12/06/2012 02:37:38
Le rendez-vous de La Haye
Allons au rendez-vous de La Haye pour soutenir le président Laurent Gbagbo et son combat politique, pour réclamer la justice pour le peuple ivoirien et jeter les bases d’une réconciliation véritable et d’une paix durable.
Le nouveau courrier
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Laurent Gbagbo

Du 18 au 22 juin 2012 aura lieu à La Haye en Hollande l’audience de confirmation ou d’infirmation des charges à l’encontre du Président Laurent Gbagbo. Depuis l’audience de comparution du 5 décembre 2011, les Ivoiriens et le monde entier attendent avec impatience ce deuxième acte du procès que la CPI a intenté contre l’ancien Chef d’Etat ivoirien.

A une semaine de ce rendez-vous historique, des Ivoiriens et panafricains, par milliers, se préparent à effectuer le voyage de La Haye. Aller à La Haye pour soutenir un homme dans cette épreuve terrible qu’il traverse certes, mais aller également à La Haye pour réclamer la justice internationale pour les Ivoiriens et donner la chance à la réconciliation et à la paix en Côte d’Ivoire. Tels sont les objectifs du rendez-vous de La Haye du 18 juin 2012.

1. Aller à la Haye pour soutenir un homme et son combat politique

Laurent Gbagbo a connu les affres de la prison politique très tôt, alors qu’il sortait à peine de l’adolescence, avec l’emprisonnement de son oncle maternel Gris Camille et de son père Koudou Paul. Plus tard, étudiant, puis professeur, il sera emprisonné à plusieurs reprises pour faits de grève ou d’opinion. En 1992, il fut de nouveau emprisonné avec épouse et enfant pour ses activités politiques, triste fait qui se renouvellera le 11 avril 2011. Depuis le 30 novembre 2011, il est transféré au pénitencier de Scheveningen, loin de sa famille, de ses camarades et de son peuple. Que d’épreuves pour un seul et même être humain ?

Son crime, porter fortement certaines convictions politiques et une certaine ambition pour son pays, la Côte d’Ivoire. Voici un homme, Président de la République de Côte d’Ivoire, canardé par des bombes françaises dans le palais que la République a mis à sa disposition, sans que cela n’émeuve l’Occident outre mesure. Exhibé comme un vulgaire trophée de guerre par les télévisions françaises, avec femme, enfants et collaborateurs, dénudé, humilié, moqué. Une première Dame, une femme, une épouse et mère exhibée dénudée, prostrée, brutalisée et raillée. Un Président jeté dans une sordide prison dans le Nord de la Côte d’Ivoire, puis transféré à la prison du Tribunal pénal international sans aucun respect de ses droits. Un destin singulier !

Mais que lui reproche t-on ?

Ses idées et ses actions politiques sont pourtant de notoriété publique. Laurent Gbagbo est d’abord un combattant de la liberté, propulsé au devant de cette lutte émancipatrice dès sa jeune enfance. Comment pouvait-il en être autrement d’un destin quand on a assisté très jeune à l’arrestation et à l’emprisonnement de son père sans raison valable ? Mais Laurent Gbagbo n’a jamais été un anarchiste forcené, rêvant de chaos absolu dans son pays. Il a situé son combat dans le cadre d’une transition pacifique à la démocratie.

Avec méthode, pédagogie et détermination et sans lever aucune armée, il eut raison du régime liberticide du parti unique le 30 avril 1990 avec la proclamation du multipartisme en Côte d’Ivoire. Laurent Gbagbo put alors entreprendre la bataille pour l’alternance politique.

Un combat âpre face à des adversaires politiques et des méthodes d’un autre âge. Il n’a pas cédé aux nombreuses tentations de coup de force, mais il est resté constant pour soutenir et défendre l’alternance par les urnes. Dix années de batailles politiques acharnées après, un emprisonnement et plusieurs tentatives d’assassinat contre la démocratie plus tard, Laurent Gbagbo arriva au pouvoir en 2000. La première innovation de l’homme d’Etat fut de convoquer un forum de réconciliation pour donner les bases à la jeune démocratie naissante et l’approfondir. Il n’hésita pas à former un gouvernement de large ouverture comprenant notamment les ministres issus du PDCI et du RDR. Il n’hésita pas non plus à régulariser la nationalité de Alassane Dramane Ouattara conformément aux recommandations dudit forum.

Et, quand en 2002, des rebelles attaquent contre toute attente la Côte d’Ivoire, il n’hésite pas à engager des négociations longues et coûteuses, faisant même du chef rebelle son premier ministre pour donner les chances à la paix. Un tel homme qui a toujours vécu au milieu des siens et pour les siens, souvent au prix de privations multiples et variée, et de mille sacrifices, vilipendé, humilié, un tel homme qui n’est certainement pas un ange, mais dont le courage, la générosité et la pertinence politique suscite tant d’admiration et d’effets d’entraînement ne saurait laisser indifférent, surtout dans cette épreuve terrible du 18 juin. Dès lors, aller à La Haye pour lui témoigner soutien, solidarité et encouragement n’est qu’un banal devoir, surtout de la part de filles et fils spirituels qui l’accompagnons depuis si longtemps déjà.

2. Aller à la Haye ou réclamer justice pour le peuple ivoirien

Laurent GbagboLes Ivoiriens réclament la justice pour eux-mêmes, pour Laurent Gbagbo et pour l’humanité. Là où la justice nationale a failli du fait de l’imposture de Ouattara et d’une certaine communauté internationale, les Ivoiriens espèrent que la justice internationale va laver enfin l’affront et qu’elle va dire tout simplement le droit et donner quelques raisons d’espérer encore en l’humanité.

Un matin, alors que nous vivions tranquillement dans nos villages et villes, nous chahutant joyeusement les uns les autres sur nos nombreux travers, fiers de notre fraternité et de notre communauté de destin, un tsunami est tombé sur nos têtes. Des frères égarés, pour assouvir la mégalomanie d’un homme, ont semé la désolation partout, au prétexte de la grandeur et du règne sans partage d’une ethnie et d’une religion. Des meurtres atroces, des femmes éventrées, des villages brulés. Guidrozon, Petit-Duékoué, Duékoué, Anonkoua Kouté, du sang, des crimes à vous couper le souffle, l’humanité déboussolée. Ils ont fait tout cela, et bien pire encore. Et aujourd’hui, ils tiennent les rênes du pouvoir, ils se pavanent dans le pays, les mains ensanglantées.

Avec la bénédiction des forces françaises et onusiennes. Condamnés à cohabiter avec les meurtriers de nos pères, mères, femmes, époux et enfants, les coeurs saignant à grosses gouttes, que pouvons- nous contre un destin si cruel ? On nous parle de justice ! Mais de quelle justice ? Laurent Gbagbo est le seul homme qui a entendu nos cris de détresse et volé à notre secours. N’estce pas à cet effet que nous l’avions élu à la tête de l’Etat de Côte-D’ivoire ? Là où certains ont pris la poudre d’escampette pour sauver leur vie, il n’a pas hésité à venir au milieu des siens essuyer nos larmes, consoler nos femmes et nos enfants, protéger et défendre ce qui nous restait encore, nous redonner confiance en un lendemain de paix et de fraternité.

Que se passe-t-il depuis que la France et l'Onu ont fait le travail et que nos boureaux sont au trône de la République?

La Côte d’Ivoire est une prison à ciel ouvert. Ils racontent que la sécurité est revenue et pourtant les Frci tuent impunément, violent, pillent, coupent les routes, etc. Les pro-Gbagbo sont pourchassés partout, même dans leur fuite hors du pays. On les attrape, on les déporte dans les goulags du Nord sans même qu’ils passent devant un quelconque juge. Leurs avoirs sont gelés et leurs biens occupés par des étrangers.

Les licenciements ethniques en faveur des populations du grand Nord se poursuivent. La pauvreté est plus que galopante. Les universités sont fermées, détruites toutes dans la furie meurtrière et obscurantiste des rebelles. Les fermetures d’entreprises se poursuivent. L’Etat est gouverné par décret pour la grandeur et le règne d’un homme. Peu à peu, une tyrannie se met en place avec la complicité active de la France et la communauté dite internationale. Quelle justice volera à notre secours ?

La justice, c’est la libération pure et simple de Laurent Gbagbo. Sa place n’est pas à La Haye mais auprès des siens. La justice, c’est l’arrestation et le jugement de Ouattara, Soro et leurs chefs de guerre pour avoir commis des crimes contre l’humanité. La justice, c’est entendre Jacques Chirac et l’armée française pour les massacres de l’hôtel Ivoire en 2004, c’est entendre Sarkozy pour les bombes larguées sur Abidjan et la tentative d’assassinat à l’encontre du Président Laurent Gbagbo, de sa famille et de ses collaborateurs.

La justice, c’est interroger l’ONU pour sa complicité et son parti pris dans la crise ivoirienne. C’est interroger Blaise Compaoré pour son rôle dans la rébellion ivoirienne. Qui a formé et armé tous ces rebelles ? Telles sont les questions que nous nous posons et que la justice internationale doit aider à comprendre si tant est qu’elle a vocation à oeuvrer pour le droit. La justice, c’est reconnaître la primauté de la constitution ivoirienne contre toutes sortes de tripatouillages malsains, c’est la reconnaissance de la qualité de Président de la République telle que proclamée par le Conseil  constitutionnel ivoirien à l’issue des élections de 2010. Oui, nous attendons la justice pour Laurent Gbagbo, pour les Ivoiriens, et en définitive pour cette humanité dont nous
faisons partie.

3. Aller à la Haye pour poser les fondations de la réconciliation et aller à la paix

La prospérité de la nation ivoirienne dépend de la qualité de la réconciliation qui prévaudra entre les filles et les fils de la Côte d’Ivoire. Si la réconciliation est réelle et sincère, alors la nation ivoirienne sera préservée durablement.

Mais si certains Ivoiriens ont l’impression d’être lésés, relégués aux oubliettes dans le processus de la réconciliation annoncé à renfort de publicité, leurs souffrances et leurs droits étant royalement ignorés, il ne faut pas s’attendre à un miracle. Car personne d’autre ne viendra faire la réconciliation en lieu et place des Ivoiriens.Malheureusement Ouattara et ses obligés ne semblent pas comprendre cela, eux qui continuent de prôner la réconciliation en braquant les armes sur nos tempes.

Laurent GbagboLa réconciliation selon le dictionnaire Larousse, c’est «l’action de réconcilier - ramener des personnes à la bonne entente, rétablir entre elles des relations amicales - des adversaires, des gens fâchés entre eux ». Dans le processus de réconciliation, il y a donc de part et d’autre des personnes fâchées entre elles, des adversaires que des divergences profondes divisent. C’est pourquoi il faut toujours prendre un arbitre, une personne neutre en qui les parties en conflit ont entièrement confiance. Ensuite on ne va pas à une table de réconciliation avec l’idée de s’imposer à l’autre, en l’intimidant, en lui déniant tout droit et même le fait de ne pas être content. Ils parlent de réconciliation mais ils s’attendent à ce que leurs adversaires viennent leur demander pardon ou acceptent de se nouer une corde à leur propre cou en acceptant de danser sur leur rythme. Ils parlent de réconciliation, mais ils ne sont pas prêts à ouvrir les yeux sur le mal qu’ils font aux autres, les souffrances qu’ils leur font endurer pendant qu’ils sont insolents et grossiers avec eux.

Ils parlent de réconciliation, mais chaque jour ils nous font vivre un véritable enfer, dans une insécurité totale, nos avoirs sont gelés, nos enfants et nos époux et épouses sont en exil, nos leaders sont en prison, nos enfants ne vont pas à l’école, nous sommes licenciés et sans emploi, etc. Ils parlent de réconciliation pendant que Laurent Gbagbo croupit en prison à La Haye. Comment aller à une table de réconciliation pendant que nos coeurs sont en émoi ? Saignés vifs ? Comment croientils que nous arriverons à jouer aux billes avec eux pendant que notre père est déporté hors de nos terres ?

Résultat, le pays est complètement bloqué. Depuis le 11 avril 2011, plus rien ne se passe, tout est arrêté, tout est dans l’attente, soit du meilleur, soit du pire. Et l’attente est d’autant plus palpable qu’on se rapproche du 18 juin 2012. N’est-ce pas le signe que sans Gbagbo, le pays n’ira jamais à la paix ?

La justice n’est rien d’autre qu’un «principe moral qui exige le respect du droit et de l’équité». Elle est le pilier de la vie en société. Elle protège la vie de la personne et par delà rend la vie communautaire possible. Si donc, cette justice est rendue impossible, si elle ne peut plus dire le droit, respecter la vie de la personne et fait le lit de l’injustice et de l’impartialité, comment croyez vous qu’elle suscitera le respect de ceux dont le droit est lésé ? En Côte d’Ivoire, nous assistons à une justice de vainqueurs, où les bourreaux sont devenus à la fois juges et parties. Et c’est cette justice-là qui a envoyé Laurent Gbagbo à La Haye, et qui détient nos leaders en prison dans les zones du Nord acquises à Ouattara.

Si la justice internationale veut dire le droit, si elle veut être le pilier de la société ivoirienne en déliquescence, si elle veut rassembler les Ivoiriens, il faut qu’elle soit impartiale. Autrement dit, il lui faut être au dessus de Ouattara et de ses commanditaires occidentaux. Et dire le droit, c’est libérer Laurent Gbagbo pour jeter les fondations d’une réconciliation vraie en Côte d’Ivoire et rendre la paix possible, c’est traduire en jugement tous ceux qui ont endeuillé notre peuple et qui se pavanent aujourd’hui au sommet de l’Etat. Aussi en allant La Haye le 18 juin 2012, nous voulons encourager le Tribunal pénal international à redorer le blason de la justice internationale.

Allons au rendez-vous de La Haye pour soutenir le président Laurent Gbagbo et son combat politique, pour réclamer la justice pour le peuple ivoirien et jeter les bases d’une réconciliation véritable et d’une paix durable. Finalement, nous irons tous à La Haye, moi le premier, d’abord pour nousmêmes, pour notre propre survie, notre liberté et notre dignité symbolisée par Laurent Gbagbo, ensuite pour la souveraineté d’une Côte d’Ivoire rassemblée autour de la justice internationale, une et indivisible, pour forger enfin «la patrie de la vraie fraternité».

Rendez vous à la Haye le 18 juin 2012!

Roger Gballou

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