08/06/2012 03:11:21
Cameroun. Malaise en République
...En écoutant le discours partisan du Président du Parlement entièrement acquis non à une idéologie politique que nous tardons à trouver mais à une cause celle d’un homme le chef de l’Etat, beaucoup se demandent aujourd’hui si ce n’est pas le pays qui est au bord de l’implosion sous la pression unique du parti-Etat.
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Nous avons la rentrée parlementaire au Cameroun. Elle arrive avec la prorogation des mandats des élus municipaux sans que le parlement ait été consulté ainsi que le veut l’article 15 du Nouveau Code Electoral. Cette rentrée intervient aussi après le séminaire d’information du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais parti-proche du pouvoir selon la formule consacrée mais parti-Etat tout de même. Ces séminaires programmés nous dit-on bien avant l’arrestation d’un ancien premier ministre et d’un ancien ministre d’Etat et non moins membre du bureau politique du RDPC. Ces arrestations occupent avec leurs corolaires les devants de l’actualité nationale au point d’éclipser toute autre activité dans notre pays.

La rentrée parlementaire intervient à point nommé parce que j’ai toujours pensé qu’en démocratie toute autorité doit rendre compte au peuple à travers ses représentants, et qu’en République l’exécutif doit accepter le contrôle du législatif. Voila pourquoi nous attendons de vraies auditions des gestionnaires de la fortune publique, nous attendons que l’exécutif explique à la représentation nationale toutes les décisions qui ont été prises ces dernières semaines et qui mettent en mal la cohésion nationale et l’intégrité même du territoire nationale. J’éprouve un sérieux malaise face à la gestion des affaires publiques et politiques de notre pays. Ce malaise ne date pas de ces 6 premiers mois de 2012 mais il s’est accentué.

Les nombreuses arrestations des « prévaricateurs de la fortune publique » se sont transformées en grand théâtre d’élimination politique des adversaires politiques pour la course au fauteuil présidentiel. Atangana Mebara bien qu’acquitté reste en prison, Polycarpe Abah Abah est accusé de tentative d’évasion aggravée ce qui veut dire qu’il a employé des moyens tels que la corruption et ou la violence. Marafa propose depuis plus d’un mois des lettres dites ouvertes qui s’adressent au Président de la République d’une part et d’autre part aux peuples camerounais. En réponse outre le discours officiel du parti de jeunes fantassins ont été envoyés de façon maladroite au front et nous avons des discours qui vont dans tous les sens y compris dans les bas fonds de l’intimité, ce qui est inviolable.  

Jacques Fame Ndongo dans son exposé pro domo a réalisé une prestation offensive. Certains ont retrouvé dans sa sortie, des qualités ont fait de lui une personnalité universitaire assez particulière parce que hermétique à dessein. Cette capacité à s’enfermer dans un discours simplement parce qu’on a rien à dire. Il a gardé la flamme et l’enthousiasme, il a donné l’air de sincérité dans l’insincérité, normal il a été à la  bonne école dirons-nous finalement. Normal il a été formé à bonne école, il connait le terrain et quand il ne le connait pas il le crée et l’invente, le façonne, il a une expérience unique. C’est donc l’atout précieux du régime en ces moments de crise, il n’est pas tiède, loin de là, il ne peut pas susciter l’indifférence au regard du nombre de réactions à la suite de sa sortie.

Mais j’ai trouvé cette sortie périlleuse et maladroite – peut-être parce qu’il s’est senti lui-même au préalable agressé dans les correspondances de son camarade de parti, ou parce qu’il est malgré tout dans l’inconfort – Oui cette correspondance a donné le ton de tout ce que nous lisons dans les journaux ces jours – l’agression permanente. Oui pour ceux et celles qui connaissent monsieur Jacques Fame Ndongo, nous l’avons trouvé à la limite du mépris pour ceux qui furent ses amis (du parti et peut-être dans la vie), ceux et celles qui le connaissent bien et qu’il connait tout autant. Il me faudra encore un peu de temps – plus beaucoup maintenant pour m’habituer à ses critiques acerbes vis-à-vis de ses camarades d’hier car certains journalistes annoncent que Marafa Hamidou Yaya a environ 500 dossiers explosifs et de nombreuses correspondances qui dorment dans tes tiroirs de différentes rédactions de journaux ! On croirait qu’il a fait ça durant ces 20 dernières années au moment où l’on pensait qu’il était au service du Président de la République et de la Nation.

En tout cas, je lui donne acte d’une donnée essentielle : il a vraiment voulu faire taire son camarade « boucle-là » a-ton pu entendre ! Il s’en satisfait légitimement. Mais au-delà de cette joie que – oui ! Personne ne peut et ne doit en douter – nous partageons, beaucoup des questions que les lecteurs de cette sortie se sont posés, sont restées sans réponse, ou ont trouvé de mauvaises réponses.

Tout est encore plus obscur…

En écoutant le discours partisan du Président du Parlement entièrement acquis non à une idéologie politique que nous tardons à trouver mais à une cause celle d’un homme le chef de l’Etat, beaucoup se demandent aujourd’hui si ce n’est pas le pays qui est au bord de l’implosion sous la pression unique du parti-Etat.

Oui le malaise est perceptible partout, les défenseurs se recrutent de moins en moins comme nous avons pu le constater dans la grande cacophonie radiophonique du dimanche dernier entre un certain Charles Atangana Manda, le Prof Dieudonné Oyono et la journaliste Chetah Bilé à l’émission « Politude » qui a viré rapidement à « mannoronitude » personne ne voulant vraiment prendre la parole pour défendre le Chef de l’Etat face aux assauts d’un de ses plus fidèles lieutenants d’hier : Marafa Hamidou Yaya. Les coups vont vraiment dans tous les sens sauf dans l’unique sens de l’apaisement et du réarmement moral et éthique pour un Cameroun debout.

Le parti-Etat n’a-t-il donc dans sa besace que des va-t-en guerre ? Qui tirent sur tout ce qui bouge et ne respectent même pas les différents cessez le feu ? Qu’est ce qui explique que le judiciaire, le législatif et l’exécutif déploient des armes de destruction massive contre un peuple sans défense juste pour protéger une poignée d’individus sans foi. Marafa parle de 32 milliard détournés sur les cercueils des camerounais tombés en 1995 dans un avion de la Camair. 1995 ce n’est pas hier c’est 17 ans ! Basile Atangana Kouna inonde les journaux de sa bonne gestion de la Camwater au moment où toute la ville de Yaoundé est privée d’eau depuis une semaine et qu’il est passé de la Camwater au Ministère de l’Eau et de l’Energie ! Il nous faudra attendre qu’il soit à la Présidence de la République pour avoir son bilan de bonne gestion de son département ministériel ! Que dire de Aes-Sonel qui au mépris de la concertation avec les partenaires sociaux a annoncé le 29 mai une augmentation de 8% de la facture d’électricité des consommateurs ?

Oui nous attendons beaucoup de cette session parlementaire. Un recadrage y compris celui des directeurs de publication des journaux de la place car sans cette rigueur la profession mourra avec le régime. Oui de la rentrée parlementaire, nous attendons un peu d’ordre, un peu d’explication afin que le Cameroun ne soit pas enfermé ad vitam aeternam  dans un débat entre les frères jumeaux d’une même famille, afin que le Cameroun ne s’extrêmise point entre les mains des adeptes de la politique de la terre brûlée. Oui après nous c’est le chaos. Il y a parmi nous des hommes et des femmes qui proposent et veulent ramasser les débris de la grande explosion pour en faire un tout, un pays, un Etat, une Nation ; c’est le moment.

Dr Vincent-Sosthène FOUDA
www.generationcameroun2011.com

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