais actuel, et pourraient même s'articuler au discours que développent Mbog Bassong (2007, 2008, 2011) ou Doumbi Fakoly (2000, 2003, 2006), par exemple.
À ce titre, Pougala mérite totalement d’être encouragé.

En effet, l’impérative transformation du modus operandi intellectuel actuel en tant que cette difficile révolution est la condition nécessaire de toute projection performante de l’Afrique dans l’Histoire, appelle effectivement la dénonciation vigoureuse de tout le système en échec. Il s’agit d’encourager le débordement paradigmatique de tous les éléments matriciels de l'establishment sous-performant : le discours structurant, le contenu des programmes d'enseignement à tous les niveaux, les valeurs dominantes, les déterminants des hiérarchisations sociales, auxquels participe particulièrement le curieux déni du nom propre comme phénomène caractéristique, phénomène qui se manifeste par l’usurpation du mérite social par la schizophrénique et frénétique obsession pour les titres d“’excellence”, de “professeur”, de “docteur”, d’“honorable”, de “directeur”, et je ne sais quelle autre stupide étiquette. Puisque Pougala semble s’inquiéter par ailleurs de ne pas jouir –comme tous les autres professeurs, docteurs ou excellences –des honneurs et privilèges liés à cet artifice devenu inratable dans la société camerounaise.

Je profite de cet élément caractéristique de la désorientation de nos sociétés ainsi que de l’inanité des fondations sur lesquelles elles reposent, pour observer que dans le contexte africain camerounais, les médias ont un rôle décisif de sensibilisation et d’éducation à jouer pour arrêter le déploiement profusionnel de cette culture corrompue du titre, de ce culte du trafic d’influence par la nomenclature. En effet, parce que les institutions qui les décernent participent nécessairement de la délégation sociale, les titres procèdent ou bien de la reconnaissance sociale ou bien de l’engagement social. Le titre n’est ni un caprice égoïste ni une prétention arbitraire mégalomaniaque. Le titre n’est pas une abstraction sociale et encore moins un élément biologique de l’identité individuelle : le titre d’excellence, de professeur, de docteur d’honorable ou de directeur, est la signification d’un engagement social et citoyen solennel, la signification de la prise en charge effective des préoccupations sociales réelles, et de la consécration de l’articulation d’une compétence intellectuelle ou technique aux préoccupations essentielles à la société.

En en comprenant la vacuité et surtout la nocivité carcinomateuse sur les populations toujours plus désemparées par l’insécurité existentielle et toujours plus insultées par la contradiction fondamentale entre ce “professeur-docteur directeur” qui a eu le malheur de distraire l’argent affecté aux examens, les médias ont la responsabilité collective de décourager ce comportement symptomatique de la dérive sociale généralisée d’une société dysfonctionnelle sans âme, délabrée par une corruption rampante, et que les inégalités citoyennes entretenues par les artifices tels que celui du déni du nom propre par l’usurpation de la légitimité sociale déchire chaque jour un peu plus dans une atroce souffrance, en appelant les gens par leurs noms propres auxquels ils adjoindraient éventuellement le niveau d’exercice de leurs activités professionnelles.

Le mélodrame entre judas qui se joue ces dernières semaines au Cameroun avec l’épanchement vindicatif de Marafat, montre définitivement qu’il n’y a pas d’excellences, qu’il n’y a qu’usurpation de la légitimité sociale, au grand mépris du peuple et des populations dont c’est la dignité citoyenne qui est humiliée et moquée. Au regard du délabrement socio-économique désespérant de la société camerounaise, de la pitoyable attitude des écrivains déconcertés et nuageux de Kodenguiii dont l’enfant terrible de Garoua représente l’aspect le plus téméraire, y aurait-il d’autres arguments pour convaincre les médias de l’absurdité de la saga des excellences, des professeurs, des honorables, des docteurs et des directeurs? 

Soyons bien clairs : Pougala aurait dû garder sa langue tranquille, mais seulement sur cette problématique précise concernant le double enjeu intellectuel et historique formulé par le Paradigme africain. Car jusqu’à la preuve du contraire, je persiste à lui accorder tout le crédit que lui vaut sa contribution à la nécessaire rupture avec la moutonniérisme intellectuel et l’obscurantisme  général qui ne cessent d’entretenir la sous-performance dans les contextes africains actuels; de même que je me refuse de développer exhaustivement et au détail près sur les éléments de son incompétence radicale sur les enjeux de l’Histoire et les travaux sur la Renaissance africaine. Ca n’est pas utile puisqu’il serait doublement injuste de le condamner d’avoir tenté de parler d’un sujet qui découvre son analphabétisme. N’oublions pas que nous sommes tous analphabètes dans un domaine spécifique de connaissance.

Pour tout dire, j’ignore les évènements précis qui lui auraient suggéré cette aventure malheureuse vers “l’afrocentricité”, mais il n’aurait pas dû s’aventurer sur cette question. Il aurait gagné à se taire. Il n’est jamais tard pour introspectiver et au besoin confesser ses péchés ou se taire.

La pertinence absolue de problématique de l’Histoire et de l’enjeu de production endogène de la pensée opératoire existe indiscutablement, indépendamment et insoucieuse de l’exaltation prétentieuse de Pougala. Elle s’articule à cet énoncé de l’historien ivoirien : « La connaissance du passé peut être pour les Noirs une source d’action : aussi ne pourront-ils plus recevoir de manière rituelle les déterminations de leur passé comme un dolmen au-dessus de leur tête; au contraire ils vont y voir un prix payé à l’histoire et qui excite à présent leur capacité. C’est à cette condition qu’ils peuvent approprier le mouvement de leur vie aux exigences économiques, morales et politiques du monde moderne » (Joachim Tchero, 2009).

La question de l’Histoire est des plus fondamentales. Son traitement dans lequel se mêlent essentiellement science, idéologie et politique, est complexe et détermine non seulement la vision qu’un peuple a de son rapport aux autres mais également la nature de sa projection dans le temps. C’est ce qui explique le nombrilisme d’un courant intellectuel français conservateur ainsi que la levée de boucliers sans précédent qui a suivi Black Athena… (Martin G. Bernal, 1987), Nations nègres et cultures (Cheikh Anta Diop, 1954), …They Came Before Colombus (Ivan Van Sertima, 1977), etc., de même que le raidissement curieusement ascientifique adoptée par des institutions telles que le Collège de France, l’École des hautes études en sciences sociales, Le Louvre, etc. à l’égard des chercheurs du Paradigme africain.

Aussi conteste-t-on sans ménagement à ces derniers l’intelligence, les qualifications et la compétence supposées requises pour un traitement définitivement “satisfaisant” et plutôt conformiste de l’Histoire des peuples noirs, de l’Histoire africaine, de l’Histoire universelle (Iniesta Ferràn, 2002). Alors que dans le contexte camerounais, on se gargarise et s’enivre de titres ronflants stériles, vides de sens et dénués de toute portée, bien loin du souverain khmer Jayavarman VII dont il est dit qu’« Il souffrait plus de la maladie de ses sujets que de la sienne propre, car c’est la douleur publique qui fait la douleur des rois et non la douleur personnelle » (in R. Rashidi, 2005).

 

Molefi K. Asante
Molefi K. Asante

L’approche de la Renaissance africaine bénéficie heureusement de l’intérêt et de l’activité de chercheurs hautement compétents qui ont su s’émanciper de tutorats esclavagistes, et qui l’animent avec inspiration et opiniâtreté, contre vents et marées. Cette dynamique de recherche se passerait volontiers d’une intrusion profane prétentieuse.

Car le racisme idéologico-scientifique, celui qui parle d’“afrocentrisme”, celui qui a décrété un embargo à l’encontre des travaux sensibles à ceux de Du Bois, d’Anta Diop, de Van Sertima, de Molefi K. Asante, de Th. Obenga, de Coovi-Gomez, est le pire racisme qui existe. C’est ce racisme des J. Cervellò, M. Sergi, ou S. Smith, imperméable à l’idée que l’Afrique et les Noirs sont capables de la moindre créativité, et a fortiori de la moindre contribution au progrès universel de l’humanité, qui est viscéralement opposé et méprisant des travaux de Runoko Rashidi, c’est ce racisme hégélien dangereux qui a inspiré le discours dakarois de Sarkozy, qui confine les Noirs et l’Afrique à la remorque de l’Histoire si ce n’est à côté ou en dehors, c’est ce racisme dispersé dans tous les coins du monde et qui suit à la trace les migrations originelles du génie des bâtisseurs kémites qui voue aux gémonies la part noire de leurs histoires, nie la part de l’Afrique dans la fondation de leurs civilisations et traite l’élément noir de leur société avec le plus grand mépris, et qui se moque des excellences, des professeurs et des docteurs africains, qui a tapissé la représentation mentale à partir de laquelle l’on regarde et traite les Noirs, à travers laquelle “la communauté internationale” juge les Africains et se déploie en Afrique.

C’est contre ce racisme qui s’est durablement construit sur la falsification universelle de l’Histoire, sur la légitimation éternelle du mépris des peuples noirs et la domination des Africains, que s’affirme le bien-fondé absolu du Paradigme africain, depuis William H. Ferris, Beatrice Fleming, J. Augustus Rogers, G. Carter Woodson, C. Harris Wesley, Marion Pryde, etc. Devrions-nous aussi laisser aux tuteurs l’autorité de juger de la validité de cette démarche de déconstruction du mensonge!?

Comment, diantre, pourtant prometteur, Pougala a-t-il raté ça!?

Voilà, afin que personne ne soit distrait, le cœur de la question. Afin que nul n’en ignore, voilà le cœur de la question dont l’analyse adéquate ouvre la voie royale à la restauration de son mérite à l’Afrique et de la dignité qui permettra à ses enfants de se réapproprier l’Histoire, au modèle de Sakanouye no Tamuramaro, « Dans la bataille un véritable dieu de la guerre; par temps de paix, le plus aimable des gentilshommes et le plus modeste des hommes » (R. Rashidi, 2005), la voie de la réconciliation efficace du monde avec la vérité et avec lui-même.

Georges Boniface Nlend V
Université Laval, QC, CAN

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